Lectures

16 septembre 2017

L'enfant qui

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« L’enfant qui »

BENAMEUR Jeanne

(Actes Sud)

 

« C’est peut-être ça, la destinée, une femme qui ne sourit pas, silencieuse au milieu de tout ce bruit. Une île. » L’enfant, seul. En quête de la femme, la mère, la voyageuse. Le père qui ne s’est pas résolu à l’absence, qui fréquente le café et déserte la maison, sa façon à lui de s’absenter de l’enfant. Et puis la grand-mère qui, à proprement parler, ne cherche pas à sauver quoique ce soit, mais qui parvient à préserver de fragiles et fluctuants équilibres.

Une fois de plus, la magie a fait sentir ses effets. Sur le (vieux) Lecteur. Son attachement aux livres de Jeanne Benameur. Ici un livre qui se présente comme un roman mais qui n’est peut-être pas un roman. Un livre qui contient les émotions sans vraiment les brider. Un livre qui raconte une possible (re)naissance, celle de l’enfant, qui explore des territoires inconnus, en compagnie d’un chien, ami et protecteur. Au cœur de proximités qui furent (peut-être ?) celles qu’avait parcourues la femme qui fut la voyageuse et la mère.

Une œuvre s’accomplit. Celle de jeanne Benameur. Discrète. Merveilleusement humaine.

« Les femmes comme elle ne partent pas sur les routes. Pourtant c’est cela qui l’aurait sauvée. Partir, quitter tout, ne plus jamais revoir sa maison ni le village. Il aurait fallu une vie nouvelle pour être elle aussi neuve. Mais quand on est une fille du village on reste au village et on se tait et on croise l’homme qui sort du Café, qui ne vous jette pas un regard, et on ne dit rien. On oublie. Vient le temps où on se demande si cela a vraiment eu lieu. »

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15 septembre 2017

La femme nue

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« La femme nue »

STANCANELLI Elena

(Stock)

 

Une rupture. Davide quitte Anna. « Quand on cesse de s’aimer, on ressemble aux joueurs qui ont épuisé les arrêts de jeu, les penalties, les remplacements. On est là face à face, sans nulle part où se cacher. On se regarde dans les yeux, avec de la gêne et un peu de dégoût. » Anna entend continuer à occuper une place, sa place, dans l’existence de Davide. Les machineries électroniques offrent d’étranges opportunités. Pirater le compte Facebook de l’autre, du déserteur. L’espionner en usant du téléphone portable. S’immiscer auprès de sa nouvelle maîtresse. Entre autres. 

Un roman qui se parcourt au grand galop. Un roman qui crée l’illusion d’éclairer le Lecteur sur l’évolution des relations femme/homme depuis l’émergence et donc l’usage des nouvelles technologies. Lesquelles technologies qui, de fait, ne bouleversent rien et ne font qu’ouvrir d’autres opportunités tant pour tenter de détruire l’autre, le déserteur, que de se détruire soi-même. Donc un roman qui laissa perplexe le Lecteur, qui fut bien loin de l’enthousiasmer mais face auquel il ne s’indifféra pas tout à fait.

« L’envoi de photos peut se substituer aux rapports sexuels. Envoie-moi des photos de toi, et je pourrai me passer de toi. Je les garderai sur mon téléphone, dans mon ordinateur, je n’aurai même pas besoin de les regarder. Le seul fait d’en disposer me procurera assez de plaisir pour renoncer sans problème à coucher avec toi si la chose s’avère trop difficile ou demande trop d’efforts. »

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14 septembre 2017

Les prédateurs au pouvoir

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« Les prédateurs au pouvoir »

PINCON-CHARLOT Monique

PINCON Michel

(Textuel)

 

Un bref et sonore cri de colère sous-titré « Main basse sur notre avenir ». A usage pré-électoral ? Peut-être. Mais cette colère-là peut et doit déborder des moments électoraux. D’autant mieux que quelques semaines après le déroulement de celui qui mobilisa la Médiatouillerie tout au long du récent printemps, il s’avère bel et bien que sous l’impulsion de l’Enarchiant Monarque, la caste des Dominants fait effectivement main basse sur notre avenir.

« L’argent qui fait pourtant rêver ceux qui en sont dépourvus s’est transformé en une arme de destruction massive : le canon et la mitraillette des temps dits « modernes ». La concentration de l’argent en quelques mains permet d’attaquer sur tous les fronts : les droits sociaux, la démocratie, l’environnement, jusqu’à l’humanité même. Le néolibéralisme, structuré de manière oligarchique, contrôle tous les aspects de la société. La « pensée unique » a balayé le fracture entre la droite et la gauche et transformé la guerre des classes en une violence invisible, inaudible et indicible qui soit être ressentie comme une « donnée naturelle » allant de soi et donc intouchable. »

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13 septembre 2017

La chair

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« La chair »

MONTERO Rosa

(Métailié)

 

« Car ce corps mutant qui tout à coup se plissait, se ramollissait, se crevassait, s’affaissait et se déformait, ce corps perfide, enfin, ne se contentait pas de vous humilier : il commettait de surcroît la grossièreté suprême de vous tuer. Et donc, quand vous arriviez à cet âge, l’âge des chiens, les possibilités malignes de la chair se multipliaient. Et vous vous découvriez un jour une plaie dans la bouche, une boule dans le cou, un sourcil plus bas que l’autre, un hématome de rien du tout sur une jambe, et vous ne vous rendiez pas compte que ces broutilles étaient la carte de visite de l’assassin, du criminel silencieux qui allait vous exécuter. »

Ce corps mutant est celui de Soledad. Une femme qui atteint à la soixantaine. Une femme que vient d’abandonner son jeune amant sous le prétexte qu’il est grand temps pour lui de faire un enfant à son épouse. Une femme active qui ne se résigne pas. Une femme qui, sur un coup de tête, embauche un gigolo découvert dans les pages d’un catalogue. Afin qu’il l’accompagne à l’opéra de Madrid où elle avait réservé une place pour celui qui fut son amant pour assister à une représentation de « Tristan et Iseult ». La rencontre avec Adam, le gigolo, sort très vite des obligations contractuelles et perturbe l’existence de Soledad. Dont, et en tout premier lieu, ses activités professionnelles en un moment crucial pour elle : elle est chargée de mettre en place, à la Bibliothèque Nationale, une exposition sur les écrivains maudits.

Ce beau roman traite avec humour de la question du vieillissement. Du vieillissement d’une femme qui se prémunit comme elle le peut contre la pensée de la mort qu’illustrent les mille et un tracas liés à ce processus. Rien de larmoyant. Bien au contraire, une farouche envie de résister, de poursuivre le mouvement de la vie sans trop se préoccuper des apparences. Dans la proximité d’Adam, gigolo miroir qui la protège contre le désespoir. Et avec une certaine Rosa Montero, romancière et journaliste, qui s’introduit dans son existence. « Soledad ne la connaissait pas personnellement, mais Montero ne lui avait jamais beaucoup plu. » Un clin d’œil subliminal ?

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12 septembre 2017

Petit pays

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« Petit pays »

FAYE Gaël

(Grasset)

 

De la rupture familiale à la fracture entre Tutsis et Hutus. Vécues l’une et l’autre au début des années 90 par Gabriel, un gamin plutôt bien installé dans le monde africain. Au Burundi. Un père, français, qui réussit plutôt bien dans les affaires. Une mère, rwandaise, en quête d’émancipation, qui finit par quitter son si protecteur de mari. Gabriel, petit métis, vit sans trop de problèmes la rupture. Une bande copains tous issus d’un quartier où se sont installés des venus d’ailleurs et quelques africains aisés. Et puis la fracture. De l’autre côté de la frontière. Au Rwanda. Où était restée une partie de la famille. Le génocide. Les proches qui ne donnent plus de nouvelles. L’abomination.

Un roman respectable. D’autant plus respectable qu’il retrace des évènements d’une cruauté infinie. Et que tout ce qui survient est observé par un enfant d’une dizaine d’années que rien ne préparait à vivre, ne fut-ce de manière indirecte, l’effroyable tragédie. Des scories ? Des pesanteurs ? Sans aucun doute. Mais un ensemble cohérent, à l’écriture fluide, étranger aux mièvreries ordinaires. Un roman qui raconte la fin de l’innocence, le dépérissement des rêves, l’anéantissement.

« Dorénavant, les journées passaient plus vite, à cause du couvre-feu qui obligeait chacun à être chez soi à dix-huit heures, avant la tombée de la nuit. Le soir, on mangeait notre potage en écoutant la radio et ses nouvelles alarmantes. Je commençais à me questionner sur les silences et les non-dits des uns, les sous-entendus et les prédictions des autres. Ce pays était fait de chuchotements et d’énigmes. Il y avait des fractures invisibles, des soupirs, des regards que je ne comprenais pas. »

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11 septembre 2017

Le pays que j'aime

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« Le pays que j’aime »

BONVICINI Caterina

(Gallimard)

 

Quarante années de l’histoire récente de l’Italie. Dans un roman qui peine à frémir. Un roman dont les deux principaux personnages, censés incarner le meilleur et le pire de ce qui caractérisa ces années-là. Deux personnages auxquels le Lecteur n’a concédé qu’un intérêt très relatif. Tant leurs parcours respectifs lui parurent convenus et prévisibles. Olivia et Valerio. L’héritière des Morganti, richissimes bâtisseurs lorsque débute le récit, installés à Bologne. L’enfant du jardinier des Morganti. Elevés ensemble. Une scolarité en parallèle. Donc des liens très profonds. Donc l’inévitable histoire d’amour. Un amour contrarié, d’autant plus contrarié qu’Olivia est dotée d’un fort caractère. Et que Valerio s’initie à l’ambition, qu’il épouse une riche héritière romaine dont la famille trafique elle-aussi, étrange hasard, dans l’immobilier et qu’il devient un redoutable et redouté affairiste.

Le roman côtoie le mélo. Mais il ne s’y ensevelit pas. Même s’il frôle de temps à autre la catastrophe. Du moins ce que le Lecteur considère comme telle. En particulier via les incessantes retrouvailles d’Olivia et de Valerio, leurs « je t’aime moi non plus », l’ascension sociale de l’un et l’apparente régression de l’autre. Au cœur de cette Italie qui va s’offrir à Berlusconi, une Italie où la corruption structure la vie économique et l’action politique. Une Italie que l’Auteure regarde de très haut, comme s’il lui importait avant tout d’accorder quelques vertus morales à la « haute » société des Affairistes.

Une déception. Vite oubliée.

Un roman reflet d’une gauche italienne amputée du goût de la dénonciation abrupte, du refus des compromis honteux ?  

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25 août 2017

The Girls

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« The Girls »

CLINE Emma

(Quai Voltaire)

 

Antépénultième roman américain qui raconte le mal vivre d’une jeunesse déboussolée, celle qui s’ouvrit à la vie au début des années soixante. Les drogues, bien évidemment. L’alcool. L’enlisement. Avec la mort en filigrane. Des femmes, très jeunes, malmenées, mises entre parenthèses, mais qui parviennent à survivre, quitte à s’immiscer dans l’univers de la violence. Un roman qui ne sut pas faire vibrer le Lecteur. En dépit d’évidentes qualités d’écriture et d’une construction plutôt bien conduite.

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23 août 2017

Désorientale

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« Désorientale »

DJAVADI Négar

(Liana Levi)

 

Voilà un roman destiné à occuper une place de choix sur les rayons de la bibliothèque du Lecteur. Un choc. Un choc littéraire. Dont les effets ne s’effaceront pas.

« A Paris, mon père,  Darius Sadr, ne prenait jamais d’escalator.

La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m’a répondu : « L’escalator, c’est pour eux. » Par eux, il entendait vous évidemment. Vous qui alliez au travail en ce matin d’avril… »

Ainsi s’ouvre ce prodigieux roman entre les pages duquel le Lecteur abandonna une multitude de repères, ces petits feuillets autocollants de couleur jaune sur lesquels il n’écrit qu’un ou deux mois et qui le renvoient vers d’éventuelles citations. L’arrivée dans la cité des rêves de Darius et de Sara, parents de Kimiâ –elle-même iranienne – et de ses deux sœurs ainées. Mais une arrivée précipitée, puisqu’il fallut fuir l’Iran de Khomeiny, Darius puis Sara et ses trois filles. Un esprit libre, Darius. Un homme  nourri des belles pensées du Siècle des Lumières. Donc épris de ce qui venait de France. Homme de convictions qui s’opposa au Shah puis aux nouveaux maîtres de ce qui fut la Perse. Soutenu sans faillir par Sara. Mère, professeur et scribe à ses heures.

Un roman poignant, en équilibre entre deux mondes apparemment antagoniques, l’Iran et la France (apparemment, puisqu’il ne faut pas oublier que Khomeiny, exilé par le Shah, fut l’hôte de la France).  L’Iran où les Sadr ont leurs racines, de vieilles et solides racines (même si Sara est d’origine arménienne). Où, de régime en régime, une part non négligeable de la famille parvient à survivre. Dont les oncles des trois fillettes. Et cette France, terre d’accueil, terre des Lumières, mais qui se présente aux yeux de Kimià dans sa fort peu reluisante réalité.

Un roman envoûtant, qui entremêle les deux cultures, l’iranienne et la française, qui les conjugue et leur confère une tonalité qui enthousiasma le Lecteur. Un hymne à la vie, un hymne au partage. Assortis d’un refus de tous les lieux communs dont se gargarisent les faiseurs d’opinions frelatées. Un refus que Négar Djavadi exprime sans ambages. « Cette cicatrice qui traverse mon vocabulaire est ma seule coquetterie, mon unique résistance à, disons, mes efforts d’intégration. J’emploie cette expression par commodité, parce qu’elle vous parle, même si, biberonnée dès l’enfance à la culture française, je ne me sens pas concernée par le sens qu’elle véhicule. D’ailleurs, puisque nous en parlons, je trouve qu’elle manque de sincérité et de franchise. Car pour s’intégrer à une culture, il faut, je vous le certifie, se désintégrer d’abord, du moins partiellement de la sienne. Se désunir, se désagréger, se dissocier. Tous ceux qui appellent les immigrés à faire des « efforts d’intégration » n’osent pas les regarder en face pour leur demander de commencer par faire ces nécessaires « efforts de désintégration ». Ils exigent d’eux d’arriver en haut de la montagne sans passer par l’ascension.

Un roman qui met en lumière les nombreux, les difficiles, les douloureux combats pour atteindre à l’émancipation, pour ce que l’on est devenue soit accepté par celles et ceux qui eurent à subir les rigidités et les pesanteurs des deux cultures. Le Lecteur évoque ici ce qui sert de fil reliant tous les moments de la narration : la volonté de Kimiâ de devenir mère, envers et contre tous. Un lumineux roman qui aide à se « désorientaliser », qui libère, qui délivre de tant d’oppressions, qui illumine, qui rend de l’optimisme à celui (ou celle) qui s’englue dans les rets du renoncement.

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21 août 2017

Leçons pour un jeune fauve

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« Leçons pour un jeune fauve »

MURGIA Michela

(Seuil)

 

Une bien belle éducation sentimentale. Dans le contexte sarde. Une éducation conduite par une femme, Eleonora, à l’amorce de sa toute jeune quarantaine. Comédienne à la réputation pourtant bien établie puisque, durant son récit, elle fréquentera des scènes aussi diverses que celles de Stockholm, de Prague ou de Florence. Et Francisco (dit Kirú) un jeune violoniste de dix-huit ans, toujours élève du conservatoire, et peut-être promis à un brillant avenir.

Education sentimentale ? Telle est du moins la traduction qu’opère le Lecteur, donc l’intention qu’il prête à l’Auteure. Laquelle, habilement, entremêle les genres. Une guide dévouée aux intérêts du jeune prodige qu’elle convie à de mondaines réceptions en cette ville de Cagliari où toutes les portes lui sont ouvertes ? Une initiatrice en des jeux que l’adolescent n’a jamais pratiqués (mais qui s’essaie à lui exprimer par des gestes quasiment enfantins la belle réalité de ses désirs) ? Le récit s’accompagne, pour mieux égarer le Lecteur, des souvenirs d’enfance d’Eleonora, de son propre cheminement vers son métier d’actrice.

Education sentimentale ? L’assez longue référence à Mozart et à « Cosi fan tutte » en porte peut-être témoignage.

« Car un baiser n’est qu’un concept tant qu’on ne vous a pas embrassé. Vient un deuxième garçon, qui vous embrassera à son tour, puis un troisième et un quatrième, et à son insu chacun construira avec ses propres lèvres l’idée du baiser qui s’imprimera en vous, jusqu’au jour où celui d’un inconnu vous amènera à penser : voilà, je connais ça. Ce sera peut-être bien, ce sera peut-être chaud et bon, mais la surprise aura pris fin. »

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18 août 2017

Cartel

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« Cartel »

WINSLOW Don

(Seuil)

 

Monumental roman à la tournure journalistique. Comme si pour convaincre le Lecteur, Don Winslow avait opté pour le dépouillement afin de conférer à ses personnages tout autant qu’à son récit une authenticité qui ne puisse se contester. Le récit d’une guerre. Celle que se mènent, au Mexique, les cartels de la drogue. Soutenus, infiltrés plus que combattus par les flics et la soldatesque mexicaine. Soutenus, infiltrés par les services secrets américains censés mener une lutte sans merci contre ceux qui sont les pourvoyeurs de ces drogues qui exercent tant de ravages en leur propre pays.

Donc un monumental roman. Doté, en dépit du dépouillement formel, d’un véritable souffle épique. Avec des personnages à l’américaine. Dont Art Keller, sorte d’électron libre qui ne s’est pas totalement délivré de tout sens moral. Avec quelques femmes de haute tenue, qu’elles appartiennent au camp des gentils ou à celui des méchants. Un roman touffu. Un roman cinématographique. Un produit certes terriblement américain mais tout de même plus que respectable, qui s’accompagne d’un plaidoyer sans concession non seulement contre les maîtres des cartels mais également contre tous les corrompus qu’un suffrage aux apparences universelles a conduit à exercer le pouvoir.

« Le Mexique, patrie des pyramides et des palais, des déserts et des jungles, des montagnes et des plages, des marchés et des jardins, des boulevards et des rues pavées, des immenses esplanades et des cours cachées, est devenu un gigantesque abattoir.

Et tout ça pour quoi ?
Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer.

De l’autre côté du pont se trouve le marché gigantesque, l’insatiable machine à consommer qui fait naître la violence ici. Les Américains fument de l’herbe, sniffent de la coke, s’injectent de l’héroïne, s’enfilent de la meth, et ensuite ils ont le culot de pointer le doigt vers le sud, avec mépris, en parlant du « problème de la drogue et de la corruption au Mexique. »

Mais la drogue n’est plus le problème du Mexique … c’est devenu le problème de l’Amérique du Nord.

Quant à la corruption, qui est le plus corrompu ? Le vendeur ou l’acheteur ? Et quel degré de corruption doit atteindre une société pour que sa population éprouve le besoin de se défoncer afin d’échapper à la réalité, au sang versé et aux souffrances endurées par ses voisins ?

Corrompue jusqu’à l’âme.

Voilà le grand sujet… »

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