Lectures

24 avril 2019

Attache le coeur

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« Attache le cœur »

FARGUES Nicolas

(P.O.L.)

 

Quinze prénoms. Masculins et féminins. Quinze personnages qui se racontent, chacun leur tour, en quelques pages. Leur(s) attache(s) avec le Cameroun. Celle(s) du cœur. Donc des sentiments contradictoires, nourris par la nostalgie, l’ennui, le désamour. Des Africains. Quelques Français. Des narrations « personnelles » qui constituent, les unes après les autres, une suite de portraits. Dont il ressortirait une approche somme toute réaliste des liens qui unissent la vieille puissance coloniale à l’état toujours en gestation. La France/Afrique. De l’humour nimbé d’ironie, de la truculence parfois, une dose de férocité. Le Lecteur a souvent pris plaisir à côtoyer la plupart des personnages, même si certains de ceux-ci lui parurent parfois proches des clichés véhiculés par tant de ceux qui regardent l’Afrique avec condescendance.

« Savent-ils seulement, les gens de ce pays-ci, ce que vaut une femme comme moi dans un pays comme le mien ? Que ça vaut toutes leurs cravates d’hommes d’affaires et leurs airs pressés et dédaigneux ? Que ça fait marcher les familles et le peu d’économie qu’il nous reste ? Que ça crée chaque matin des miracles qui s’évaporent le soir sous l’indifférence de nos maris ? Des miracles qu’il faut recréer chaque matin suivant pour que nos hommes et le monde tienne debout. » (Marie-Marthe, Camerounaise)

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22 avril 2019

Les yeux de Mansour

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« Les yeux de Mansour »

GIROD Ryad

(Barzakh)

 

Un roman qui empoigna le Lecteur, le bouscula et le laissa groggy. Un récit coup de poing qui lui révéla cette sorte d’assèchement de qu’il restait d’humain dans des sociétés encloses dans un totalitarisme adossé à une religiosité matrice des vérités intangibles.

Un roman au cœur duquel le Lecteur peina parfois à s’immiscer. Non point tant dans les évocations de l’émir Abdelkader lequel existait très marginalement dans l’histoire qui s’enseignait autrefois en France (et qu’il eut donc à subir) que dans la poésie arabe si peu et donc si mal connue du Lecteur. D’où les vains efforts auxquels il se livra pour renouer les fils du récit et tenter de comprendre dans quelle direction l’Auteur l’entraînait. Un équilibre instable et permanent. Qui ne lui fut pas souffrance, puisqu’il parvint à se rattacher aux phases contemporaines du récit et que celles-ci lui fournirent les éléments d’une certaine compréhension du récit.

Le récit ? L’imminente décapitation en Arabie Saoudite de Mansour, un jeune homme qui est un lointain descendant de l’émir Abdelkader. Son crime dont résulte sa condamnation ? La négation du dogme. Le tout raconté par Hussein, son ami qui ne peut rien entreprendre pour venir en aide à Mansour. Qui observe, relate et ouvre quelques pistes destinées à éclairer celui tentera de comprendre le comportement de Mansour. Là où le Lecteur s’est parfois égaré par manque de culture. Là où il a parfois pris le risque d’un cheminement personnel, lui qui ignorait jusqu’à l’existence du poète Al-Hallàdj, lui-même prénommé Mansour (condamné à mort et crucifié à Bagdad en 992).

Un roman vers lequel le Lecteur reviendra. Tant il interroge et bouscule. Sur les questions de la mort des cultures. Sur l’intolérance. Sur la cruauté des maîtres du monde qu’insupportent celles et ceux qui revendiquent et défendent leur liberté de pensée. L’œuvre d’un authentique Ecrivain dont il est grand dommage que la critique franchouillarde ne fasse guère état.

« Les yeux dans les yeux, je lui demandai où étaient ces mots, dans quel monde continuaient-ils de résonner, dans quel lieu avaient-ils fini… Les yeux dans les yeux, Abou Daoud me répondit que Dieu les avaient entendus et qu’il attendait la juste réparation… en baissant les yeux, je regrettai déjà de ne pouvoir exprimer davantage ma rage et mon incompréhension à propos du poids incessamment variable de la parole en me rappelant, sans oser l’évoquer ni même y faire allusion, la parole d’Abdelkader et celle du duc d’Aumale… »

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19 avril 2019

Frère d'âme

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« Frère d’âme »

DIOP David

(Seuil)

 

Un conte plus qu’un roman. Un conte africain. Dans une langue qui chante de bien belle manière. L’histoire de deux garçons, deux amis, deux frères. Englués dans l’horreur de la guerre, la première, celle des tranchées, celle des carnages. Des tirailleurs, expédiés en première ligne. Assauts imbéciles. Amoncellement des cadavres. Alfa Ndiaye et Mademba Diop découvrent l’horreur absolue. Le second n’y survivra pas. Le premier y perdra la raison. Jusqu’à être transféré à l’arrière dans ce que l’on suppose être un hôpital de campagne.

Un court roman d’une remarquable densité que le Lecteur a parcouru d’une seule traite.

« Alors, ce que le capitaine nous a fait faire est très, très laid. Par la vérité de Dieu, nous n’aurions jamais cru que nous traiterions nos camarades soldats comme les ennemis d’en face. Le capitaine nous a dit de les tenir en joue avec nos fusils chargés et de les descendre s’ils n’obéissaient pas à son dernier ordre. Nous étions d’un côté de la tranchée, là où elle est ouverte au ciel de la guerre, et les copains traîtres de l’autre, à quelques pas de nous. Les copains traîtres nous tournaient le dos, ils faisaient face à de petites échelles. Sept petites échelles. Les petites échelles qu’on gravit pour sortir de la tranchée quand on part à l’assaut de l’ennemi d’en face… »

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17 avril 2019

Les loyautés

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« Les loyautés »

DE VIGAN Delphine

(Lattès)

 

« Les loyautés.

Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’odre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires. »

Voilà. Tout est écrit dans ce paragraphe. Ou presque. L’histoire de Théo et de Mathis. Deux collégiens engagés dans un dangereux et mortifère partage : la consommation d’alcool. Théo qui vit la descente aux abîmes de son père. Mathis qui l’accompagne tout en s’évertuant à se préserver du pire. Quelques adultes, acteurs ou témoins du drame qui se noue. Les mères des deux adolescents engluées dans leur statut social. Hélène, leur professeur principal qui pressent le drame mais sans pouvoir le caractériser. Un roman social qui s’essaie à aborder à de graves questions contemporaines. Mais dont l’Auteure n’a pas osé franchir les limites des convenances.

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15 avril 2019

Les fureurs invisibles du coeur

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« Les fureurs invisibles du cœur »

BOYNE John

(Lattès)

 

L’Irlande. Catholique et réactionnaire. Décortiquée tout au long de ce long roman. Des hauts et des bas. Une peinture virulente, rouge vif. Celle d’un premier chapitre qui raconte l’exclusion d’une communauté villageoise et de sa famille, à la fin des années 1940, d’une adolescente de seize ans par un infâme vaticancaneur. En public. Un dimanche. Lors de l’office. Catherine (l’adolescente) est enceinte d’un homme dont elle refuse de donner le nom. Catherine quitte le village et s’en va vivre à Dublin où elle trouve du travail. Puis né l’enfant, un garçon (Cyril), qu’elle confie à une institution évidemment religieuse. Laquelle institution trouve au bambin une famille adoptive, les Avery, dont il ne sera jamais vraiment le fils. Mais une famille de notables. Donc la vie de Cyril dans cette Irlande catholique et réactionnaire. La foule des préjugés. Dont, et en tout premier lieu, l’homophobie. Une violence latente qu’accompagne une intolérance de tous les instants. Un tableau sans concession mais qui dans la surabondance des anecdotes atténue très vite sa virulence initiale. Ce qui a contrarié le Lecteur.

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12 avril 2019

Ca raconte Sarah

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« Ca raconte Sarah »

DELABROY-ALLARD Pauline

(Minuit)

 

Un roman casse-gueule dans lequel le Lecteur s’est immergé. Une immersion dont il est ressorti intact. Un premier roman, paraît-il. Dont les défauts sont évidents. Mais qui séduit parfois. Une affaire d’écriture, plutôt bien maîtrisée. Musicale sans trop sombrer dans le pathos romantique. Sur un sujet qui aurait pu prêter à des dérives mais qui, en règle générale, parvient à s’en prémunir : l’amour au féminin, l’amour brasier qui consume Sarah. Un achèvement que laisse prévoir la brève introduction : « Je ne parviens pas, dans cette nuit moite, à détacher mes yeux de son corps nu et de son crâne cireux. De son profil de morte. » Une écrivaine en gestation publiée par un éditeur qui se consacre aujourd’hui et pour l’essentiel à la littérature de gare.

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10 avril 2019

La mélodie

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« La mélodie »

CRACE Jim

(Rivages)

 

Plutôt décevant ce roman qui observe la pauvreté et ses conséquences via le regard des nantis. Sur le Jardin des Indigents. Sur l’agression dont est victime un vieux chanteur qui en des temps reculés avait connu son heure de gloire. Gentillet donc rassurant. En dépit de la présence du monstre, un gamin que la faim pousse à commettre des actes aberrants.

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08 avril 2019

Bouche creuse

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 « Bouche creuse »

CIBOT Valérie

(Inculte)

 

Roman plus que dérangeant. Dans le bon sens, dans le sens nécessaire de ce que devrait être le dérangement. Un passionnant moment de littérature. Qui déroute et contraint à la réflexion.

L’apiculteur. Un homme qui avale les unes après les autres des poignées de terre. Quelque chose qui ressemble à un suicide. Une mise à mort qui est la conséquence de ce qui l’assaille. Cette chose immonde qui rampe et s’insinue partout. Capable de s’emballer et de déferler. La rumeur. Qui abîme et détruit. Portée et amplifiée par les braves gens. Face à laquelle il semble impossible de se prémunir.

« Je ne restais pas encore à la fenêtre pendant l’hiver, je sortais dans la rue sans me méfier, stupéfaite lorsque sous couvert de discussions ou de relances un peu niaises, les bruits venaient à moi. Je ne faisais rien pour les empêcher et ensuite je les regrettais. Ces bruits n’étaient pas ceux du village ou ceux de la vallée, ils ne venaient ni de la multitude ni de la foule colérique mais de mes voisins, de mes amis, parfois de voisins qui étaient aussi des amis ou d’amis qui avaient été dans le temps des voisins. Je les regrettais d’autant plus que je pouvais m’empêcher de les entendre… »

En état de tension quasi permanente, ce roman d’une construction originale a emporté le Lecteur vers des confins peu reluisants de la vie des sociétés contemporaines.

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05 avril 2019

Nuit sur la neige

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« Nuit sur la neige »

COSSE Laurence

(Gallimard)

 

Un court roman abordé avec circonspection par le Lecteur. Mais dans lequel il a fini par se retrouver et lui manifester un évident intérêt.

Le milieu des années 1930. Une amitié. Celle de deux adolescents qui effectuent leurs humanités dans un établissement tenu par les jésuites. Robin, orphelin de père, un père mort durant la « grande » guerre. Conrad, un mystérieux jeune homme. Le partage. Dans le contexte si particulier de cette époque-là. Les mouvements factieux. La montée du Front Populaire. Les scandales politico-financiers. Premières vacances hivernales à montagne. Un village inconnu. Val d’Isère. Dont des affairistes rêvent de faire uns station de ski. Et pour Robin, l’illusion de vivre un premier amour.

Ce roman de Laurence Cossé a surpris le Lecteur. Par sa tonalité, par sa façon de restituer le climat social et politique de l’époque. Avec ces deux histoires qui se chevauchent et s’entremêlent : celle d’une amitié et celle d’un amour sans avenir.

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03 avril 2019

Ceux d'ici

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« Ceux d’ici »

DEE Jonathan

(Plon)

 

Une certaine réussite américaine. Observée depuis une petite cité du Massachusetts. Une ville paisible, ordinaire, mais que la crise va mettre cul par-dessus tête. D’autant plus vite et plus violemment qu’un affairiste new-yorkais s’y est installé et qu’il en devient le maire. Mark, modeste entrepreneur embauché par le magnat pour réhabiliter la demeure que celui-ci s’est offert, sur les conseils de l’affairiste, se lance dans la spéculation immobilière.

Donc l’histoire d’une période récente. Mollement, paresseusement narrée. Un roman conventionnel qui n’a pas su susciter l’enthousiasme du Lecteur.

 

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