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« Vie de ma voisine »

BRISAC Geneviève

(Grasset)

 

« Lebt un hoft

Vivez et espérez »

Ce message parcourt ce récit comme un leitmotiv. Le message que le père de la voisine griffonna sur un bout de papier dans le train qui l’emporta jusqu’à Auschwitz, message qu’il destinait à ses deux filles qui avaient, elles, échappé aux rafles perpétrées, en juillet 1942, par la police française.

Un livre qui, apparemment, naît d’une rencontre fortuite. Un déménagement de la romancière. La rencontre avec Jenny, sa proche voisine. Les premiers échanges. Les premières confidences. Une vie qui se reconstruit dans les propos de l’une et les interrogations formulées par l’autre, une vie qui traversa ce long moment de l’histoire laquelle commença avec le Front Populaire. Des juifs immigrés. Laïcs. Ancrés à gauche. Pauvres mais convaincus qu’il n’est rien de plus urgent que de donner à leurs deux filles « la » culture. Et donc l’étoile jaune, les rafles, les parents que Jenny ne reverra jamais plus. La ténacité, héritée des deux parents. Une carrière qui s’esquisse dès les lendemains de la Seconde guerre mondiale. Institutrice. La rencontre avec Charlotte Delbo. Les activités militantes au sein de l’autre gauche. La détestation de tout ce qui évoque le stalinisme. Les interférences entre le récit délivré par Jenny et celui qui rebâtit la romancière.

« Je n’ai jamais rien fait d’autre qu’appliquer, avec plus ou moins de réussite et de grâce, les principes auxquels je tiens. Les appliquer à la vie de tous les jours. Je ne crois à rien d’autre. La créativité partagée jour après jour, dessin après dessin. L’égalité entre les enfants, jour après jour, incident après incident. La lutte contre la peur, toutes les peurs, qui sont toujours peurs de l’inconnu et peur de l’autre et peur de soi-même et honte… »

Une « belle » vie de femme. La vie de Jenny. Une vie que les Maîtres d’autrefois citaient en exemple. Une vie « rendue » avec  simplicité et modestie par Geneviève Brisac. Une vie de fidélité. Qui transparaît tout au long de ce récit dont le Lecteur considère qu’il n’est peut-être pas un chef d’œuvre littéraire mais dont il s’est pleinement nourri, infiniment heureux d’avoir croisé Jenny.

« Certains disent que Mai 68 vit le triomphe du cynisme. Pas nous qui continuons à croire à la force de l’intelligence, aux idées, et aux gens. »