Quelque part en mer
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« Quelque part en mer »
HANSEN Dörte
(Stock)
Une superbe surprise. Un roman dont le vieux Lecteur ne parvient pas à se défaire, qui l’imprègne et vers lequel il s’en revient pour retrouver quelques-uns des passages avec lesquels il s’est senti en totale harmonie. Une histoire humaine, à l’échelle d’un territoire minuscule. Une île tout là-haut, en Mer du Nord. Côté Jutland, Frise et Zélande. Là où vivent quelques familles. Où la pêche fut longtemps la seule activité. Où le tourisme est devenu le seul moyen de la survie. Quelques familles. En premier lieu, les Sanders. Un couple désuni et trois enfants. Mais aussi le pasteur et son épouse. Et les quelques autres. Ainsi que tous ces gens qui passent ici, quelques semaines, quelques jours, quelques heures. La vie collective scandée par les allers et retours du ferry. Un village vitrine, où se cultive la nostalgie d’un passé révolu.
Une vie qui oscille entre le temps des présences et celui des absences, entre la saison que l’on fait durer, celle du passage des gens venus d’ailleurs, et l’autre saison, celle que l’on dit morte, celle où l’on se retrouve entre soi. Hanne Sander et son « Musée ». Le père, Jens, qui sur l’île mouvante surveille et essaie de protéger les oiseaux contre la curiosité malsaine des touristes. Eske, la fille, qui s’émancipe. Ryckmer, son frère ainé, alcoolique dont la marine ne veut plus. Henrik, le cadet, dont les mains créent avec le bois flotté ramassé sur le rivage des œuvres dont des gens fortunés feront l’acquisition. Et puis le pasteur, rendu à sa solitude depuis que son épouse a décidé de vivre la semaine sur le continent. Le vieux Lecteur a passé des moments sublimes avec ces personnages-là et ceux qui les accompagnent dans ce monde qui se sait condamné mais qui feint de disposer encore d’un avenir.
Un roman nécessaire, qui place celle et celui qui s’y installe dans l’impérieuse nécessité d’observer avec lucidité ce qu’il advient de notre monde à travers quelques hommes et femmes qui sont à notre ressemblance.
L’épisode de l’échouage mortel d’un jeune cachalot est à ce titre d’une puissance remarquable. La société villageoise se retrouve aux côtés du monstre marin dans la phase ultime de son agonie. S’entremêlent alors les nécessités d’autrefois, celles de la récupération des « choses » utiles, et le souci de la médiatisation d’un événement somme toute ordinaire.
« Posté à hauteur de la tête du cachalot, Ryckmer Sander semble se parler moitié à lui-même, moitié à ses voisins, tout disposés à croire cet homme en veste de marin. Qui fume, tousse, crache à ses pieds, brandit sa cigarette en prétendant la fumée souveraine contre la puanteur de la baleine. Et ce n’est encore rien, tout ça, ajoute-t-il, en montrant les containers de graisse : « Quatre cent barils du truc à bord pendant trois mois, puis dans les bouilloires sur les chaudières, tu sais ce que c’est que la puanteur… »
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