Lectures

29 juin 2022

Puissions-nous vivre longtemps

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« Puissions-nous vivre longtemps »

MBUE Imbolo

(Belfond)

 

« Les fonctionnaires leur avaient affirmé que forer un gisement apporterait à notre village quelque chose qui s’appelle civilisation. Un jour, avaient annoncé les fonctionnaires, Kosawa jouirait d’une chose merveilleuse appelée prospérité. »

Début des années 1980. Kosawa. Un village au fin fond d’un pays africain. Son Excellence, l’inamovible Chef d’Etat, a accordé à Pexton, une société américaine, le droit d’exploiter les richesses pétrolières que recèle le sous-sol. Ceux qui, près de quarante ans plus tard, seront les Anciens, ceux-là ont d’abord cru aux belles promesses. Civilisation et prospérité. Et puis, au fil du temps, ils ont dû se rendre à l’évidence. Pexton et ses obligés n’avaient d’autre objectif que les profits qu’ils engrangeraient. Kosawa et ses terres agricoles sont abîmés. L’eau du fleuve est polluée. Des enfants meurent de maladies inconnues. Conscients d’avoir été floués, les villageois se révoltent. La soldatesque réprime cet élan. La soldatesque massacre.

Les jeunes générations prennent peu à peu le relais. Les crimes sont portés à la connaissance du monde extérieur. Commence alors un autre combat dont le personnage emblématique sera Thula, une jeune fille qui eut le privilège d’étudier aux Etats-Unis, mais qui affirmera en permanence son attachement au village qui l’a vue naître. Le recours à la violence, dès lors qu’il s’avère que l’opinion publique – fut-elle internationale – ne suffit pas à modifier le cours de choses. Face à la puissance conjuguée d’une multinationale et d’un pouvoir corrompu. Des questions majeures que pose l’Auteure. Sans jamais réduire son roman à des slogans dogmatiques. Bien au contraire.

« Réfléchissez-y. Pexton n’agit pas seul. Pexton n’a de pouvoir sur nous qu’en raison du pouvoir que notre gouvernement lui à accordé. Le gouvernement lui a donné nos terres. Le gouvernement a envoyé les soldats ce sinistre après-midi. Le gouvernement a pendu nos hommes. Si on réussissait à forcer Pexton à partir, le gouvernement ne reviendrait-il pas sous une forme ou sous une autre pour continuer de nous opprimer ? »

La réalité africaine d’aujourd’hui s’expose dans ce roman puissant. Cette réalité qui conjugue la rapacité des firmes capitalistes occidentales aux appétits des pouvoirs corrompus qui oppriment leurs Peuples. Un roman dont l’incandescence mérite infiniment plus qu’une attention polie.

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22 juin 2022

Ton coeur a la forme d'une île

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« Ton cœur a la forme d’une île »

LIMONGI Laure

(Grasset)

 

La Corse. Territoire indéfinissable où le Lecteur naquit une seconde fois il y a bientôt quarante ans. Dans un coin reculé de la Balagne. Au moment où l’Île était en proie à des accès d’une fièvre dont il eut très vite la conviction qu’elle pouvait lui être salutaire. Lui qui avait découvert là-bas la persistance non seulement des formes archaïques du colonialisme franchouillard mais pire encore de leur adaptation aux conditions édictées par un capitalisme à ce point privé d’imagination qu’il n’imposa rien d’autre que l’expansion mortifère de « son » industrie touristique.

Ce que Laure Limongi fait revivre en quelques pages, à savoir les attentats qui constituèrent le mode tonitruant de revendications non seulement liées au désir d’indépendance (ou d’autonomie ?), donc de liberté, mais mieux encore du désir de construire une société qui soit en conformité avec ce qu’est « l’âme » corse, oui, tout cela le Lecteur l’a ressenti au fil de ses séjours, s’en est nourri, et a entretenu en lui l’illusion que les Corses inventeraient un cheminement novateur qui ne soit en rien qu’une pâle copie des modèles d’une modernité qui réduit l’humanité à des fonctions accessoires.

Indéniablement, Laure Limongi a compris cela. Elle est Corse. Mais bien que Corse, elle se sait appartenir à une communauté beaucoup plus vaste, celle d’une Humanité au devenir désormais certain. A travers ses souvenirs, comme dans la tourmente d’un récit fictionnel qui éclaire le passage du militantisme à l’aventurisme, avec ce qu’il faut de rappels historiques, ce livre permet de mieux comprendre ce qu’il advient de l’identité revendiquée, identité multiple que donnent à entendre les quelques interlocuteurs (trices) de l’Auteure.

« Quand on dit qu’on est née en Corse, qu’on y a vécu, bref, qu’on est corse, cela fait toujours rêver les gens. Immédiatement surgissent les images de plage à l’eau transparente, de montagnes majestueuses, de clocher accroché à flanc de colline entouré de maisons en pierre dans lesquelles on s’imagine boire un apéritif forcément local face à un paysage à couper le souffle, sous un ciel exempt de nuages, tout en attaquant distraitement quelques tranches de coppa et de fromage – qui sentent un peu, non ? Le corps se délasse en tranquille expansion, l’air embaume l’immortelle et la nepita, la vie doit passer comme un charme, pense-t-on, en un tel lieu. Vous avez beau poursuivre les présentations – profession, études, passions, éventuelles connaissances communes, que sais-je ? – vous sentez bien que le regard de votre interlocuteur est posé loin derrière vous, dans sa rêverie estivale sur ce coin béni de Méditerranée. Mais l’image d’Epinal jaunit peu à peu sur les bords. Ca, c’est m’envie. Forcément, si vous êtes né là-bas, c’est que votre existence n’est tissée que de moments comme ceux-là. Nulle Parque trimballant sa grisaille, ses hivers rigoureux, ses obligations pénibles, que des Heures douces. Car c’est bien connu, hein, les Corses. »

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20 juin 2022

Une amitié

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« Une amitié »

AVALLONE Silvia

(Liana Levi)

 

Une Auteure italienne. Dont les trois précédents romans avaient retenu l’attention du Lecteur. Mieux même : ils avaient fait naître chez lui un enthousiasme bien réel. Une amitié l’a, au contraire, laissé perplexe. Perplexe mais pas indifférent, tant il est vrai que la dimension sociale du roman s’inscrit dans la même lignée que celle qui nourrit les œuvres précédentes de Silvia Avallone. Un proximité avec les milieux défavorisés. Un regard attentif et tout plein d’empathie. La claire conscience que la lutte des classes n’est pas un concept qui ne concernerait que l’autrefois, mais qui demeure un sujet central de l’évolution des sociétés contemporaines. Le vieux Lecteur (le trop vieux Lecteur) a toutefois éprouvé les pires difficultés à s’y retrouver dans le dédale des égarements de deux adolescentes qui s’immergent dans l’usage irraisonné des technologies de l’information. La première, Elisa, une littéraire bon teint, pour les contester. La seconde, Beatrice, pour en faire les instruments de sa notoriété et, accessoirement, de sa fortune. Il est vrai que l’amitié qui va les rapprocher dès les années de lycée naît d’un antagonisme social. Elisa est en effet élevée par une mère qui se situe hors du champ du consumérisme. Alors que Beatrice subit dès son plus âge la tyrannie d’une mère qui entend la pousser jusqu’au firmament de la gloire médiatique.

Silvia Avallone propose donc ici un roman qui se construit sur les solides fondations d’une connaissance approfondie des rapports sociaux dans une Italie toujours malade du berlusconisme. Mais son approche critique de l’Internet sous l’angle des réseaux sociaux n’a pas convaincu le Lecteur. Lequel admet toutefois n’avoir qu’une approche sans réelle consistance de ces machineries destinées, lui semble-t-il, à déshumaniser l’humain tout en assurant de colossaux profits à ceux qui en assurent le « bon » fonctionnement.

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17 juin 2022

La fille du bois

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« La fille du bois »

MAUREL Anne

(Verdier)

 

Nonante et quelques pages seront parvenues à réveiller chez le Lecteur des fantômes vers lesquels il s’en revient certaines nuits d’insomnie mais qui là, dans un texte ciselé à merveille, ont repris chair. A commencer par celui du maître d’école qui l’accompagna jusqu’au concours d’entrée en classe de sixième. Un rescapé, un miraculé de la Grande Guerre, cette effroyable boucherie qu’il racontait à des gamins effarés. En 1952 ou en 1953. Près de quarante ans plus tard. Alors qu’il se préparait à prendre une retraite amplement méritée. Le Lecteur, qui perd la mémoire, ne se souvient plus du nom de ce maître d’école. Mais il entend encore résonner les phrases qui décrivaient la guerre de cet homme-là, l’enfer, les cadavres, les cris et les plaintes des mutilés. Des phrases qu’il conjugua bien vite à celles de Barbusse, de Dorgelès, de Giono, de Remarque, dans les romans et les récits que lui offrit son père et dont il se nourrit jusqu’à se convaincre qu’il n’est pas de pire saloperie que la Guerre, même lorsque les livres qui racontent l’histoire officielle la prétendent Grande. Deux autres fantômes ont également ressurgis lors de découverte de ce texte bouleversant, ceux d’Edouard et de Juliette, ses grands-parents paternels. Non qu’Edouard ait subi la même destinée cruelle que celle qui fut réservée au grand-mère d’Anne Maurel, lequel avait été grièvement blessé  en 1918. Edouard, lui, s’il n’avait pas été mobilisé dès les premiers jours de juillet 1914, échappa à la Grande Boucherie. Et cela pour une raison facile à comprendre : dès le 21 août de la même année, la totalité du département des Ardennes devint « allemande » et elle restera jusqu’au 10 novembre 1918 (une hypothèse que le petit-fils, avec un peu plus de cent ans de recul, ne prendra pas le soin de vérifier). Mais Edouard, tout comme le grand-père d’Anne Maurel, fut un homme des bois. Des bois, ceux du pays d’Ardenne, où il entraîna son petit-fils dans des aventures qui mêlèrent la découverte du milieu et l’enseignement d’une biologie certes sommaire mais fort utile au gamin qui naquit au mitan de l’autre Guerre, la Seconde, follement Mondiale elle aussi. Des bois où il s’initia au plaisir de respirer l’entêtant et lourd parfum de l’humus, lequel s’associe, dès les premiers jours de l’automne, à celui des champignons – qui semble rebuter Anne Maurel -. Et puis donc, autre fantôme singulier, Juliette, l’épouse d’Edouard. La Conteuse. La Diseuse de poèmes. Qui inventa et mit en forme à l’intention de son petit-fils plusieurs versions si différentes les unes des autres des Quatre Fils Aymon. Quatre héros (et leur cheval Bayard) visibles, palpables, sur les hauteurs qui surplombent la Meuse, au creux d’un méandre qui enclot la petite ville de Monthermé.

Le Lecteur évoque ici une Chanson de geste telle qu’elle se retranscrit aujourd’hui encore dans l’imaginaire ardennais, soit donc en ignorant les autres versions dont celles qui se disaient en langue d’Oc. Mais qu’importe. Anne Maurel se l’accapare, elle aussi, à sa façon qui a convenu au vieux Lecteur (et qui donc aurait également convenu à Juliette laquelle, malheureusement, décéda voilà bientôt cinquante ans) et qui la fait émerger dans les derniers paragraphes d’un récit dont le vieux Lecteur s’est imprégné jusqu’à se refuser de refermer le livre tant celui-ci lui parla d’une manière personnelle, comme s’il n’était destiné qu’à lui, l’Exilé qui s’est déraciné de l’Ardenne (et de sa forêt) et ne garde qu’un souvenir confus des trois fantômes qui habitent sa note de lecture.

« Des bois, il (le grand-père d’Anne Maurel) en avait parcouru beaucoup. La région de Verdun où il s’était d’abord battu et avait rencontré la réalité de la guerre, avant d’avoir connu l’amour, ou venant tout juste de le connaître, était couvert de bois. En Bretagne, les forêts abritaient des loups, elles étaient pleines de légendes, de pièges et de sortilèges. Le seul livre en breton qui passait de main en main dans les tranchées c’était l’histoire des quatre fils Aymon : Allard, Guichard, Renaud et Richard obligés pour échapper à la colère de l’empereur Charlemagne de s’enfoncer dans l’épaisse forêt d’Ardenne, montés sur leur unique cheval Bayard.

Je m’imagine que dans le chuchotement des feuilles et l’esprit en alerte, tendu jusqu’à se rompre, comme une corde, des soldats épuisés par le manque de sommeil, patrouillant dans les bois la nuit autour de Verdun, des ombres menaient leur danse dans une sombre confusion : le passé de l’enfance et le présent de la guerre, l’Histoire et la légende, l’amour et la mort mêlés.

C’est encore dans un bois la nuit et entouré par des apparitions, que, mourant, il s’est revu. Ce que sa parole chuchotée m’avait laissé entrevoir, ses derniers mots prononcés à voix haute et claire le confirmèrent. On avait dépêché un curé pour lui administrer l’extrême-onction. A l’entrée du prêtre dans sa chambre, à la seule vue de sa robe noire, il se redressa sur son lit pour lui crier en breton, le buste très droit, cette phrase brève qui mit en fuite l’homme d’Eglise, « Sors le loup ! » »

En nonante et quelques pages, Anne Maurel a exhumé et redonné à vie des fantômes. Celui de son grand-père. Celui d’un petit chien rencontré par hasard du côté de Verdun et que le grand-père décora de cette Croix de guerre que l’Etat-major venait de lui remettre. Des fantômes proches parents de ceux qui hantent son vieux Lecteur et qui font donc naître une belle proximité. Un livre impossible à refermer : voilà qui mérite d’être précisé.

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15 juin 2022

Enfant de salaud

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« Enfant de salaud »

CHALANDON Sorj

(Grasset)

 

Indifférent le vieux Lecteur. Ou tout au moins non concerné par ce roman d’un Ecrivain dont la fréquentation lui valut autrefois de belles émotions. D’autant plus belles qu’il avait beaucoup apprécié le journaliste qui témoignait alors dans un journal aujourd’hui moribond, sur les grands drames de ce temps que l’on dit révolu. Palestine. Irlande. Les souffrances endurées par des peuples soumis à l’arbitraire, israélien pour les uns, britanniques pour les autres.

Indifférent. Ce qui n’est pas convenable, à l’égard de quelqu’un d’infiniment respectable. Mais le vieux Lecteur n’est pas parvenu à s’immiscer dans un récit qui aurait cependant dû le concerner. Non pas tant sur les questions de la filiation. Mais sur celles de ce que fut l’histoire d’un père durant les années sombres de la collaboration. Un rendez-vous manqué ?

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13 juin 2022

L'enfant de la prochaine aurore

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« L’enfant de la prochaine aurore »

ERDRICH Louise

(Albin Michel)

 

Les œuvres de Louise Erdrich fascinent le Lecteur, à travers chacun des romans qu’il a découverts au fil des vingt dernières années. Cette fascination persiste dans ce nouveau roman, L’enfant de la prochaine aurore. Mais elle se conjugue à une sourde angoisse, que génère une vision apocalyptique du monde en devenir, celle qui accompagne ce roman.

Comme souvent chez Louise Erdrich, le personnage principal – Cedar, une jeune femme enceinte - se situe dans une sorte d’équilibre instable entre deux univers. Celui des origines ancestrales, une tribu indienne, les Ojibwés, tribu à laquelle appartient la mère de Cedar. Celui de l’intégration, en l’occurrence un couple d’avocats appartenant à la bonne société américaine, une mère et un père d’adoption pour Cedar, l’une et l’autre « progressistes » et désireux d’offrir un avenir à l’image du rêve américain à celle dont elle et il ont fait leur enfant. Mais le monde qui s’en vient, celui qui déjà s’impose à eux, n’est plus en mesure de répondre à leurs attentes. Se révèlent déjà les premières conséquences du réchauffement climatique. Et l’Amérique d’autrefois, celle qui a porté Trump au pouvoir, se tourne vers un totalitarisme sournois. S’instaure, entre autres, un contrôle des grossesses, avec la volonté de ne garder que les sujets conformes aux exigences de l’idéologie dominante.

Cedar tente de se préserver, et donc de préserver l’enfant à naître. Cet enfant avec lequel elle entretient un dialogue permanent. Cet enfant qu’elle nourrit de sa culture première, à la façon qu’elle a hérité de sa mère, chaleureuse, tolérante, nimbée d’amour et de tendresse. Cet enfant qu’elle protège du mieux qu’elle le peut contre la violence qu’imposent les tenants de l’ordre nouveau.

Un beau roman de résistance. Même si le propos de Louise Erdrich ne laisse guère de doutes sur l’issue du combat. Un roman qui se conclut, afin de ne point engluer son Lecteur dans un désespoir sans issue, par une fabuleuse immersion dans ce que furent les hivers du temps de bien avant, assortis de tempêtes de neige, de frimas, de blizzars. Comme si ce monde  au seuil de l’agonie disposait encore des ressources qui lui permettraient de se prémunir contre la catastrophe finale.

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09 juin 2022

Le roi n'avait pas ri

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« Le roi n’avait pas ri »

MEURICE Guillaume

(Lattès)

 

Un roman qui a les apparences du roman historique. Puisque le Lecteur est convié à « chevaucher » deux règnes, celui de Louis XII puis celui de François I°. Deux monarques pour un seul et même bouffon, Triboulet, que François I° affublera du nom de « cousin ». Le Lecteur écoute de temps à autre le bouffon Guillaume Meurice exercer ses talents sur les ondes de la France Inter, dans l’émission qu’anime une belgienne irrévérencieuse, émission qui s’intitule Par Jupiter. Il n’a donc pu s’interdire d’établir un parallèle entre ce Triboulet et l’Amuseur des soirées toujours autorisées sur les ondes de la radio nationale. Celui-là même qui transparaît peut-être dans l’ultime dialogue entre Triboulet et Le Vernoy, l’homme qui fut son maître ?

«  - Le Vernoy, mon cher maître, quel sens peut bien avoir tout ça ? Avoir l’oreille des rois ? Pouvoir leur hurler la vérité, leur barbouiller leur nez de leurs contradictions, leur hypocrisie, leur arrogance… Dans quel but ? Pour quel résultat ? Il est curieux comme le rire fait peur. Comme il est puissant. Et libérateur. Mais il n’est qu’un éclat éphémère, frivole. En vain.

Le Verny m’entendait-il encore ? Dormait-il ?

-      Et si ma liberté cautionnait le pouvoir ? Si elle ne servait qu’à le rendre supportable ? Comme si le désordre renforçait l’ordre ? »

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08 juin 2022

Au bord de la nuit

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« Au bord de la nuit »

LAMPE Friedo

(Belfond)

 

Encore un roman exhumé. Un roman d’un écrivain allemand dont l’existence m’était inconnue. Publié en 1933. Interdit par les nazis. Ce qui lui confère sa petite part de notoriété. Mais qui n’en fait pour autant, aux yeux du Lecteur, un chef d’œuvre de la littérature allemande. Plus banalement une œuvre respectable qui propose un tableau de la vie ordinaire dans une grande cité hanséatique, à la veille de la conquête du pouvoir par les nazis. Brême. Son quartier portuaire. Ses « braves » gens. Une foule de personnages, qui se révèlent puis disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. La pauvreté qui confine parfois à la misère. Quelque chose qui prend de temps à autre les apparences du désespoir. Que renforce l’heure crépusculaire. Ce que le Lecteur, à tort ou à raison, a considéré comme une anticipation de ce qu’il adviendra de l’Allemagne au cours des années qui suivront.

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06 juin 2022

Ce monde est tellement beau

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« Ce monde est tellement beau »

LAPAQUE Sébastien

(Actes Sud)

 

La rencontre n’avait pas trop mal commencé. Un court paragraphe avait même fait naître des illusions chez le Lecteur. « Car sur ce monde tellement beau s’en est glissé un autre, un monde injuste, atroce, agité, capricieux, narcissique, infernal, cruel, infantile, cupide, un monde criblé par l’angoisse et par le malheur, un monde qui n’en est plus tout à fait un, un monde malade de l’avoir, un monde qui mérite un autre nom : l’Immonde. » Et puis ? Et puis rien. Ou alors tant et tant d’évènements insignifiants. Des bourgeois qui comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient bête…

Lazare. Abandonné par Béatrice. Une rupture inattendue, non programmée. Pour celui qui enseigne l’histoire et la géographie dans un lycée parisien. Celui dont la plupart des amis appartiennent au milieu enseignant. Sauf la voisine de Lazare, Lucie, qui consacre sa vie au recensement des moineaux de Paris. Le Lecteur s’est peu à peu insupporté de sa mise en relation avec des personnages conventionnels. Pire : il s’est ennuyé. En dépit de quelques incursions aux trousses de Lazare en la bonne ville de Chartres où son papa vit une retraite paisible et confortable. Chartres sans Péguy, donc pas le moindre détour par Le porche du mystère de la deuxième vertu. Un ennui qui toutefois sut le prémunir contre l’emportement.

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04 juin 2022

La Cavalière

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« La Cavalière »

QUINTANE Nathalie

(P.O.L.)

 

Oui, bien sûr, c’est une femme dont il s’agit dans ce bouquin de Nathalie Quintane. Une femme qui sortit de l’ordinaire. Comme tant d’autres  femmes qui agirent durant les années 70 de l’autre siècle et qui sont aujourd’hui rejetées dans l’oubli, qui ne comptent pour rien au regard d’une société macronisée, baignant dans le conformisme et réduite à un immobilisme de bon aloi. La nécessité pour cette société de penser correct, donc d’accepter son asservissement. Une attitude dans laquelle Nathalie Quintane ne s’est jamais engluée.

Dans ce texte très court, l’Auteure restitue une part de l’histoire de cette femme singulière, ancrée dans un  temps lui-même singulier, celui des années 1970. Une femme rétive, une femme rebelle. Prof de philo, prof agrégée, s’il vous plaît ! Très mal aimée par sa hiérarchie, par son ministère. Lesquels lui reprochaient d’avoir prêté son appartement à un homosexuel notoire. Qui la condamnaient sans autre forme de procès. Digne. Préfecture du département des Alpes de Haute Provence où vivent dignement quelques poignées de notables. Digne où enseigne Nathalie Quintane. Nathalie Quintane qui enquêta, qui interrogea les trop rares survivants, les témoins de la mise à mort de la prof de philo. « Ce sont sans doute les dernières années pour entendre ces témoins-là, écrasés entre la célébration des anciens combattants et les grandes gueules de leur temps. Une génération dont je me figure qu’elle a vécu dans le soleil et sans la peur pendant une poignée de mois, alors que j’étais gosse ».

Un beau livre. Un livre plus nécessaire qu’utile. Un livre qui rend palpable les femmes et les hommes libres, les rebelles. Dans un temps où des mots s’illuminèrent à un point tel que le Lecteur qui en ces temps lointains était encore un jeune homme y trouva au profond de ses ténèbres les raisons de ne point s’assoupir.

« … en mars 1972, les gars deviennent des tigres : ils n’ont pas peur du management. La différence, elle est là : pendant quelques années, et jusqu’en 1973 au moins, des jeunes, ouvriers, employés, profs… n’ont plus eu peur. En face, et pour la première fois de leur vie, les petits chefs, les patrons, les proprios, les proviseurs et les principaux, les inspecteurs et les pères de familles honorables ont croisé, stupéfaits, le regard souverain de celles et ceux qui en avaient fini avec la peur. »

Nathalie Quintane est de ces rares Auteures qui aident à survivre dans ce monde où, de toute évidence il n’a plus sa place. Il vient de passer quelques heures à tenter, à son tour, de retrouver la trace de Nelly Cavalleiro, la prof agrégée qui enseigna la philo et qui offrit son toit à un homosexuel notoire. Puisqu’il n’est rien de pire que la relégation dans l’oubli.

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