Lectures

29 mai 2017

Ce qui reste de la nuit

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« Ce qui reste de la nuit »

SOTIROPOULOS Ersi

(Stock)

 

Le Lecteur a souffert, beaucoup souffert pour accompagner jusqu’à son terme une narration dont il ne nie pas les qualités littéraires, mais pour laquelle il a manqué de beaucoup de repères. Malgré un décor presque familier : le Paris de la fin du XIX° siècle. En dépit d’un contexte historique qui lui est également familier : l’affaire Dreyfus. Mais sa totale méconnaissance de Constantin Cavafy, poète grec, celui-là même dont l’Auteure retrace trois journées de son séjour parisien, cette méconnaissance le désorienta. Elle désorienta d’autant plus que le jeune voyageur a confié à Jean Moréas quelques-unes de ses œuvres et qu’il attend un avis, une critique, un point de vue du poète symboliste. Une école avec laquelle le Lecteur est en dysharmonie. Malheureux Cavafy qui crut découvrir l’opinion de Moréas sur ses poèmes dans les trois mots griffonnés sur l’enveloppe qui les contenait : « »Style pauvre Maladresses ».

Reste un roman bourré de références qui offrent un portrait somme toute assez proche de ce que fut la vie politique et intellectuelle de la ville capitale en ce mois de juin 1897. Portrait auquel se greffent celui d’une riche famille grecque exilée à Alexandrie et l’approche, chez Constantin Cavafy, d’une homosexualité refoulée mais aussi fantasmée.

« Comme un tableau dont on commence à déchirer la toile et que derrière celle-ci apparaît une histoire plus ancienne, puis une autre, et encore une autre, jusqu’à ce qu’enfin tombent par poignées les fils de la trame, il se vit lui-même, ce qu’il tenait pour lui-même – quel lui-même à propos ? un têtard – en train de s’effilocher et de choir, déchiré. L’écho des noms claquait en lui. Baudelaire, Rimbaud, Hugo. Rimbaud, Verlaine, Mallarmé. Baudelaire, encore Baudelaire. La liste était inexorable. Assez, cria-t-il. De nouveau il avait parlé intérieurement. Il jeta devant lui un regard dépité. »

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26 mai 2017

La sainte famille

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« La sainte famille »

SEYVOS Florence

(L’Olivier)

 

Au premier abord, réticent. (Le Lecteur se sent rarement à l’aise dans les romans qui mettent en scène des « enfances ».) Puis peu à peu conquis par cette œuvre originale qui lui a fait penser à Mauriac.

(Voilà bien longtemps qu’il n’a plus mis le nez dans l’un ou l’autre des romans de l’ancien académicien et chroniqueur émérite !)

Suzanne et Thomas. L’ainée et le cadet. Une famille qui conjugue l’autoritarisme de la mère, les fuites en avant du père, les perversités de l’oncle. Mais aussi la douce Odette et l’omnipotente Mathilde, les vieilles cousines. La maison des vacances. Le lac des baignades. L’inexorable cheminement vers l’adolescence. Les souffrances contenues. Les jalousies et les haines. La fin de ce qui prit parfois les apparences du paradis de l’enfance. Un roman assorti d’une plutôt belle écriture qui s’évite les pièges du sentimentalisme ringard.

« En regardant ses pieds enfoncés dans la neige, Suzanne a secrètement prié pour que le maire ne s’endorme pas avant la fin de son discours. Elle entendait sa voix descendre dangereusement vers les graves. Les noms des villages succédaient aux noms des batailles, des noms de hameaux à des souvenirs d’exactions, les nombres de morts au nombre des morts. Soudain la dernière feuille du discours s’est envolée et s’est posée sur la neige. Plusieurs personnes se sont aussitôt baissées pour la ramasser, des mains maladroites aux doigts rouges et engourdis. Le maire a prononcé les dernières phrases, a plié ses feuilles et les a remises dans sa poche, l’air épuisé. La prochaine fois, je ne vote pas pour lui, a chuchoté la femme derrière Suzanne.

La fanfare s’est mise à jouer. Le son était maigre, triste et vacillant, et semblait bu par l’air humide, à peine sorti des cortèges et des pavillons. Le cortège a repris sa marche en direction du tableau. Pour se consoler du froid qui lui mordait les pieds et les mains, Suzanne a embrassé du regard les prés couverts d’une neige parfaite, mais elle avait l’impression de voir pointer çà et là sous le blanc l’extrêmité d’un fusil, le bout d’une chaussure. »

(Cette courte évocation d’une cérémonie officielle lui a donné l’illusion de se tenir aux côtés de Suzanne. Sans doute en raison des nombreuses autres commémorations auxquelles il fut contraint de participer lorsqu’il était enfant.)

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24 mai 2017

L'amour, simplement

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« L’amour, simplement »

BEAUREGARD Nane

(Joëlle Losfeld)

 

Vite lassants les instantanés qui entremêlent les mots de l’Auteure et sont censés brosser le portrait de l’homme a priori aimé. L’ennui se transfuse. L’ennui déborde. « De certaines de ses relations dont il trouve la vie morne et ennuyeuse, il dit qu’ « ils vivent à l’intérieur d’une vitrine ».

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22 mai 2017

Volia Volnaïa

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« Volia Volnaïa »

REMIZOV Victor

(Belfond)

 

La Russie. La Russie sibérienne. Où les conditions d’existence semblent dater d’un autre temps. Même si la modernité introduit quelques-unes des machines qui permettent, a priori, de vivre un peu mieux. La pêche et la chasse. Un peu de braconnage. Quelques trafics, dont celui des œufs de saumons, qui permettent d’améliorer l’ordinaire. Les longs hivers. Quelques personnages hauts en couleur. Ceux de ces chasseurs/pêcheurs. Ceux des quelques flics censés faire appliquer les lois d’un état par ailleurs inexistant. Ceux de paumés venus quêter en ces contrées reculées leur rédemption. Les pots de vin.

« Le bourg de Rybatchi était le centre administratif d’une grande région forestière au sein d’un oblast. A en croire le pancarte rouge au musée local créé à l’époque soviétique par un gars du cru, un retraité, grand original, cette taïga était vaste à peu près comme quatre fois la Suisse. Et elle comptait quatre mille habitants rassemblés au bourg de Rybatchi, plus deux mille autre dispersés dans plusieurs villages ainsi que quelques équipes de pêcheurs éparpillés le long de la côte. Avant la perestroïka, la dissolution de l’Union soviétique ou Dieu sait quels autres événements advenus sur le continent, la région était sept fois plus peuplée. La vie était alors… plus dure, ou au contraire meilleure, ceux qui savent ce qu’est la belle vie n’ont qu’à trancher, toujours est-il qu’elle était plus simple… »

Une vie simple, qu’essaient de préserver ceux qui sont restés. Jusqu’au jour où, après un banal incident entre un chasseur et les flics du cru, la machinerie étatique se met en branle et tente, à la mode russe, d’imposer sa loi (qui n’est peut-être pas « la » loi).

Un roman de belle qualité. Aux yeux du Lecteur. Un roman russe qui ne s’englue pas dans l’infinie noirceur. Un roman qui traite de la vie d’hommes et de femmes qui ne se résignent pas, qui entretiennent la flamme de l’espoir. Un passionnant regard sur un monde qui change mais qui s’essaie aussi à ne pas se renier.

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19 mai 2017

Tout va très bien, Madame la Comtesse

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« Tout va très bien, Madame la Comtesse ! »

MUZZOPAPPA Francesco

(Autrement)

 

Désopilant roman italien. « L’abracadabradantesque » aventure d’une vieille comtesse désargentée, contrainte à se priver du superflu et même d’une part non négligeable de l’essentiel et qui, de plus, voit son nigaud de fils offrir à sa tétonnante maîtresse l’ultime joyau de la famille, un diamant d’une exceptionnelle pureté. La chance se cache cependant au coin de la rue. Un faux enlèvement. Le battage médiatique. Et tout le tintouin. Jusqu’à l’accomplissement du miracle. Un roman jubilatoire !

« Les politiques ? Prononcez ce mot entre guillemets, mon ami. De nos jours, les politiques ne sont que d’excellents acteurs jouant un mauvais scénario. Je connais d’indolents employés de la poste plus serviables et plus disponibles que ces histrions de troisième main cramponnés à leur fauteuil tels des naufragés à un morceau de planche…. »

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17 mai 2017

De profundis

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« De profundis »

PIROTTE Emmanuelle

(Cherche-Midi)

 

Une rencontre fortuite mais somme toute heureuse. En dépit du caractère quasiment désespéré de ce roman. L’histoire pas si lointaine du quasi achèvement de « notre » histoire. Vue à travers le personnage de Roxanne qui survit à Bruxelles alors qu’une épidémie d’Ebola III dévaste l’Europe. L’anéantissement de ce qui fut. Le retour à la barbarie. Roxanne fuit. Accompagnée par l’enfant qui lui échoit, l’enfant dont elle est la mère, l’enfant dont elle se débarrassa, qu’elle abandonna aux bons soins du père. Mais ce père, atteint par le fléau, décède. Il lui confie Stella, la fillette mystérieuse. Donc la fuite. Jusqu’à une bourgade wallonne où l’attend une ancienne demeure familiale. L’adaptation difficile à un nouveau mode de vie. La difficulté, voire même l’impossibilité, d’engager le dialogue avec Stella. Un autre monde, loin des drogues et des médicaments frelatés. Mais un monde lui aussi en proie à la violence. Le combat permanent pour la survie.

Cet étrange et somme toute inquiétant roman résonne comme une tentative de tenir en éveil le Lecteur, de lui demander, d’exiger de Lui qu’il se tienne en éveil. Le pire que laisse entrevoir Emmanuelle Pirotte n’est-il pas déjà en germe dans les profondeurs des sociétés contemporaines ? Il semble bien que l’Auteure ne se fasse aucune illusion sur le devenir de ces sociétés-là.

(Le Lecteur a lu/entendu dans ce roman quelques phrases dites en ce dialecte wallon si proche du « patois » dont usaient les ardennais de France en ses années d’enfance. Un usage que lui interdisaient ses parents et ses maîtres…)

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15 mai 2017

Le pas suspendu de la révolte

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« Le pas suspendu de la révolte »

BELEZI Mathieu

(Flammarion)

 

Roman quelque peu fastidieux. Une déception pour le Lecteur qui avait aimé une œuvre antérieure de Mathieu Belezi, « C’était notre terre ». Ici, du convenu. Un même récit raconté successivement par quelques-uns des personnages. Ceux d’une famille déchirée. Qui narrent leurs affrontements. Le père qui a déserté. La mère qui feint de l’attendre. La parentèle. Les enfants en souffrance. L’aïeul évidemment abandonné dans un mouroir. Des crimes atroces sur lesquels enquête le frère de celle qui feint d’attendre. Une mise en scène qui n’a pas su retenir l’attention du Lecteur. Un roman qui s’achève tel un polar apocalyptique. Comme une illustration du désenchantement qui affecte les sociétés contemporaines ? Avec ce qu’il faut de touches caricaturales sur les anachroniques rêveries de celles et ceux qui traversèrent les années qui suivirent l’éruption de mai 68?

Oui, du convenu.

(« … et aussitôt le fracas des guitares, trompettes et autres maracas emportait les discours, bousculait les rires, et on laissait les ogres barbudos inviter nos mères à danser dans leurs bras, et les sorcières se frotter le ventre contre le ventre de nos pères, on s’en fichait si nos mères finissaient dévorées par les ogres et si nos pères disparaissaient dans le ventre des sorcières, à la grande table vide il y avait des places à prendre, et on était tous bien décidés à s’en emparer, à jouer les pachas révolutionnaires de l’île… »)

Le pas de la révolte est en effet définitivement suspendu.

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12 mai 2017

Amérique. Des écrivains en liberté

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« Amérique  Des écrivains en liberté »

BERTINI Jean-Luc

THILTGES Alexandre

(Albin Michel)

 

Un voyage au cœur de cet étrange pays. La découverte de quelques-uns des Ecrivains qui en font la singularité. Ou plus exactement l’immersion de ces Ecrivains dans « leurs » territoires. Qui se décrivent en tout premier lieu dans les photographies (couleur ou Noir et Blanc).Plus que des illustrations. L’ancrage dans un monde réel, identifiable, familier pour ces écrivains-là. L’approche d’une certaine « irréalité » pour le Lecteur qui en était jusqu’alors réduit au recours à son imaginaire.

Bien évidemment Jim Harrison : Quand j’écris, tout ce que je veux voir, c’est un mur blanc, pour rester concentré. Parce que sinon, mon esprit partirait dans tous les sens. » Ce que le Lecteur comprend fort bien lorsqu’il observe les reflets des paysages du Montana, ces paysages qui imprègnent tant des romans de l’Ecrivain.

N’en est-il pas de même pour celles et ceux qui sont devenus familiers au vieux Lecteur ? A commencer par Laura Kasischke et Louise Erdrich. Mais aussi Rick Bass, Dan Fante, Richard Ford, Thomas McGuane, Jim Nisbet, Annie Proulx, Marilynne Robinson, David Treuer, David Vann, William T Vollmann…

Le Lecteur s’enchanta dans la fréquentation de la bien belle Amérique. L’autre Amérique. Porteuse de rêves. Riche d’une merveilleuse humanité.

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10 mai 2017

Mourir au printemps

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« Mourir au printemps »

ROTHMANN Ralf

(Denoël)

 

Un douloureux roman qui raconte les dernières semaines de la guerre vues par un adolescent engagé de force dans les SS, à un moment où les armées nazies s’avèrent incapables de contenir les offensives des troupes soviétiques sur le front de l’Est. Les ultimes soubresauts. La folie meurtrière de ceux qui refusent d’admettre l’évidence. Des familles meurtries. Au cœur de villes où ne subsistent que des ruines qui n’offrent qu’un abri illusoire. Les pères disparus. Celui dont Walter essaiera de retrouver la tombe dans la succession des cimetières érigés en toute hâte sur les rives du Danube. Les vaines tentatives pour s’extraire du désastre. Celle de Fiete, l’ami de Walter, qui malgré une blessure s’essaiera à la désertion. La terreur. Plus qu’absurde, plus que criminelle. Des pages bouleversantes, celles qui racontent les derniers instants de Fiete, fusillé par quelques-uns de ses camarades, dont son ami Walter.

« Mais Fiete n’était pas mort, sa lèvre inférieure tremblait, sa cage thoracique montait et descendait, et une main happa l’air. Tandis que le médecin se penchait sur lui et rabattait les lambeaux de manteau pour compter les impacts – il les tapota avec son crayon -, le garçon respirait toujours par le nez et la bouche, une haleine délicate, secousses rapides, et il ouvrit lentement les yeux si bien qu’on put voir l’iris, le dernier éclat et le bleu pâlissant de son regard. Dans lequel il n’y avait déjà plus aucune direction. »

Un roman douloureux sur une tragédie dont les cicatrices ne sont toujours pas refermées. En tout premier lieu en ce pays qui fut celui qui se livra aux nazis avant d’atteindre à ce qui prit les apparences du néant.

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09 mai 2017

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités

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« Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités »

PAASILINNA Arto

(Denoël)

 

Comme toujours chez Paasilinna, la dérision est au rendez-vous. Un roman publié en Finlande en 1994 mais traduit chez nous et publié par Denoël en 2016. Qu’importe ! L’essentiel n’est-il pas de rire ? Emporté dans les pérégrinations de Volomari Volotinen, collectionneur de vieilleries, et dont les voyages professionnels lui offrent l’opportunité d’acquérir des objets plus incongrus les uns que les autres (avec la complicité de Laura, son épouse). Dont le dentier d’un défunt maréchal, héros national dans un pays coincé entre l’Union Soviétique, l’Allemagne et la Suède. Mais aussi d’une généreuse touffe de poils pubiens retrouvée sur une dame fossilisée depuis des temps très reculés. Ou bien encore le squelette d’un ancien colonel de l’Armée Rouge et la chapka de Lénine. Sans oublier Johnny Weissmuller et le slip de Tarzan. Mine de rien, au-delà des voyages et des surprises qu’ils réservent, Paasilinna propose de revisiter l’histoire de son pays, laquelle histoire interfère bien souvent avec celle du pays qui est toujours celui du Lecteur.

« Les finlandais exhumèrent au bout du compte un incroyable butin : un énorme tas de vieux os de morse, deux crânes fendillés et un bassin provenant de toute évidence du squelette d’une femme de Komsa qui devait n’avoir eu qu’environ trente-cinq ans. Dans le creux des os iliaques, Volomari Volotinen découvrit à sa grande joie une touffe de poils exceptionnellement bien conservée dont on supposa d’abord qu’elle provenait de la chevelure de la défunte. Il constata cependant qu’il s’agissait plutôt, à en juger par sa frisure et par l’endroit où elle se trouvait, de la toison pubienne de cette femme surgie d’un lointain passé… »