ob_8af915_eugenia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Eugenia »

DUROY Lionel

(Julliard)

 

Un roman « dérangeant ». Un roman « écho » de ce fut l’antisémitisme ordinaire et que l’Ecrivain fait « vivre », dès le milieu des années 30 de l’autre siècle, en Roumanie, un pays qui dérive lentement mais surement vers la nazification. Une ville ordinaire, Jassy, une ville où réside une importante minorité juive. Une jeune femme lumineuse, Eugenia. Issue d’une famille ordinaire, mais plutôt réceptive aux idées montantes, celles du nationalisme et de l’antisémitisme. Un courant auquel va résister Eugenia, éclairée, en quelque sorte, par celle qui lui servira ensuite de référence, une universitaire par l’entremise de laquelle elle deviendra une intime d’un écrivain juif (d’où plusieurs évocations d’autres écrivains d’origine roumaine dont Cioran, présent ici sous un visage méconnu du Lecteur, celui de « l’accompagnateur » de l’idéologie dominante.)

Eugenia. Le prototype même de l’héroïne positive. Une résistante qui tentera tout ce qui est du domaine de son possible pour sauver l’écrivain du désastre. Et qui, devenue journaliste pour le compte d’une agence de presse, fera connaître l’horreur du pogrom dont la ville de Jessy fut le théâtre en 1941 (l’assassinat par de « braves » gens de milliers de juifs).

Donc un beau personnage, au cœur d’un roman d’une facture plutôt classique. Un roman qui survient en ces temps troublés qui s’en voient renaître les nationalismes adossés au racisme et à l’antisionisme. Un roman qui met à mal quelques réputations. Celle de Cioran, déjà cité. Mais aussi celle de Malaparte (entre autres). Un roman historique, qui interroge et qui incite à rester en éveil.