Lectures

17 octobre 2018

Fief

41JmS4JmFWL

 

 

 

 

 

 

 

 

« Fief »

LOPEZ David

(Seuil)

 

Objet littéraire censé séduire les inconditionnels adeptes du nazi Louis-Ferdinand Céline. Avis aux amateurs, à celles et ceux épris de bagatelle..

(« Quatrième joint de la soirée. Je suis resté seul avec Lahuiss du côté de la table basse. Je lui demande, c’est qui déjà qui a écrit ce que tu nous as dicté ? Il répond Céline. C’est pas mal, je dis. Ah, ça te parle à toi ?, parce que ça n’a pas l’air de parler à grand monde ici, il dit d’un ton laconique. Il cendre trois fois sans avoir tiré sur sa clope. Je réfléchis un instant, je rallume mon joint. Et c’est quoi son livre le plus connu je demande, il me répond que ça s’appelle Voyage au bout de la nuit, et je me répète le titre à voix basse. »)

Posté par Palavazouilleux à 10:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


15 octobre 2018

La légende des montagnes qui naviguent

61DYsPRcW4L

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« La légende des montagnes qui naviguent »

RUMIZ Paolo

(Arthaud)

 

Emporté, le vieux Lecteur, parmi ces montagnes qui naviguent. Enthousiasmé. Retrouvant des paysages connus, ceux des Alpes qui établissent la frontière entre l’Italie et la France, par les Savoie ou le Queyras. Découvrant des paysages inconnus, ceux des Apennins et des Dolomites, jusqu’aux Balkans. Ce qui prit les apparences d’un voyage initiatique. A la rencontre de gens connus ou inconnus. Ceux qui le firent tant rêver, comme Walter Bonatti. Et tous les inconnus, tous ces gens des terres de montagne qu’a rencontrés Paolo Rumiz. Marcheur infatigable. Alpiniste. Cycliste aussi.

(Le vieux Lecteur a gravi, une dernière fois, dans le sillage de l’Ecrivain, le col de la Cayolle ; ce col qui « est encore mieux (que le Galibier et l’Izoard) , avec ses gorges spectaculaires, embrasées, emplies de rochers tordus, rouges, qui révèlent la musculature de l’extrêmité des Alpes. Il fait une chaleur effroyable, nous sommes obligés de tremper nos bérets dans toutes les fontaines pour éviter de laisser bouillir nos cervelles. Le vent entre les pins évoque un bruit de cascade et cette illusion accentue notre soif… » Après avoir tant souffert dans l’ascension du col Agnel, cette ultime montée vers l’univers méditerranéen a quelque chose de prodigieux !)

Mais cette longue pérégrination est loin de n’être qu’une succession de clichés. C’est un monde vivant, riche de ses diversités humaines, mais aussi minérales, végétales et animales. Un monde qui n’est pas à l’abri des destructions que lui fait subir l’économie capitaliste. Un monde qui survit dans quelques sanctuaires, là où ont trouvé refuge quelques personnages dont il est si bienfaisant d’écouter chacune des phrases que retranscrit Paolo Rumiz. Tel Mario, vieil homme qui réside à deux pas du théâtre des guerres du passé.

« J’entends les pinsons et j’ai envie de partir, comme quand j’étais gamin. Alors je m’en vais à grandes enjambées, dans le bois, je suis plein de bonne volonté, mais au bous d’une heure mes jambes me font mal. Je m’aperçois que je n’entends plus les mésanges, mon oreille ne capte plus cette fréquence.

Et alors ?

Alors, je comprends mes limites. Pour tout homme, il est fondamental de les connaître. Et les limites se manifestent toujours au printemps. Il a une odeur bien précise, définie, humide, fraîche, vitale. Un parfum qui te promet que la vie continue, même si tu t’en vas ; et ça, c’est merveilleux ! »

 

« Les légendes des montagnes qui naviguent » : voyage à travers les Alpes pour Paolo Rumiz

Posté par Palavazouilleux à 09:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 octobre 2018

Le chagrin d'aimer

images

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le chagrin d’aimer »

BRISAC Geneviève

(Grasset)

 

Maman, c’est toi la plus belle du monde. Ou presque. En dépit de tes défauts, malgré tes manquements.

Le Lecteur résume à l’emporte-pièce cette « enquête » qui recrée l’histoire d’une mère (l'aïeule)  aux origines imprécises. Une mère qui n’a rien révélé et dont les traces sont insignifiantes. Une mère qui ne commence à exister que dans le Paris des années 20 de l’autre siècle, lorsque la mère de sa mère (l'aïeule) devient danseuse orientale.

Dommage que l’enquête n’ait pas été plus approfondie, qu’elle n’ait pas restitué dans sa narration le contexte si particulier des premières années de ce siècle-là. Dommage que les racines soient si peu et si hâtivement révélées. Du moins au regard du Lecteur.

« La mère de ma mère, Evangelista Métaxas, est élevée au couvent des Ursulines, à Bruxelles. C’est une jeune fille orthodoxe, bien sûr, mais n’allons pas y regarder de trop près, disent les sœurs, une âme est une âme. Elles ne la convertissent qu’en apparence. Elle ne la convertissent pas du tout. »

Posté par Palavazouilleux à 10:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 octobre 2018

Le coeur battant de nos mères

117139472_o

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le cœur battant de nos mères »

BENNETT Brit

(Autrement)

 

Une jeunesse américaine. En Californie. La jeunesse de Nadia, une afro-américaine dont la mère s’est suicidée. Elle vit avec son père. Elle a un ami/amant : Luke, le fils du pasteur. Quelques amies aussi, dont Aubrey. Jusqu’à ce que survienne la catastrophe : une grossesse non désirée. Nadia ne transige pas : elle décide d’avorter. Emancipation : la bourse qui lui permet d’accéder à l’université du Michigan. Avant de gagner Chicago et de mener de brillantes études de droit. Puis de s’en revenir, quelques années plus tard, auprès de ce qui fut « sa » communauté. Tant il est difficile et douloureux de se délivrer de son passé.

Le Lecteur s’est laissé prendre par ce beau roman qui raconte sans fard le cheminement chaotique d’une jeune femme, bouleversée par la suicide de sa mère et engluée dans les filets d’une communauté (noire et protestante) qui prétend régenter son devenir, mais aussi aux marges d’une société raciste et inégalitaire.

« Il lui était arrivé d’être la seule Noire – dans des restaurants, des cours de perfectionnement, mais il y avait toujours des Philippins, des Samoans et des Mexicains autout d’elle. Là, elle découvrait des amphis remplis de jeunes Blancs venant des petites villes alentour, et dans les groupes de discussion, elle écoutait ses camarades de classe blancs vanter la diversité de leur école, qualifiée de progressiste et de tolérante ; et peut-être que si vous veniez d’un milieu rural, vous pouviez avoir cette impression en effet. Elle ressentait une forme sournoise de racisme : une attente plus longue pour qu’on vous dirige vers une table au restaurant, des jeunes Blanches qui ne déviaient pas de leur chemin afin qu’elle marche sur la partie boueuse du trottoir, et un garçon ivre dans un club de salsa qui lui lançait qu’elle était « jolie pour une Noire ». Et un sens, ce racisme subtil était pire car il vous rendait fou. Vous passiez votre temps à vous demander : est-ce vraiment du racisme ? Ou bien un effet de mon imagination ? »

Posté par Palavazouilleux à 10:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 octobre 2018

L'étang

61sTtp70zeL

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’étang »

BENNETT Claire-Louise

(L’Olivier)

 

« Il est en train de pleuvoir et une bretelle de soutien-gorge a glissé, ce qui est parfait. Le son des grenouilles semble absolument parfait maintenant. Semblable au son d’un vagin, parce que, après tout, on serait maintenant en train de faire des cabrioles. Ce serait l’un de ces moments où je m’abandonne complètement et livre tout ce que j’ai – comme il est étrange de savoir cela absolument, et de ne rien faire d’autre que de regarder cela, en un sens, passer tout près. Ma culotte est vide, elle est par terre juste à côté du lit et je suis en train de finir le crémant… »

Bon. Sans plus. Et peut-être même moins que cela. De longs moments soporifiques dont le Lecteur n’a gardé que des souvenirs d’une transparence quasiment parfaite.

Posté par Palavazouilleux à 13:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


05 octobre 2018

Les Thibault (Tome 2)

product_9782070304332_195x320

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les Thibault »

MARTIN DU GARD Roger

Tome II

(Folio)

 

L’enthousiasme du vieux Lecteur est intact. Peut-être même s’est il enrichit de ce que lui ont appris les cinquante années qui le séparent de sa première rencontre avec cette œuvre d’exception. « Les Thibault ». L’histoire d’une famille qui se poursuit après la mort du père (voir note sur le tome I), et qui s’entremêle avec l’Histoire, l’autre, que l’on dit grande. Les années qui précèdent le déclanchement de la Première guerre mondiale. La guerre ou la paix. Antoine, l’ainé, pragmatique, confronte les arguments et sollicite l’opinion des quelques puissants qu’il fréquente. Jacques, le cadet, pacifiste irréductible, qui vit à Genève et s’est engagé dans le combat que mènent ceux qui se refusent au pire, socialistes et anarchistes (entre autres). Jaurès. Les contradictions et les atermoiements de tant des leaders de ce qui est alors la gauche.

Un résumé simpliste. Un bref éclairage. Tant l’œuvre est foisonnante. Et qu’il n’a pas d’autre recours que de s’y immerger. Une sorte d’urgence alors que dans quelques semaines sera commémoré le centième anniversaire de l’Armistice qui mit un terme à une abominable boucherie à laquelle consentirent tant de ces belles âmes auxquelles les officiants de notre temps rendront un vibrant hommage.

« … Sans compter que, dans ces vieux partis français de droite, plus ou moins ralliés à la République, il reste cette arrière-pensée qu’une guerre heureuse donnerait au gouvernement vainqueur un pouvoir dictatorial qui saurait arrêter net la montée socialiste et nettoierait même le pays de sa démagogie républicaine. Ils caressent le rêve d’une France militarisée, disciplinée, d’une France triomphante, super-armée, appuyée sur un vaste empire colonial, et devant qui le monde filerait doux… C’est un beau rêve pour des patriotes ! »

Posté par Palavazouilleux à 15:27 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

03 octobre 2018

Nous campons sur les rives

nous_campons_sur_les_rives

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Nous campons sur les rives »

RIBOULET Mathieu

(Verdier)

 

Juste un petit carnet susceptible de prendre place dans n’importe quelle poche. Un ultime et émouvant hommage de l’Editeur à Mathieu Riboulet, lequel décéda en février de cette année. Un Ecrivain discret, loin des cénacles, étranger aux modes « modernistes ». Un Ecrivain dont l’œuvre mérite de ne pas rester dans l’ombre.

« Vous êtes d’ici. C’est ce que claironnent les thuriféraires de la racine, les chantres des origines, désireux d’assigner à un lieu l’orientation de ses habitants. Vous êtes d’ici ? Voire.

Nous sommes ici. Nous sommes tous encore ici. A cette assertion-là nous pouvons accorder quelque crédit, ou la risquer, en étendard, pour donner un contour crédible à nos existences, fût-ce le temps d’une conversation retrouvée, et, pacaliens jusqu’au bout des ongles, vérifier un instant que « personne n’a d’assurance, hors la foi, s’il veille ou s’il dort… »

Posté par Palavazouilleux à 13:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 octobre 2018

Devant mes yeux le désert

couv-terayama-bnf

 

 

 

 

 

 

 

 

« Devant mes yeux le désert »

TERAMAYA Shuji

(Inculte)

 

Un roman japonais vieux de plus d’un demi-siècle. Avec ses personnages ancrés dans un quartier populaire de Tokyo. Dont les deux principaux protagonistes, deux garçons à peine sortis de l’adolescence et qui se laissent embarquer dans l’aventure de la boxe par un vieil entraîneur. Un tableau social du Japon des prolétaires vingt ans après l’écoulement de l’Empire et les brasiers d’Hiroshima et de Nagasaki, au cours des années de l’essor économique et de l’émergence de ce qui fut considéré comme un modèle. Donc un autre Japon que celui qui émerge de ce roman. Misère. Alcoolisme. Les drogues. Et des combats de boxe, avec les paris, la sueur, le sang, les larmes.

« Je commence donc à être attiré par la boxe. Grâce à la violence triste qui consiste à comprendre l’autre en le frappant, il se forme une société à deux où personne ne peut intervenir. C’est précisément ce qui doit nous satisfaire, dans la mesure où cela comble le vide laissé par la politique, autrement dit le coin le plus retiré de notre vie, et visité seulement par les courants d’air. »

Le Lecteur s’est laissé prendre par ce roman. Même s’il lui est arrivé de penser que son Auteur avait dû se gaver de romans noirs américains.

Posté par Palavazouilleux à 09:53 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 septembre 2018

Un oeil en moins

413YAcHIhTL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Un œil en moins »

QUINTANE Nathalie

(P.O.L.)

 

« (La parole politique) est pauvre, bête, désespérante, et elle flotte parce qu’elle a été dépouillée de tout ce qui ne vise pas à la communication et à ses rectifications au cas par cas. Elle ne s’arrime à rien d’autre qu’à une efficacité immédiate, aussitôt remplacée par l’efficacité suivante et à des problèmes techniques. »

Un livre éminemment « politique » qui a ravi et enthousiasmé le Lecteur. Des « Nuits Debout » à « l’accueil » des exilés dont personne ne veut même si de « braves » gens feignent l’humanisme et donc le recours à une générosité factice. D’une préfecture bas-alpine au Brésil et à la Norvège. Un entremêlement réjouissant d’observations, tant il vaut mieux se réjouir que de s’engluer dans un pessimisme qui conduit à l’inertie et au renoncement. Un intérêt constant pour ce qu’il advient de la Cité et la place qu’y occupent celles et ceux qui sont encore affublés du nom de « citoyens ».

Un regard qui englobe au gré des voyages de Nathalie Quintane. « Les Norvégiens ne voient pas que l’Europe s’est mise en marche vers le fascisme, ou disons, une forme de fascisme, ou disons, sous l’aspect d’un autoritarisme amateur et encore maladroit, qui enferme les étrangers dans des camps, les laisse pourrir dans des conditions d’hygiène dangereuses, prolonge l’état d’urgence pour des matchs de football et le Tour de France cycliste, fait monter les périls en pensant ne faire monter que la sauce électorale.

Il faut contrer ça. »

Point de faux semblants. Point de soumission à l’ordre idéologique dominant. Nathalie Quintane parle vrai. Du moins selon les goûts du regard et de l’oreille du vieux Lecteur. Y compris lorsqu’elle décortique les propos et les comportements de ceux avec lesquels elle se ressent de possibles affinités. Qui sont semblables à ceux que croise de temps à autre ce vieux Lecteur.

« La timidité n’est pas un sentiment politique mais le courage oui ? Selon quelle loi ? Qu’est-ce qui nous rend timides et nous fait ridicules, politiquement ? Et qu’est-ce que ce courage, dont on a besoin, si ce n’est l’accomplissement du ridicule, la radicalisation de la timidité ?

A plusieurs reprises, dernièrement, on a eu des histoires de costards, des histoires de chemises et de costards face à des tee-shirts de pauvres ou de moyens, vus comme minables par les costards, issus d’écoles où si tu n’es pas en costard, tu es un crevard.

Le ridicule est un sentiment de classe, ici, et quand la timidité s’accomplit, la chemise est déchirée, puis le pantalon.

Sans pantalon, on va pouvoir commencer à causer sérieusement sentiments politiques.’

Donc la nécessité du regard. Ouvert. Sur tout ce qui se commet en notre nom, puisque l’Etat, c’est nous. Dénoncer. Prendre parti. Soutenir, assister les damnés de la terre. Ce livre bruit de fureur. D’une fureur sincère bien plus tonitruante que l’indignation, fusse-t-elle celle d’un noble vieillard. Un livre nécessaire, dont le vieux Lecteur estime qu’il survient au bon moment. Pour peu que des femmes et des hommes de bonne volonté veuillent bien s’en emparer.

« Ce qui gêne, c’est que les réfugiés soient vus.

Il faut cacher les personnes derrière quelque chose ou dans quelque chose, comme ça, elles n’existent pas – vous connaissez l’histoire de la bobine du petit enfant : il l’envoie sous un meuble, hop, elle n(‘existe pas.

Il s’agit d’envoyer très fort les réfugiés sous un meuble.

Un grand meuble, s’ils sont beaucoup.

L’Europe n’est pas un buffet gigantesque mais un tout petit continent qui craint la pénétration.

L’Afrique est une armoire géante située à notre sud. »

 

NB/Le Lecteur aime l'austérité du lieu de travail de Nathalie Quintane tel que la Jofrinette le restitua voilà quelques semaines: 

1137948-11_quintane

Posté par Palavazouilleux à 10:27 - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 septembre 2018

Une famille corse

corse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Une famille corse

1200 ans de solitude »

COLONNA D’ISTRIA Robert

(Plon/Terre Humaine)

 

Voilà une bonne quarantaine d’années que le Lecteur n’avait pas remis le nez dans un ouvrage publié dans la collection « Terre Humaine ». (Il s’était peut-être convaincu qu’elle avait disparu… ?).

Fi des interrogations lorsqu’il découvrit dans l’un ou l’autre des quotidiens (qu’il ne parcourt plus que les jours où ces objets mollassons parfaitement intégrés à l’idéologie dominante publient quelques pages consacrées, entre autres, à la présentation et à la critique des nouveautés littéraires) le titre d’un ouvrage dont il ne pourrait durablement ignorer l’existence. Tant il est attaché à la Corse dont depuis plus de trente ans il s’essaie à décrypter quelques-uns des mystères. Tant il prend plaisir à s’immerger quelques semaines chaque année parmi des gens, des hommes et des femmes de Balagne, qui constituent l’embryon d’un peuple. Un peuple qui s’essaie à survivre en tant que tel, à prolonger l’écriture d’une histoire que le colonisateur avait prétendu intégrer à celle de la France au lendemain de la conquête voilà deux cent cinquante ans.

Le Lecteur s’est plu à parcourir cet ouvrage. Lequel ouvrage n’écrit pas l’histoire de l’Île, mais s’empare de quelques moments de cette histoire pour raconter la naissance puis l’émergence d’une famille, celle des Colonna d’Istria. Douze siècles. Douze cent ans de solitude (un clin d’œil amusé à Garcia Marquez). Tumultueuse, cette histoire-là. Marginalement sanguinaire. Marquée par les éparpillements vers tous les continents (y compris jusqu’à la terre natale du Lecteur ! - une terre, elle, qui n’est pas un continent, mais qui présente ici ou là de stupéfiantes ressemblances avec la Corse, tant dans les paysages forestiers que dans le caractère des humains qui habitent l’un et l’autre des deux territoires -.)

Un livre utile. Pour qui ressent l’envie (la nécessité ?) d’aller toujours un peu plus loin dans la connaissance de la Corse. Un livre dont le contenu peut parfois surprendre, voire même choquer. Un livre qui, parfois, a dérangé le Lecteur. Mais un livre qui lui est cher puisqu’il fait vibrer l’âme de peuple dont bon nombre de celles et ceux qui le constituent en ignorent la beauté et la grandeur.

« Immense, offert aux éléments, vide, le pays exerce facilement son magnétisme sur ceux qui le visitent. Sur les montagnes battues par les vents, glacées l’hiver ou brûlées de soleil l’été, où nos ancêtres avaient accroché fortins et forteresses, on a parfois l’impression d’un royaume de nulle part. Désert. Inhabitable – mais les esprits ne sont pas loin. Aride. Fascinant et austère. Familier, toujours étrange. Comme si les terres où se situe notre histoire étaient en permanence pleines des âmes – vivantes – des ancêtres morts, et de tous ceux qui y ont vécu, peiné, sué. Ou des âmes de tous ceux qui ne sont pas nés, auraient pu naître. Pays des âmes mortes. Vertige. »

Posté par Palavazouilleux à 10:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,