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29 octobre 2026

La Voie

« La Voie »

TALLENT Gabriel

(Gallmeister)

 

Le vieux Lecteur ne retiendra de cet imposant roman que la passion commune à deux adolescents américains, passion pour la grimpe. Tamma et Dan, qui parallèlement à cette passion vivent de manière bien différente leur dernière année de lycée. Lui, élève assidu, qui voit s’ouvrir devant lui les portes de l’université. Elle, extravertie, qui ne s’imagine pas d’autre avenir que dans les activités d’escalade. Sauf que la vie, tant pour elle que pour lui, ne fait pas de cadeau. Leurs familles respectives, d’extraction modeste, vont au cours de cette ultime année de lycée se heurter à des problèmes qui compliqueront leur cheminement. Parfois lancés à corps perdus dans leur activité sportive, ils tenteront, chacun et chacune à sa façon, de s’extraire d’un monde étranger à leurs rêves. Quitte à se renier, tout au moins pour Dan.

Dans ce roman typiquement américain, le vieux Lecteur s’est laissé séduire par les descriptions que lui a offert Gabriel Tallent des fascinants paysages du désert de Mojave, là où Tamma et Dan s’égarent régulièrement pour se livrer à des tentatives d’escalade de roches, toutes plus compliquées et dangereuses les unes que les autres. Un cadre prodigieux, au sein duquel les deux adolescents vont partager leurs rêves. En compagnie de ces deux-là, le vieux Lecteur a partagé son refus du monde capitaliste et de ses modes de consommation contraignants. Il s’est enthousiasmé pour leur soif d’une liberté sans concession. Même au prix de souffrances a priori insupportables.

L’univers littéraire américain est décidément très riche de belles et généreuses surprises.

« Faire le choix délibéré de tourner le dos à cette société régie par la réussite économique. Vivre dans un van. Dormir en pleine nature. Travailler, mais seulement pour gagner de quoi nous permettre de continuer l’escalade. Posséder peu, acheter moins, voir des endroits sauvages et magnifiques, tant qu’il en reste encore. J’adore l’escalade. C’est la seule chose qui m’a maintenu en vie ces dernières années, c’est la seule chose qui a de l’importance à mes yeux. Ça, et cette amitié avec elle. Ma mère n’est pas stable et j’ai l’impression de ne pas l’être, moi non plus. On m’a toujours dit que j’avais du talent, mais je me demande parfois si tout ce que j’ai, ce n’est pas simplement de l’anxiété et de la dépression, si mon intelligence n’est pas en réalité une profonde terreur que je porte en moi à chaque instant et qui m’incite à toujours atteindre le plus haut niveau. La peur que le monde soit fondamentalement traître. »

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26 octobre 2026

La Voie

« La Voie »

TALLENT Gabriel

(Gallmeister)

 

Le vieux Lecteur ne retiendra de cet imposant roman que la passion commune à deux adolescents américains, passion pour la grimpe. Tamma et Dan, qui parallèlement à cette passion vivent de manière bien différente leur dernière année de lycée. Lui, élève assidu, qui voit s’ouvrir devant lui les portes de l’université. Elle, extravertie, qui ne s’imagine pas d’autre avenir que dans les activités d’escalade. Sauf que la vie, tant pour elle que pour lui, ne fait pas de cadeau. Leurs familles respectives, d’extraction modeste, vont au cours de cette ultime année de lycée se heurter à des problèmes qui compliqueront leur cheminement. Parfois lancés à corps perdus dans leur activité sportive, ils tenteront, chacun et chacune à sa façon, de s’extraire d’un monde étranger à leurs rêves. Quitte à se renier, tout au moins pour Dan.

Dans ce roman typiquement américain, le vieux Lecteur s’est laissé séduire par les descriptions que lui a offert Gabriel Tallent des fascinants paysages du désert de Mojave, là où Tamma et Dan s’égarent régulièrement pour se livrer à des tentatives d’escalade de roches, toutes plus compliquées et dangereuses les unes que les autres. Un cadre prodigieux, au sein duquel les deux adolescents vont partager leurs rêves. En compagnie de ces deux-là, le vieux Lecteur a partagé son refus du monde capitaliste et de ses modes de consommation contraignants. Il s’est enthousiasmé pour leur soif d’une liberté sans concession. Même au prix de souffrances a priori insupportables.

L’univers littéraire américain est décidément très riche de belles et généreuses surprises.

« Faire le choix délibéré de tourner le dos à cette société régie par la réussite économique. Vivre dans un van. Dormir en pleine nature. Travailler, mais seulement pour gagner de quoi nous permettre de continuer l’escalade. Posséder peu, acheter moins, voir des endroits sauvages et magnifiques, tant qu’il en reste encore. J’adore l’escalade. C’est la seule chose qui m’a maintenu en vie ces dernières années, c’est la seule chose qui a de l’importance à mes yeux. Ça, et cette amitié avec elle. Ma mère n’est pas stable et j’ai l’impression de ne pas l’être, moi non plus. On m’a toujours dit que j’avais du talent, mais je me demande parfois si tout ce que j’ai, ce n’est pas simplement de l’anxiété et de la dépression, si mon intelligence n’est pas en réalité une profonde terreur que je porte en moi à chaque instant et qui m’incite à toujours atteindre le plus haut niveau. La peur que le monde soit fondamentalement traître. »

 

23 octobre 2026

L'internationale des rivières

« L’internationale des rivières »

DE TOLEDO Camille

(Verdier)

 

Un vieux Lecteur déboussolé. Un vieux Lecteur égaré parmi des théories échappant à son entendement. Quelques mots qui ne formulent pas un reproche à l’égard d’un Ecrivain que, par ailleurs, il estime beaucoup. Une banale et insipide expression de son désarroi. A peine nuancée par l’intérêt qu’il a toujours porté à la vie des rivières.

22 octobre 2026

Y'en a un peu plus, j'vous l'mets quand même?

« Y’en a un peu plus, j’vous l’mets quand même »

FONT Patrick

(Le Cherche Midi)

 

Bouquin trouvé un dimanche de « Puces ». Acquis pour la modeste somme de 50 centimes (d’euro). Lu à vive allure. Pour le plaisir de retrouver l’une ou l’autre des saillies proférées par Patrick Font (et diffusées au milieu des années 1990 sur France-Inter, la seul station de radio à laquelle le vieux Lecteur fut longtemps resté fidèle jusqu’à d’autres sinistres années au cours desquelles les larbins du Pouvoir éliminèrent toutes les scories susceptibles de fâcher les Puissants.)

La vie artistique de Patrick Font s’est mal terminée. Des attouchements sur mineurs. Et d’autres choses peut-être. Mais le vieux Lecteur ne renie rien du plaisir qu’il prit à écouter les « chroniques » que l’émission Rien à cirer diffusait sur la chaîne de service public. Il conchie, par contre, l’imbécile heureux qui accompagna Font durant de trop longues années. Le duo Font et Val. Un duo qui n’existait que grâce à Patrick Font, l’imbécile heureux se contentant, lui, de rire aux saillies de son Maître bien plus que son complice.

19 octobre 2026

American Spirits

« American Spirits »

BANKS Russel

(Actes Sud)

 

Trois nouvelles. Posthumes. Russel Banks étant décédé voilà trois ans environ. Russel Banks appartenant à la grande famille des écrivains américains auquel le vieux Lecteur s’est attaché au fil des années et des rencontres successives.

Trois nouvelles qui avec une force remarquable offrent un tableau saisissant et réaliste de l’Amérique rurale trumpisée. Trois drames dans un cadre unique, une bourgade qui porte le nom de son fondateur, Sam Dent. Trois récits qui font penser aux grands romans « sociaux » de la première moitié du 20° siècle (dont ceux de Steinbeck). Mais qui portent la marque singulière qui caractérise l’œuvre de Russel Banks. Une description quasiment désespérée d’un monde au seuil de l’agonie. D’une dureté et d’une brutalité dont celles et ceux qui le subissent n’ont pas conscience qu’il a désormais atteint à son point de rupture. Trois récits sans concession, se refusant la moindre facilité en dépit des thèmes qu’ils traitent.

« Ainsi, comme la plupart de nos concitoyens, il avait la liberté d’ignorer les crimes anciens et les défauts personnels de son ancêtre (Sam Dent) pour au contraire nourrir le mythe d’un Blanc chrétien muni d’une hache et d’une carabine qui aurait fait jaillir un village américain d’une région sauvage, battue par les vents et inhabitée. »

Une œuvre posthume qui révèle l’exceptionnel talent de ce raconteur des turpitudes américaines que fut Russel Banks.

NB/ L’ouvrage fut confié au vieux Lecteur par l’une des médiathèques de Montpellier. Lequel vieux Lecteur eut la désagréable surprise d’être privé des quatre dernières pages (lues en catimini, ce récent samedi 26 octobre 2026, dans une librairie locale). Il est étonnant que tout au long du circuit qu’emprunta cet ouvrage, personne n’ait remarqué une telle absence. Ni l’imprimeur, ni l’éditeur, ni le diffuseur, ni le « marchand », ni les personnels de la médiathèque qui furent chargés de son installation sur les rayonnages. Voilà qui laisse perplexe le vieux Lecteur.

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10 octobre 2026

Un autre ailleurs

« Un autre ailleurs »

RIVA Agnès

(L’Arbalète/Gallimard)

 

Gentillet. D’une naïveté parfois confondante. Un roman qui se lit très vite. Un roman qui rappelle au vieux Lecteur de lointains souvenirs. Les bouleversements imposés aux communes de la grande ceinture en région parisienne. Ici, Créteil. De nouveaux quartiers érigés à partir de 1973. Un maire « gaulliste ». Ancien engalonné. Qui embauche Gilles, tout juste sorti des universités, pour une mission d’animation sociale dans l’un des nouveaux quartiers en gestation. Gilles qui croit en cette mission et qui se donne à fond. Mais qui, petit à petit, va découvrir la face cachée des hommes de pouvoir.

Un roman qui se lit d’un trait. Ce qui relève du tolérable.

 

9 octobre 2026

Philip et moi

« Philip et moi »

SCHNECK Colombe

(Stock)

 

« Je suis devenue journaliste à la télévision puis dans la presse écrite, et je suis l’autrice de plusieurs livres. J’ai peu d’imagination, je contente de raconter des choses vécues, des souvenirs que je transforme quand cela m’arrange. Je m’attache à des événements infimes, mon histoire n’a rien de grandiose. »

Le vieux Lecteur se souvient. Canal+. Gildas et de Caunes. Et puis un soir, à la fin de l’autre siècle ou au début du nouveau, l’apparition d’une journaliste. Une débutante. Colombe Schneck. Des souvenirs diffus. Une place à trouver dans l’environnement des deux « monstres ». Quelqu’une d’évidemment cultivée qui sut plutôt bien s’installer là. Des souvenirs confus mais qui gardent aujourd’hui en la mémoire du vieux Lecteur un côté « respectable ».

Colombe Schneck est devenue depuis lors une Auteure « reconnue » et respectée, éditée le plus souvent par la maison Stock. Avec Philip et moi, elle s’est attaquée à un des grands mythes de la littérature contemporaine, Philip Roth. Etrange que son bouquin ait échu dans les mains du vieux Lecteur après qu’il en eut fini avec le médiocre et imbuvable essai de Marc Weitzmann La part sauvage. Aucune parenté entre les deux bouquins. Celui d’une sorte de charognard tentant de se donner une « dimension » littéraire en exaltant sa relation avec l’Ecrivain américain. Celui d’une authentique journaliste (le vieux Lecteur n’étant pas parvenu lors de cette découverte à déterminer si Colombe Scheck était une authentique Romancière) qui connaît bien l’œuvre de Roth tout autant qu’elle sait user avec intelligence et tact des éléments les plus significatifs de la biographie de celui-ci.

« Ceci est un roman dont certains éléments sont vrais. » Colombe Schnek n’est évidemment pas Esther, la jeune étudiante qui va en juillet 1991 séjourner en tant que jeune fille au pair chez une autre « star » américaine, Francine du Plessis, voisine de Philip Roth, journaliste et Ecrivaine reconnue aux USA (le vieux Lecteur confesse ici n’avoir jamais ouvert l’un ou l’autre des ouvrages écrits par ladite Francine du Plessis). Mais Colombe Schneck, alias Esther, fait revivre avec ce qui prend les apparences de l’authenticité, les relations équivoques entre ces deux américains alors au sommet de leur gloire littéraire. Avec, ce qui était inévitable, les intrusions de Claire Bloom, comédienne britannique et épouse Roth.

Le vieux Lecteur a passé d’agréables romans dans ce récit de la découverte par une adolescente d’un univers d’hommes et de femmes englués dans les images frelatées de leur représentation sociale. Dans un pays où prévalait (ou prévaut encore) un rigoureux puritanisme. Celui que moque et combat quasiment toute l’œuvre de Philip Roth. Philip Roth dont le vieux Lecteur n’a toujours pas cessé de fréquenter l’œuvre.

8 octobre 2026

Les amours en fuite

« Les amours en fuite »

BARRY Kevin

(Métailié)

 

Un « beau » roman. Qui prend les apparences d’un western d’une grande et profonde noirceur. Bien que son Auteur soit Irlandais. Une histoire apparemment toute simple. Tom Rourke survit, à la fin du 19° siècle, dans le Montana. A Butte, petite ville minière. Opiomane. Franc buveur de whisky. Bagarreur. Ecrivain public, spécialisé dans les lettres d’amours qui ne se déclarent pas (ou très mal). Assistant intermittent d’un photographe sans clientèle. Et c’est là où l’aventure va prendre racine. Polly Gillepsie vient d’épouser le Capitaine, sorte de porion au service des patrons des mines. Photos d’usage. Le nouveau couple. La mariée. Le coup de foudre qui rapproche Tom et Polly. Les prémices. Puis la fuite, alors que s’annonce l’hiver. L’embauche par le Capitaine de trois mercenaires chargés de retrouver la trace des deux fugitifs. Les rencontres dues au hasard. Et puis l’inéluctable. Ou presque. Ce qui ne se raconte pas.

Ce (court) roman a ravi le vieux Lecteur. Ses personnages. Picaresques. Son langage. Sobre, mais terriblement efficace. L’histoire ancrée dans une Amérique en pleine construction. Une Amérique qui est un patchwork de communautés. Irlandaise, Croate, Chinoise, hommes et femmes venus à la découverte du nouveau monde. Mais qui laisse déjà entrevoir ce qu’elle pourrait (cette Amérique) devenir. Ce qu’elle devient.

7 octobre 2026

A quatre pattes

« A quatre pattes »

JULY Miranda

(Flammarion)

 

Un roman inaccessible au vieux Lecteur. Qui s’est toutefois souvenu du bonheur qui fut sien lorsque, voilà une cinquantaine d’années, il se lança dans la découverte de l’œuvre d’Henry Miller.

Amen.

5 octobre 2026

Le bel obscur

« Le Bel Obscur »

LAMARCHE Caroline

(Seuil)

 

Liège. Où Caroline Lamarche ne convie pas la neige. La Meuse. Et, à peine esquissé l’univers industriel, celui de la sidérurgie. De Maas. Le fleuve qui prend tout son temps pour atteindre à son estuaire en pays flamand. Depuis Liège.

Noémie. Les années de la splendeur des Dolimarts. La vallée de la Semoy, rivière qui aime de temps à autre, au long de son parcours, se donner les apparences d’un torrent. Les Dolimarts. Un centre de vacances initié, me semble-t-il, par les syndicats ouvriers belges. Erigé sur les hauteurs, au cœur de la forêt ardennaise. Un lieu de rencontres fraternelles. Où le jeune Lecteur s’installait à la toute fin des années 1950, durant les périodes estivales, avec quelques-uns de ses amis et parmi toutes ces familles belgiennes. Dont celle de Noémie. Qui me parla tant de Liège et de Seraing, Seraing où son père travaillait dans la sidérurgie. Lycéenne. Lumineuse. Un amour incandescent. Trop vite consumé.

Caroline Lamarche n’a sans doute pas connu Noémie. Noémie que le vieux Lecteur introduit dans un roman où elle n’a rien à faire.

Un roman qui n’a intéressé ce vieux Lecteur que dans la narration d’une longue et patiente recherche, celle des traces éventuelles laissées par un lointain ancêtre de la Narratrice. Décédé au milieu du 19° siècle, dans un hôtel, à Orléans. Dans des conditions non élucidées. Après qu’il eût sauvé deux personnes de la noyade quelques années auparavant. A Liège. Dans la Meuse, bien sûr. Une photo. Un unique témoignage. Un reflet du Bel Obscur, dans l’habit traditionnel des mineurs. Mais tenant dans ses mains un objet étranger à la corporation. Une quête que la Narratrice tentera de mener à son terme, tout en conviant ses Lecteurs, à vivre ses désordres matrimoniaux.

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