Lectures

20 janvier 2020

La Fabrique des salauds

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« La Fabrique des salauds »

KRAUS Chris

(Belfond)

 

« De mon côté, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, je devins un bon nazi. Je ne m’en rendis même pas compte. Nombre d’entre nous en firent autant, presque à leur insu, car devenir un bon nazi était comme devenir un bon chrétien. Les bons nazis étaient une évidence. Il n’y en avait pas d’autres, et les choses se faisaient d’elles-mêmes. »

Un choc pour le Lecteur. Ce roman allemand, écrit par un écrivain allemand né assez longtemps après la guerre (1963) pour qu’il ne s’empêtrât pas dans les survivances idéologiques du nazisme vaincu militairement tant par les armées anglo-saxonnes que par celles de l’Union Soviétique. Un choc, parce que ce roman-ci pose l’unique question qui vaille, celle que feignent d’ignorer ceux qui dépeignent l’Allemagne de cet après guerre comme un vertueux modèle de démocratie, capable de s’imposer comme le bâtisseur majeur d’une Europe délivrée des salauds et de leur subordonnés.

Le « je » de la citation, c’est le Narrateur, vieillard finissant et que les hasards de l’hospitalisation ont installé dans la proximité d’un jeune hippie dont il fait son confident et auquel il raconte son incroyable parcours au sein de la SS et des services secrets nazis. Du temps des victoires et des conquêtes jusqu’à celui des défaites et de l’anéantissement. Avec toutes les abominations perpétrées par ceux qui passèrent par la fabrique des salauds. Sauf que l’Histoire ne s’arrêta pas le 8 mai 1945. Sauf que si les nazis furent bel et bien vaincus, nombre de ceux qui furent de zélés serviteurs du système et qui lui avaient survécu devinrent des acteurs de la « reconstruction ». A l’image de Koja Solm, le Narrateur. Un authentique salaud. Qui s’exhibe comme tel, en 1974, face à un être immature donc toujours gavé des illusions qu’ont fait naître dans les jeunes générations la « nouvelle » Allemagne, celle qui se recommença sous l’autorité d’un ancien nazi, un certain Konrad Adenauer.

Ce roman-là, d’un souffle exceptionnel, marque comme une rupture avec l’angélisme qui a longtemps prévalu sur les tenants et les aboutissants de cette « reconstruction ». Point de faux fuyants chez Chris Kraus. La réalité des faits mises à nu, au fil d’une narration qui ne s’égare pas parmi des chemins de traverse. Même (et surtout ?) lorsqu’il est si souvent question d’Ev, la gamine d’origine juive qu’avaient adopté les parents de Koja (et qui de ce fait devint sa sœur).

Les plaies ne sont pas refermées. Ce que montre ce roman dont le Lecteur pense qu’il fera date et qu’il constitue d’ores et déjà un monument non seulement de la littérature allemande contemporaine mais aussi européenne. Une œuvre qui bouleverse et redonne du sens à une Histoire qu’il n’est désormais plus possible de travestir.

« Le premier décembre dix-neuf cinquante sept, l’institut Weizmann invita l’institut munichois Max-Planck en Israël. Comme les instituts ne voyagent pas, ce furent des scientifiques qui firent le déplacement, en notamment des experts en physique nucléaire.

Nul ne sait ce qu’ils apportèrent en cadeau.

Et même le cadeau suivant, généreusement offert par Frans Joseph Strauss à la suite de notre charmante visite à la Npël dix-neuf cinquante-sept, reste encore aujourd’hui connu seulement d’un petit cercle de spécialistes de la défense comblés par tant de largesses.

Le premier janvier dix-neuf soixante, l’interdiction d’importer des marques de voitures allemandes appartint définitivement au passé, car la voiture hitlérienne du mouvement Kraft durch Freude fut autorisée à la vente dans la première succursale Volkswagen israélienne et elle se vendit à merveille (les cadeaux de Volkswagen avaient dû tirer des larmes à leurs destinataires).

Le quatorze mars dix-neuf soixante, David Ben Gourion et Konrad Adenauer se retrouvèrent à l’hôtel Waldorf-Astoria de New York et, autour d’un verre de liqueur à l’œuf, discutèrent cadeaux d’expiation de tout acabit, quoique sous le nom d’ « accords économiques » et de « relations interpersonnelles »… »

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17 janvier 2020

Le troisième oeil ou les errances géopoétiques de Claude-Henri Bartoli

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« Le troisième œil ou les errances géopoétiques de Claude-Henri Bartoli »

LE BRAS Yvon

(ARCANA/Editions Nomades)

 

Une immersion dans l’œuvre de Claude-Henri Bartoli. Conduite par quelqu’un qui évolue en toute liberté au cœur de cette œuvre. Une liberté qui conduit à une approche toute en finesse et dont la pertinence a réjoui le Lecteur. Lequel Lecteur ne dissimulera pas qu’il est un familier de l’Artiste depuis trente ans et qu’il a donc eu l’opportunité de suivre le cheminement créatif de CH Bartoli. Yvon Le Bras, à travers son analyse, lui a permis de mieux cerner les cohérences d’un travail qui mériterait de sortir du relatif anonymat dans lequel il est confiné.

« L’œuvre de Claude-Henri Bartoli témoigne des mutations engendrées par la globalisation. La contraction du temps et de l’espace rend inévitables les confrontations culturelles et diffuse largement des images du patrimoine universel. Une culture visuelle originale apparaît : celle-ci nous permet de poser sur le monde un regard nomade, susceptible de passer rapidement, de juxtaposer brutalement la proximité et l’éloignement, en un mot de perturber notre sens habituel de la mesure. »

L’ouvrage n’étant pas disponible en librairie, il est recommandé aux personnes qui souhaiteraient le découvrir de s’adresser à l’association éditrice « Les amis de Claude-Henri Bartoli (8 rue des Mûriers/Le Mas Bousquet/34600 Pézennes-les-Mines/ lesamisdeclaudehenribartoli@gmail.com)

15 janvier 2020

La Maison

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« La Maison »

BECKER Emma

(Flammarion)

 

Laborieux exercice prétendument littéraire qui tente de narrer la vie de prostituée d’une jeune française à Berlin. Ou la preuve apportée qu’entre littérature et prostitution les frontières peuvent s’avérer floues, incertaines et même perméables.

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13 janvier 2020

Sauvage

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« Sauvage »

BRADBURY Jamey

(Gallmeister)

 

Dans la lignée des plus stupéfiants romans américains, ceux dont le vieux Lecteur se repaît depuis son adolescence, depuis ce temps si lointain quand il découvrit l’œuvre de Jack London. « J’ai appris à lire la forêt avant d’apprendre à lire les livres. » Dans un recoin perdu de l’Alaska. Où s’est installée et survit la famille de Tracy. Des chiens de traineaux. De longues courses dès que s’en reviennent les frimas. Des courses auxquelles se voue Tracy, à l’image de son père. Adolescente, réticente à s’engluer dans l’âge de femme. Poursuivant un improbable dialogue avec sa défunte mère dont le fantôme émerge si souvent au détour d’un sentier. Un roman passionnant. De bout en bout. Qui frôle parfois avec le fantastique. Qui s’en joue avec une habileté littéraire hors normes. Un roman dont il est impossible de se défaire. Du moins pour un vieux Lecteur que les immenses espaces de l’Alaska et leurs hivers qui n’en finissent pas de continuent à fasciner.

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10 janvier 2020

Une santé de fer

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« Une santé de fer »

CASACUBERTA Pablo

(Métailié)

 

Toujours en équilibre instable. Frôlant la mort à chaque instant. Tobias. Orphelin d’un colonel de l’armée uruguayenne. Et bien que quinquagénaire vivant auprès de sa vieille maman sur les maigres rentes laissées par le défunt. Fréquentant avec assiduité la cabinet du docteur Svarsky, une sorte de charlatan dont la renommée lui vaut une conséquente clientèle de vieilles rombières crédules. Tobias est doté d’une santé de fer. Dixit le docteur. Mais depuis des lustres, il s’inquiète de l’imminence de sa mort. De sa relation avec le médicastre vont naître d’étranges dépendances qui font le sel de ce roman à l’humour tout en nuances. Sauf lorsqu’il s’agit d’instruire dans de brefs et incisifs paragraphes le procès de l’homéopathie.

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06 janvier 2020

Tous, sauf moi

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« Tous, sauf moi »

MELANDRI Francesca

(Gallimard)

 

Il y a deux ou trois ans de cela, le Lecteur avait émis un pont de vue nuancé sur un précédent roman de Francesca Melandri, « Plus haut que la mer ». Force lui est, en cette fin d’année 2019, de vanter les mérites exceptionnels de cet autre roman qu’il vient de refermer, « Tous, sauf moi ».

Oui, un livre rare, un de ces livres qui laissent d’inaliénables traces. Parce qu’il se confronte dans un double mouvement dialectique à des moments singuliers de l’Histoire et qu’il immerge dès lors le Lecteur dans le magma des réalités contemporaines. L’Histoire ? Celle de l’Italie fasciste lancée, afin d’asseoir sa prétendue grandeur, dans des guerres coloniales (Lybie et surtout Ethiopie). Le monde contemporain ? L’Italie berlusconienne, sorte de laboratoire d’un néofascisme nimbé bien évidemment de racisme. Et, tout au long du récit, un personnage central, Attilio Profeti, acteur accessoire lors des guerres de conquêtes coloniales, membre des chemises noires. Attilio Profeti survit à l’écroulement du fascisme et installe son nid au sein de la nouvelle machinerie étatique qui lui succède. Jusqu’au temps qui fut celui de l’accession de Berlusconi vers le pouvoir.

La trame du récit mise en scène par Francesca Melandri est en tout point passionnante. De l’irruption à Rome en 2010 d’un immigré éthiopien, immigré qui se revendique de la lignée des Profeti jusqu’aux multiples arcanes de l’enquête que conduit Ilaria, la fille quadragénaire d’Attilio, quasi centenaire, lui, ayant donc survécu au pire, c’est un tableau d’une extrême complexité de formes et de couleurs qui se révéla aux yeux du Lecteur. Une Italie capable de renouer à soixante-dix ans de distance avec les plus abjectes des idéologies.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce roman-là ne fige pas la nécessaire réflexion sur une problématique spécifiquement italienne. Ses reflets débordent très largement au-delà de la Péninsule et de son Histoire. Ils évitent au Lecteur français d’oublier ce que fut l’Histoire coloniale de son pays et ce que sont les convulsions qui l’agitent aujourd’hui face à ce qu’il est convenu d’appeler « la crise migratoire ».

« Le voilà encore le temps-coaltar de la réclusion, des endroits où Dieu est plus silencieux qu’un mur ; il coule visqueux par un trou dans la poitrine, la remplit de noir. Mais ici, ce n’est pas la Libye, c’est l’Italie civilisée. Pour dormir, il y a un matelas, même s’il est sale, au lieu de trois carreaux. On peut se lever, marcher, aller dans la cour et même fumer si on a de l’argent pour une cigarette. Il y a des douches, même si elles sont froides. Les toilettes sont des vraies, et pas seulement un seau pour cent personnes – les portes sont enfoncées, mais en général la     chasse d’eau fonctionne… »

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26 décembre 2019

Amazonia

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« Amazonia »

DEVILLE Patrick

(Seuil)

 

« Nous étions attentifs à ne pas transformer cette marche épuisante en l’un de ces défis corporels si communs chez les grands mammifères rouleurs de mécaniques, combat de cerfs emmêlant leurs bois, un vieux mâle déjà sexagénaire et l’autre presque trentenaire et dans la force de l’âge. Nous avancions silencieux, suant et ahanant côte à côte ou à la file sur cette planète en train de mourir et nous aussi, économisions le souffle, un peu les dents serrées, les muscles fondant sous la chaleur humide. Nous étions revenus dormir à bord, les jambes bouffées par les bestioles, songeant que tout cela valait bien d’endurer les piqûres de guêpes et de moustiques et autres saloperies que nous finirions par aimer maintenant que nous les savions en voie de disparition. Nous avions sorti notre réserve d’alcool et répétions les phrases de Beckett : « Nous ne voyageons pour le plaisir de voyager que je sache, dit Camier. Nous sommes cons, mais pas à ce point-là. »

L’Amazonie.  Aux trousses de Patrick Deville et de son fils. Un interminable périple, de l’Atlantique à la Cordillère des Andes, en cette Amérique du Sud que le vieux Lecteur ne fréquentera jamais. Mais qui, dans l’entrelacs des phrases de l’Ecrivain, emprunte des sentiers qui lui confèrent, à son tour, le statut de voyageur pas trop con. Emerveillé. Dans ce qui se révèle aussi bien qu’à travers les traces des souvenirs de ceux dont Deville s’est inspiré. Des noms familiers au Lecteur. Darwin. Bolivar. Aguirre. Entre autres. Ceux qui dans l’ombre de l’Ecrivain esquissèrent des cheminements singuliers au cœur de ce demi mais si vaste continent.

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20 décembre 2019

Là-bas, août est un mois d'automne

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« Là-bas, août est un mois d’automne »

PELLEGRINO Bruno

(Zoé)

 

Un roman sobre qui raconte et donc romance ce que fut la vie du poète suisse (romand) Gustave ROUD et de sa sœur Madeleine. Ces deux-la confinés dans un monde rural qui vit au rythme des saisons. Pas très loin de la ville. Mais se tenant à distance d’elle. Gustave Roud lit, écrit mais s’adonne aussi à la photographie, laissant des reflets de ce monde-là et de quelques-uns de ceux qui le peuplent. Avec, en fond sonore, des musiques dites classiques. L’immuable. Telle une éternité qui ne peur cependant pas ignorer me vieillissement et les fatalités qui en résultent  A peine éraflée et même pas abîmée par la survenue de gens de télévision venus réaliser un reportage sur le poète.

« Quand je lève les yeux, je vois simplement des arbres, là où Gustave et Madeleine voyaient des tilleuls, des aulnes, des acacias, des érables. J’écris sur des gens qui étaient capables de nommer les choses, les fleurs et les bêtes, alors que j’ai besoin d’une application sur mon téléphone qui identifie les oiseaux par leur chant, les plantes par la forme de leurs feuilles, et je dois vérifier sur des sites de jardinage la période de semaison du blé et de floraison des cyclamens. C’est peut-être ce qui fascine, chez ces deux-là, leur manière lente et savante d’éprouver l’épaisseur des jours. Et puis les doutes qui subsisteront toujours : je n’ai aucun moyen d’établir avec certitude si le corridor, à leur retour ce soir-là, sentait le clou de girofle, l’humidité ou la cire d’abeille, le feu, la viande ou la naphtaline. »

Il s’en vient parfois du « Hors de France » de subtils moments d’une vraie et belle littérature. Ce dont témoigne ce roman si rare, donc si précieux.

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18 décembre 2019

Des orties et des hommes

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« Des orties et des hommes »

PIGANI Paola

(Liana Levi)

 

Un roman qui fait chaud au cœur. Dans ce qu’il restitue – l’enfance de Pia, fille d’immigrés italiens installés en Charente, paysans sans terre – et peut-être plus encore dans ce qu’il suggère – la fin d’un monde rural et l’émergence de la femme, dans un seul et même mouvement. Avec les interférences culturelles. La langue des ancêtres dont l’usage est interdit. Mais que reste ancrée dans les traditions familiales dont des lambeaux se transmettent. Le si dur labeur paysan. Mais aussi les solidarités qui rapprochent les damnés de la terre, en ce début des années 1970 où il sera très vite question du Larzac. Et donc Pia, lumineuse, vivante, combattive déjà. Qui parcourt son petit monde, ce monde dont elle se nourrit dans sa lente mais pourtant inexorable mutation vers l’âge de femme.

« C’est venu dans la bouche de maman, au-dessus de la marmite de soupe, l’annonce, précédée de povero padre, et des prénoms d’oncles et de tantes d’Italie, de Belgique. J’ai essayé d’attraper des morceaux de vérités entre des mots d’italien qu’ils s’adressaient avec papa. D’habitude, quand on les entend parler leur langue, ce n’est pas pour nous, sutout à travers la colère ou les murmures, mais c’est joli dans leur bouche, quelque chose d’inaccessible. Parfois, Dora propose qu’on parle tous italien, de jouer le jeu le temps d’un repas, mais ça ne dure pas. Moi, je nage dans cette langue et prends toujours la tasse, je tousse, je m’énerve, c’est pas naturel. Il y a cette gêne des parents depuis que les maîtres d’école leur ont ordonné de ne laisser entrer que le français dans la maison sinon vos enfants seront perdus. Si c’est de l’école que vient cette idée, on ne peut pas tricher, alors on ne garde que quelques mots, buongiorno, birichini, amoretti, ou les jurons de papa, porca miseria. »

Pia raconte ce temps révolu. Ce temps durant lequel les damnés de le terre ne ‘étaient pas encore résolus au pire. Sa narration est remplie de couleurs vives, de chants, de parfums délectables. Sa narration est un oratorio. Qui ne se fourvoie pas dans les nostalgies. Qui au contraire exalte les fraternités. Oui, un roman qui a fait chaud au cœur du vieux Lecteur.

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16 décembre 2019

Corse: de quoi la mafia est-elle le nom?

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« Corse : de quoi la mafia est-elle le nom ? »

SANGUINETTI Sampiero

(Albiana)

 

Une analyse pertinente, donc nécessaire. Pour qui n’a pas envie de ressasser les lieux communs et les idées toutes faites dès lors qu’il est question de la Corse et de la prétendue mafia qui règnerait sur une Île à la dérive. Cette Île que le Lecteur fréquente depuis plus de trente ans, fidèle à la Balagne dont il observe les évolutions depuis le microcosme qui lui constitue comme un cadre familier.

L’usage du mot « mafia » pour caractériser ce que devient la Corse, cet usage banalisé l’a toujours dérangé. Sampiero Sanguinetti éclaire sa lanterne dans son opuscule tout en mesure (tout autant que l’auteur ne concède rien aux idéologies qui s’insinuent de manière insidieuse dans les discours officiels).

Sampiero Sanguinetti fut journaliste. Au sens noble de la fonction. Son étude s’en va donc fouiller dans les tréfonds obscurs censés mettre en exergue l’existence d’une mafia corse qui amalgamerait (ou aurait amalgamé) tout et son contraire : « Le FNLC, la Brise de mer, Le Petit Bar, Jean-Jé Colonna, les casinos, Francisci, Tomi, Squarcini, Charles Pasqua, les ambiguïtés de l’Etat… » En omettant, chez ceux (magistrats, policiers, journalistes…) qui dénoncent l’existence d’une telle mafia,  de définir le mot, de lui donner du sens à travers, entre autres, les exemples italiens. Une omission qui débouche dans leurs propos sur des raccourcis et autorise un travestissement de la réalité. Lequel travestissement sert, de fait, d’alibi à la machinerie étatique pour mettre en place des pratiques judiciaires fort peu démocratiques et à bloquer tout processus d’évolution vers des formes décentralisées de la gestion des affaires de l’Île. (« Selon Bernard Legras, je l’ai dit, société corse, grand banditisme et mafia ne feraient qu’un. Cette île serait donc condamnée à ne pouvoir ni s’administrer ni se gouverner, ni être administrée ni être gouvernée. »

Cet ouvrage survient au moment où une partie de la société corse, alors que se multiplient à nouveau crimes et attentats, s’est déterminée à agir sous la bannière anti-mafia. Reste cependant la question centrale, la question fondamentale que pose le livre de Sampiero Sanguinetti. A savoir celle de l’existence avérée d’une telle organisation. Ce que l’Auteur fait mieux que nier, dont il démontrer qu’elle n’est qu’un leurre destiné à justifier la mise en œuvre par la machinerie étatique de mesures d’exception non conformes aux règles qui prévalent dans un état de droit. A ce titre, cet ouvrage va bien au-delà de la seule problématique corse : il constitue une mise en garde contre les tentations totalitaires auxquelles sont susceptibles de se laisser aller des pouvoirs dits démocratiques.

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