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Lectures

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11 septembre 2026

L'entroubli

« L’entroubli »

DARLMAN Thibault

(Le Tripode)

 

Un roman dans lequel a d’abord cru qu’il allait s’égarer et donc se perdre. L’affaire, peut-être, d’une vingtaine de pages. Puis, au fur et à mesure de sa découverte, il y a pris ses aises, au point  de s’y considérer comme chez lui. Dans une histoire a priori toute simple, celle d’une famille qui survit à la périphérie de la capitale. Un père alcoolique. Une mère qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver les apparences. Et les cinq enfants, tous des garçons. Dont le narrateur. Scolarisé, sans que sa génitrice ne prête une attention particulière à son parcours. Pour qui l’écriture va devenir, au fil du temps, comme un recours, une issue de secours, une autre façon de s’insinuer dans un monde qui lui interdit pourtant l’accès du meilleur. Un roman dont l’écriture singulière, ponctuée de quelques néologismes qui la transcendent, l’enrichit et l’illumine. Un roman dont la construction basée sur de courts paragraphes acquiert un souffle « émerveillant ».

« Il est un genre singulier de solitaire qui ne vit bien que pour et parmi les siens. Son cœur n’existe que d’aimer et de s’entourer/ Et si son cœur se contente de cette compagnie aimée et chérie, ses mains, elles, se languissent d’œuvrer. Elle sont à la tâche ou se meurent. Il leur faut toujours di quoique ce soit à fabriquer, à cuisiner, à réparer, à bâtir… »

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10 septembre 2026

La maison du magicien

« La maison du magicien »

TREVI Emanuele

(Philippe Rey)

 

Une découverte. Un Ecrivain inconnu du vieux Lecteur. Dont le roman, La maison du magicien, l’aura plus qu’intéressé. Rome. Emmanuel Trevi hérite de l’appartement de son père récemment décédé. Appartement dans lequel il va s’installer et où il va découvrir une partie de l’histoire de la vie de ce père. Son père ? Mario Trevi, un psychanalyste jungien, un guérisseur, un magicien qui s’essaya à sauver de leur désastre des individus en souffrance. Après avoir, en ses vertes années, prit sa part aux combats de  la Résistance communiste. Un homme humble, un homme discret, mais qui donc a laissé chez lui des traces de ce que fut non seulement son activité professionnelle, mais aussi sur ce que furent ses réflexions sur la pensée de Jung. Un cheminement tortueux mais passionnant. Une œuvre originale qui mérite de prendre le temps de l’investir.

« Dans le cas de mon père, il s’est agi à l’évidence d’une même vocation perfectionnée au fil du temps. Professeur-guérisseur. J’observais le reflet de son visage sur la fenêtre sillonnée par la pluie et ouverte sur la nuit humide du Latium en ce milieu d’automne ; redoublée par la vitre, l’énigme qui le concernait me paraissait plus difficile à résoudre que de coutume. Mais je l’aimais et, pour moi, aimer signifie accepter l’énigme d’un être humain en tant que telle ; je ne suis pas venu au monde pour déjouer des problèmes ou découvrir des trésors. »

9 septembre 2026

Aux nuits à venir

« Aux nuits à venir »

DONNADIEU Joffrine

(Gallimard)

 

Le vieux Lecteur s’est laissé emporter par ce roman auquel il ne croyait pas lorsqu’il le réserva auprès des services de la Médiathèque qu’il fréquente assidument. Sans aucune réticence. En dépit de personnages qui, d’ordinaire, lui sont pourtant insupportables. En particulier ceux des deux militaires, dont celui de Victor, retraité, taiseux, renfrogné. Victor qui dans son modeste appartement parisien de la rue des Martyrs résiste aux féroces ambitions d’un promoteur. Le beau-frère de Marge. Marge, trentenaire déracinée, qui va s’inventer un refuge dans l’immeuble de la rue des Martyrs, celui où Victor passe l’essentiel de son temps à reconstituer les grandes batailles qui jalonnèrent l’histoire de France.

Oui, le vieux Lecteur, tout au long de son parcours, jamais ne fit entendre ce qui aurait pu être assimilable à de la réticence. Lui dont le premier contact avec Joffrine Donnadieu n’avait pourtant soulevé ne serait-ce qu’un petit rien d’enthousiasme (Chienne et Louve). Avec ce Aux nuits à venir, il s’est enclos dans le récit, y a pris ses aises, acceptant même ce que dans d’autres circonstances il eût considéré comme des faiblesses. Allant même jusqu’à accorder des circonstances atténuantes à ce Victor qui fut de certaines des pires aventures militaires françaises en Afrique. Le souffle « épique » qui traverse tout le récit concocté par l’Auteure n’est sans doute pas étranger à ce renoncement. S’abandonnant à ce qui prit les apparences de la tendresse pour ces déclassés qui peuplent le navire en voie de perdition, l’immeuble très parisien de la rue des Martyrs. Aux nuits à venir est un de ces rares romans qui sait séduire et dont il est difficile, voire même impossible de s’exclure. Une œuvre « spontanée », dont il est loisible d’ignorer qu’elle fut patiemment élaborée.

« Les immeubles oscillent, les fenêtres ricanent, et le sol empêche Marge d’avancer. Pire, il semble la tirer en arrière. Elle est au bord de l’effacement. Sa tête tourne. Elle traverse sans regarder, ça gueule. Au milieu des magouilles, elle zigzague sur le terre-plein boulevard de la Chapelle. Elle a une démarche d’ivrogne. Si au moins elle avait bu, l’ivresse annihilerait ses pensées. D’autres mots-mouches la poursuivent. Elle les chasse à coups de grands gestes. Il y en a déjà assez dans sa tête. Elle se débat avec la nuit de 1996/ Que s’est-il passé ? …»

7 septembre 2026

Langue paternelle

« Langue paternelle »

ZAMBRA Alejandro

(Bourgois)

 

Le chilien. La langue paternelle. Celle de l’Ecrivain, devenu père à un âge déjà avancé (quarante-deux ans). Qui vit au Mexique. Qui va s’occuper du nouveau-né. Mimétisme. Et l’initiation à la langue. Dans les tout premiers échanges.

Un récit dans la première partie duquel le vieux Lecteur s’est laissé emporter. Puis, peu à peu, au fil des pages, s’est installé en lui comme une sorte d’ennui. A moins qu’il n’ait s’agit de lassitude ou d’incapacité à maintenir son attention en éveil. La caniculaison et ses effets délétères sur le malheureux vieillard… Qui sait ?

3 septembre 2026

Le Polonais

« Le Polonais »

COETZEE J.M.

(Seuil)

 

Voilà bien longtemps que les cheminements littéraires du vieux Lecteur n’avaient croisé ceux de J.M. Coetzee. Très probablement une vingtaine d’années (avec Vers l’âge d’homme). Donc des retrouvailles. Un peu plus que plaisantes. Un récit tout simple. La rencontre d’un pianiste polonais, spécialiste de l’œuvre de Chopin, et d’une bourgeoise catalane, la narratrice, mariée et collaboratrice d’une association qui organise des évènements musicaux. D’un côté donc, un artiste septuagénaire. Et de l’autre une femme quinquagénaire. L’artiste s’éprend de cette femme qui vit plus que confortablement au sein de la bonne société barcelonnaise. De retour en Pologne, il va multiplier les approches pour tenter de la convaincre de donner une vague consistance à ce qui fut, le temps d’un concert, une relation courtoise, Beatriz se tient à distance. A la fois séduite par le talent du pianiste, mais sans le désir de s’égarer hors des sentiers balisés qui lui sont familiers.

J.M. Coetzee fait vivre cet échange singulier avec un humour auquel la légèreté de ton de l’Ecrivain confère une lumière aux teintes pastel. Ce qui donne un roman dont la lecture se révèle réjouissante. Roman qui par ailleurs suggère au vieux Lecteur d’autres retrouvailles avec l’œuvre récente de Coetzee.

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1 septembre 2026

Les remplaçants

« Les remplaçants »

CARVALHO Bernardo

(Métailié)

 

Le Brésil. Du temps de la dictature militaire. La violente conquête de l’Amazonie par les militaires. Le début de l’exploitation des richesses que recèle cette contrée. Sous le regard d’un gamin de onze ans dont le père appartient à la caste des crapules qui s’approprie d’immenses territoires. Un gamin qui lit et relit avec passion un roman de science-fiction qui le conduit à osciller entre la fiction d’un texte qui le fait vibrer et la réalité que son père le contraint à découvrir.

Un roman passionnant. Mais un roman sur la finalité duquel le vieux Lecteur émet quelques doutes. Doutes qui trouvent leur source dans ce sentiment que Carvalho se ressent de vagues sympathies pour quelques-uns de ces conquérants d’un nouveau genre. Egarement d’un vieil homme (le vieux Lecteur !) inattentif ? Peut-être…

24 août 2026

Wanted

« Wanted »

CLAUDEL Philippe

(Stock)

 

Bof. Du presque drôle. Ne manquent toutefois à la pochade que quelques personnages franchouillards pour faire plus vrai. Dans la panoplie de ces personnages qui sont les Maîtres du monde. Elon Musk. L’Immonde porc de la Maison Blanche. Poutine, bien sûr. Oui, le vieux Lecteur regrette l’absence d’un Enarchiant bien de chez nous ou d’une Gorgone italienne. Par exemple. Un seul avantage : ce bouquin-là se lit très vite. Sans doute en raison de l’absence de personnages en effet bien de chez nous. Mais il est tellement vrai que la France de Philippe Claudel est une démocratie exemplaire…

24 août 2026

Les preuves de mon innocence

« Les preuves de mon innocence »

COE Jonathan

(Gallimard)

 

Roman « caniculaire ». Que le vieux Lecteur a parcouru lors de ses nuits d’insomnie en ne trouvant que de trop rares occasions de se réjouir. L’esprit sans doute embrumé, englué dans une torpeur provoquée par d’insupportables chaleurs. Mais avec la certitude de n’avoir pas retrouvé l’Ecrivain britannique qu’il avait beaucoup apprécié en d’autres circonstances. Quelques moments, certes, qui lui laissèrent penser que le roman allait prendre son élan. Ceux au cours desquels Coe dépeint sans aucun doute avec une grande justesse les trahisons des élites confrontées à ce qui conduira au Brexit. Avec la tentation « libérale » et un conservatisme réactionnaire. Quelques morts inexpliquées. Le décès puis les obsèques de la Reine. De quoi égarer le vieux Lecteur incapable de surmonter cette torpeur évoquée ci-dessus.

16 août 2026

Les preuves de mon innocence

« Les preuves de mon innocence »

COE Jonathan

(Gallimard)

 

Roman « caniculaire ». Que le vieux Lecteur a parcouru lors de ses nuits d’insomnie en ne trouvant que de trop rares occasions de se réjouir. L’esprit sans doute embrumé, englué dans une torpeur provoquée par d’insupportables chaleurs. Mais avec la certitude de n’avoir pas retrouvé l’Ecrivain britannique qu’il avait beaucoup apprécié en d’autres circonstances. Quelques moments, certes, qui lui laissèrent penser que le roman allait prendre son élan. Ceux au cours desquels Coe dépeint sans aucun doute avec une grande justesse les trahisons des élites confrontées à ce qui conduira au Brexit. Avec la tentation « libérale » et un conservatisme réactionnaire. Quelques morts inexpliquées. Le décès puis les obsèques de la Reine. De quoi égarer le vieux Lecteur incapable de surmonter cette torpeur évoquée ci-dessus.

11 août 2026

38, rue de Londres

« 38 rue de Londres »

SANDS Philippe

(Albin Michel)

 

Deux bouquins sous une seule et même couverture. Dont l’Auteur est un homme de paroles. Un avocat. Qui entremêle deux récits. Ce qui, somme toute, est normal.

Le premier raconte l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet. Le 16 octobre 1998. La vieille canaille chilienne qui se croyait protégée par son statut, mais que des juges espagnols tentent de débusquer pour qu’elle soit enfin jugée pour la multitude des crimes commis sous sa dictature. Le début d’une intense bataille judiciaire qui durera plus d’un an. Dont le vieux Lecteur avait suivi les rebondissements, avec l’espoir que l’Ignoble salaud serait condamné par des juges enfin dignes d’assumer leur fonction. Un espoir réduit à néant par la justice de sa si disgracieuse Majesté.

Le second est celui de l’exil chilien d’un certain Walther Rauff. Un nazi pure souche. Concepteur du gazage dans des camions des déportés juifs. Une bonne centaine de milliers de victimes. Un prélude aux chambres à gaz. Rauff qui, en 1945, échappera aux foudres de la justice et trouvera refuge au Chili. Où il connaîtra une vie paisible. Et où ses immenses talents de tueurs surent inspirer Pinochet au lendemain du coup d’état militaire.

Le vieux Lecteur savait que le Chili fut dès la fin de la Seconde guerre mondiale une terre d’accueil pour nombre d’anciens nazis. Mais il ignorait tout de l’existence de Rauff. C’est donc sur la seconde partie de l’enquête conduite par Philippe Sands que s’est concentrée son attention. Une enquête dont les conclusions ne révèlent rien qui ait pu le surprendre. Mais qui lui confirment que la dénazification fut le plus souvent un leurre, en dépit des grands messes (les procès de Nuremberg en premier lieu) dont aujourd’hui encore les puissances occidentales s’enorgueillissent

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