Le Brésil. Du temps de la dictature militaire. La violente conquête de l’Amazonie par les militaires. Le début de l’exploitation des richesses que recèle cette contrée. Sous le regard d’un gamin de onze ans dont le père appartient à la caste des crapules qui s’approprie d’immenses territoires. Un gamin qui lit et relit avec passion un roman de science-fiction qui le conduit à osciller entre la fiction d’un texte qui le fait vibrer et la réalité que son père le contraint à découvrir.
Un roman passionnant. Mais un roman sur la finalité duquel le vieux Lecteur émet quelques doutes. Doutes qui trouvent leur source dans ce sentiment que Carvalho se ressent de vagues sympathies pour quelques-uns de ces conquérants d’un nouveau genre. Egarement d’un vieil homme (le vieux Lecteur !) inattentif ? Peut-être…
Bof. Du presque drôle. Ne manquent toutefois à la pochade que quelques personnages franchouillards pour faire plus vrai. Dans la panoplie de ces personnages qui sont les Maîtres du monde. Elon Musk. L’Immonde porc de la Maison Blanche. Poutine, bien sûr. Oui, le vieux Lecteur regrette l’absence d’un Enarchiant bien de chez nous ou d’une Gorgone italienne. Par exemple. Un seul avantage : ce bouquin-là se lit très vite. Sans doute en raison de l’absence de personnages en effet bien de chez nous. Mais il est tellement vrai que la France de Philippe Claudel est une démocratie exemplaire…
Roman « caniculaire ». Que le vieux Lecteur a parcouru lors de ses nuits d’insomnie en ne trouvant que de trop rares occasions de se réjouir. L’esprit sans doute embrumé, englué dans une torpeur provoquée par d’insupportables chaleurs. Mais avec la certitude de n’avoir pas retrouvé l’Ecrivain britannique qu’il avait beaucoup apprécié en d’autres circonstances. Quelques moments, certes, qui lui laissèrent penser que le roman allait prendre son élan. Ceux au cours desquels Coe dépeint sans aucun doute avec une grande justesse les trahisons des élites confrontées à ce qui conduira au Brexit. Avec la tentation « libérale » et un conservatisme réactionnaire. Quelques morts inexpliquées. Le décès puis les obsèques de la Reine. De quoi égarer le vieux Lecteur incapable de surmonter cette torpeur évoquée ci-dessus.
Roman « caniculaire ». Que le vieux Lecteur a parcouru lors de ses nuits d’insomnie en ne trouvant que de trop rares occasions de se réjouir. L’esprit sans doute embrumé, englué dans une torpeur provoquée par d’insupportables chaleurs. Mais avec la certitude de n’avoir pas retrouvé l’Ecrivain britannique qu’il avait beaucoup apprécié en d’autres circonstances. Quelques moments, certes, qui lui laissèrent penser que le roman allait prendre son élan. Ceux au cours desquels Coe dépeint sans aucun doute avec une grande justesse les trahisons des élites confrontées à ce qui conduira au Brexit. Avec la tentation « libérale » et un conservatisme réactionnaire. Quelques morts inexpliquées. Le décès puis les obsèques de la Reine. De quoi égarer le vieux Lecteur incapable de surmonter cette torpeur évoquée ci-dessus.
Deux bouquins sous une seule et même couverture. Dont l’Auteur est un homme de paroles. Un avocat. Qui entremêle deux récits. Ce qui, somme toute, est normal.
Le premier raconte l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet. Le 16 octobre 1998. La vieille canaille chilienne qui se croyait protégée par son statut, mais que des juges espagnols tentent de débusquer pour qu’elle soit enfin jugée pour la multitude des crimes commis sous sa dictature. Le début d’une intense bataille judiciaire qui durera plus d’un an. Dont le vieux Lecteur avait suivi les rebondissements, avec l’espoir que l’Ignoble salaud serait condamné par des juges enfin dignes d’assumer leur fonction. Un espoir réduit à néant par la justice de sa si disgracieuse Majesté.
Le second est celui de l’exil chilien d’un certain Walther Rauff. Un nazi pure souche. Concepteur du gazage dans des camions des déportés juifs. Une bonne centaine de milliers de victimes. Un prélude aux chambres à gaz. Rauff qui, en 1945, échappera aux foudres de la justice et trouvera refuge au Chili. Où il connaîtra une vie paisible. Et où ses immenses talents de tueurs surent inspirer Pinochet au lendemain du coup d’état militaire.
Le vieux Lecteur savait que le Chili fut dès la fin de la Seconde guerre mondiale une terre d’accueil pour nombre d’anciens nazis. Mais il ignorait tout de l’existence de Rauff. C’est donc sur la seconde partie de l’enquête conduite par Philippe Sands que s’est concentrée son attention. Une enquête dont les conclusions ne révèlent rien qui ait pu le surprendre. Mais qui lui confirment que la dénazification fut le plus souvent un leurre, en dépit des grands messes (les procès de Nuremberg en premier lieu) dont aujourd’hui encore les puissances occidentales s’enorgueillissent
Un polar frioulan. Un polar, puisque peuplé de flics, de magistrats, de notables. Mais qui se nourrit (et, par voie de conséquence, a nourri son vieux Lecteur) de moments de l’histoire d’une région singulière, en équilibre instable entre l’Italie et ses puissant voisins d’autrefois, ottomans et austro-hongrois entre autres. Une commissaire qui n’est plus, aux yeux de la loi, vraiment commissaire, puisque embarquée à l’insu de son plein gré dans l’aventure qu’impose « un » Alzheimer déjà bien avancé. Ceux qui furent ses collaborateurs et qui lui vouent un profond attachement. Qui vont l’accompagner, à leurs risques et périls, dès ce matin brumeux où la commissaire se retrouvera, sans savoir ni comment ni pourquoi, au bord d’un lac en compagnie du cadavre d’un tout jeune homme.
Une histoire de famille. Tragique. Sanglante. Le meurtre du père, de la tante et de la gouvernante, le 24 octobre 1941, dans le château familial, de celui qui deviendra Georges Arnaud, mais qui n’est encore qu’Henri Girard. Une enquête qui très vite oriente les policiers vers ce fils, unique témoin du drame. Embastillé, Henri Girard, défendu par un ténor du barreau, sera acquitté par ses juges. Cette ténébreuse affaire servit de thème central, voilà huit ans, à un roman de Philippe Jaenada, roman que le vieux Lecteur avait beaucoup apprécié (La serpe, publié chez Julliard).
Catherine Girard est la fille d’Henri. Quatre-vingts ans après le triple meurtre, elle se lance dans une aventure a priori insensée : faire éclater au grand jour une vérité à peine effleurée par celles et ceux (dont Philippe Jaenada) qui, auparavant, s’étaient intéressés à cet énigmatique triple meurtre. Pour ce faire, rien de mieux que le bon vieux divan freudien, celui qui occupe la place centrale dans le cabinet du père d’Olivier, l’ami de lycée de Catherine. Avec l’ombre du père, déjà omniprésente. Dès lors, le récit s’emballe. Au bon sens de la chose. Captivant, retenant dans ses rets un vieux Lecteur chez lequel se réveillaient le souvenir du roman de Jaenada. Avec le peu qui lui revenait d’Henri Girard, alias Georges Arnaud, et du seul roman qu’il ait lu de cet auteur de polars, Le salaire de la peur (ainsi que le film, adapté du roman, un film qu’il avait détesté en ses vertes années). Jusqu’à une conclusion qu’au fil de son récit, Catherine Girard a plusieurs fois laissé entrevoir.
Un exercice littéraire particulièrement brillant, la plupart du temps parfaitement maîtrisé. Qui échappe aux conventions de genre. Ce qui nécessite chez le Lecteur, une attention constante, afin de s’éviter d’inutiles égarements.
Une remontée vers des années où le vieux Lecteur n’était alors pas encore un quadragénaire. 1979. Sous le règne finissant de Gichecard Déchetain. En compagnie d’une famille en voie de décomposition très avancée. Une famille qui passe ses vacances estivales dans le Vercors. Un choix du père qui rompt avec des traditions établies depuis des temps qui ne sont pas encore immémoriaux (mais qui, tout de même, commençaient à dater). La découverte d’un VVF. Avec tous les avantages que propose ce genre d’établissement qui est en voie de prendre son essor. Les activités de plein air. Les soirées dansantes. L’espace « ados ». Un choix qui semble convenir aux trois vacanciers. Le père, bien sûr, qu’attend à son retour une promotion professionnelle au sein de la SNCF, et qui se replie du côté des vieux mâles familiers des lieux, pétanque et apéros compris. La mère, heureuse de vivre des moments d’autonomie parmi tant de ces femmes qui lui ressemblent. Et le fils cadet qui, lui, noue très vite ce qui prend les apparences d’une relation amoureuse avec une vacancière un peu plus âgée que lui. Son ainé, quant à lui, volant de ses propres ailes, se tient a priori loin de ce qui pourrait être l’ultime période d’une vie familiale proche de la dislocation.
Le roman rend assez bien la période dont il traite, cette année qui est par anticipation comme une sorte de rupture. Les musiques. Les modes alimentaires. Un certain « art » de vivre. Reste cependant que sa partie la plus intéressante est celle qui raconte la phase ultime de la décomposition. Une famille se défait. Chacune et chacun y retrouve son compte.
Récits entrecroisés de la vie de deux femmes que relient une même quête, celle de l’art de Mettre au monde. D’une part, Jill, sage-femme dans la maternité des Vironnes à La Courneuve. D’autre part, Marguerite, une universitaire qui mène de longues et patientes recherches sur l’avortement. Jill, qui a choisi d’exercer son métier la nuit, dans un hôpital qui souffre des politiques malthusiennes les privant des moyens nécessaires au bon fonctionnement de ce qui est pourtant un service public. La vie à l’envers, les transports, publics eux aussi. Les tensions. L’épuisement. Marguerite, qui cherche avec obstination les témoignages sur ce que fut l’avortement avant l’adoption par le Parlement de la fameuse « Loi ». Avec, chez l’Auteure, la volonté d’interroger sur ce que devient le féminisme contemporain ?
« On m’a toujours oubliée, dans toutes les cérémonies, dans toutes les commémorations, je n’en demande pas tant, je sais ce que j’ai fait, moi, Simone Fabre, j’ai soigné des femmes, voilà. J’ai mis au monde des enfants et, d’autres enfants, j’ai permis que jamais ils ne viennent au monde parce qu’au monde personne ne les attendait, j’ai été une agente d’inexistence. Et devant les naissances aussi, je vais vous avouer une chose, j’ai été inexistante, il faut savoir s’effacer, les femmes accouchent et ensuite elles ont besoin de vous oublier… »
« Lors du retour en train vers l’Oklahoma, j’ai vu les ossements de bisons entassés à hauteur d’homme sur des kilomètres. J’avais entendu dire que c’était en cours. La guerre des bisons, ça s’appelait. J’ai entendu parler des raisons pour lesquelles ils faisaient ça. Chaque bison mort, c’était un Indien en moins. Mais en voyant tous ces os entassés comme ça, et les nuées de vautours et autres charognard qui tournaient autour, ça m’a fait quelque chose, ça a rongé l’ultime part de mon être, et même si je n’arrivais pas à détourner le regard, j’ai eu envie de fermer les yeux pour ne plus avoir à regarder le vieux monde avant qu’il ne disparaisse. »
Un roman flamboyant qui raconte l’anéantissement du vieux monde, celui d’une tribu Cheyenne, d’une langue, d’une culture. Elle commence en 1864, lorsque Bird, un survivant du massacre de Sand Creek, un massacre perpétré par les conquérants issus des migrations européennes, se retrouve en Floride, dans une prison. Une prison où ses geôliers s’évertuent à lui faire perdre son identité, allant même jusqu’à lui imposer le port de l’uniforme militaire des nouveaux maîtres. Une prison où il est contraint d’apprendre et de s’exprimer en anglais.
Sept générations vont se succéder. De fuite en quête désespérée de retrouver une part de ce qui fut. Une quête qui se heurte au refus des conquérants de concéder ne serait-ce que quelques parcelles du droit à vivre selon des canons acceptables par les nouveaux Américains. Bien qu’une petite flamme, fragile, vacillante, se transmette des plus anciens vers les plus jeunes. Avec et trop souvent, l’impossibilité de résister aux addictions importées parmi lesquelles l’alcool et les drogues. Un tumulte du cœur duquel les plus déterminés parviennent parfois à s’extraire.
Un roman qu’il faut prendre le temps d’aborder, de humer, de respirer pour en découvrir la saveur. Un roman qui met à nu l’intolérable barbarie des conquérants, laquelle barbarie émerge de l’addition des souffrances endurées par les Cheyennes et toutes les autres tribus Indiennes.