Boucher
/image%2F0404856%2F20260519%2Fob_0a7cfa_boucher.jpg)
« Boucher »
OATES Joyce Carol
(Philippe Rey)
Un roman dont la lecture s’acheva au tout début de l’automne 2025. C’est que le vieux Lecteur peine désormais à réagir. Il accumule des livres lus qui attendent, empilés les uns sur les autres, de revivre brièvement dans des notes aléatoires. Une attente qui pour ce roman de Joyce Carol Oates aura donc duré plus de six mois. Alors que ce pauvre vieux Lecteur arrive au terme de sa découverte du plus récent des romans de la même Auteure. Fox. Près de 850 pages (quand Boucher n’en compte que 470).
Chacune des retrouvailles avec Joyce Carol Oates est une épreuve à laquelle le vieux Lecteur se soumet sans aucune réticence. Cette romancière prolifique lui est en effet l’Auteure qui lui permet de mieux comprendre l’Amérique profonde, loin des clichés véhiculés par des idéologues qui voient dans les USA le modèle de ce que devrait être une démocratie moderne. Le Boucher entre dans la catégorie des romans historiques : il raconte des évènements qui se produisirent dans le New Jesey dans la seconde partie du 19° siècle. L’histoire du docteur Silas Weir. Un psychiatre, « inventeur » de la « gyno-psychiatrie ». Une pratique qu’il mit en œuvre dans un asile recevant des femmes dites aliénées. Une pratique qu’il poussa jusqu’à des extrémités a priori inconcevables, puisqu’il imposa des techniques chirurgicales barbares pour tenter de justifier certaines des plus hasardeuses de ses thèses. Soutenu par sa garde rapprochée (une infirmière soumise à son autorité), il tentera de faire de Brigit, une jeune irlandaise qui joue le rôle de la femme à tout faire, dans ses délires les plus insensés.
Ce roman met certes en exergue les errements de la psychiatrie naissante tout en laissant entrevoir ce que furent la complicité et le lâche renoncement des autorités de tutelle (politiques en tout premier lieu). Mais il propose surtout un tableau saisissant de ce que vécurent les femmes en ces temps pas si éloignés que cela des nôtres. Réduites à une sorte d’esclavage « consenti ». Objets non humains sur lesquels jusqu’aux plus cruelles des expérimentations sont permises. Joyce Carol Oates ne cesse pas de surprendre le vieux Lecteur. Cette Ecrivaine est à coup sûr un des personnages les plus importants de la littérature américaine.
« L’aspect physique repoussant du corps féminin n’est pas une question de race, de caractéristiques ethniques ni de coloration de peau ; mais plutôt un héritage d’Eve accepté pour tel par les femmes les plus sages… Jamais je ne serais totalement à mon aise pour examiner des femmes de mon rang ou d’un rang supérieur, comme je l’étais avec des femmes de classes inférieures ? Avec les ouvrières des filatures, les femmes des fermes et la domesticité…, j’acquis une aisance, presque une jovialité, qui m’aideraient plus tard quand des patients plus fortunés viendraient grossir ma pratique, de même que la chirurgie expérimentale que je pratiquai sur ces premières patientes se révélerait inestimable avec le temps. »