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15 mai 2026

Les forces

« Les forces »

VAZQUEZ Laura

(Le Sous-sol)

 

Un choc. Un choc littéraire. Qui a surpris le vieux Lecteur, l’a bouleversé et entraîné dans des abîmes de perplexité. Quelque chose de rimbaldien, si tant est que ce qualificatif ait encore du sens dans ce monde chloroformisé. Mais le vieux Lecteur qui jamais n’a dissimulé ses attaches avec l’enfant de Charleville, le vieux Lecteur assume. Laura Vazquez, qu’il vient donc de découvrir, lui a redonné ce qui s’apparente à un nouvel élan. Avec ce texte aux apparences indéfinissables, mais dont les colorations symphoniques révèlent, quoique l’on fasse pour ne ni les entendre ni les voir, un souffle d’une exceptionnelle puissance.

S’agit-il d’un roman ? Faute d’un vocable plus clairement explicite, le vieux Lecteur s’en satisfait. Tout en continuant à s’interroger et donc à accepter que le qualificatif « rimbaldien » prenne le pas, dans sa conscience, sur l’autre. A tort ou à raison. Il a vécu des heures qu’il définit comme fabuleuses, de ces heures rares qui confèrent à l’existence un sens jusque-là ignoré. La voix d’une narratrice qui tient en éveil, qui interroge puis bouscule les idées reçues, qui transcende le matériau littéraire. Cette voix qui ouvre les portes d’univers ignorés. Celles d’un monde qui se défait sans trop savoir comment il va se reconstruire. La voix des souffrances individuelles. La voix des solitudes encloses entre des murs glacés. Ce livre, qui est peut-être un roman, est bien mieux qu’un reflet des errances contemporaines. Il est l’expression de ce que les humains refusent d’accepter : leur détresse collective.

« Dans le supermarché, avec ma mère, le samedi, devant la caissière, j’ai vu le regard pleurer. Personne ne s’apercevait du chagrin de la caissière. Personne ne s’aperçoit du chagrin de personne. Personne ne voit le chagrin d’une inconnue. Personne ne prend le temps de comprendre. Personne ne dit à la caissière : qu’est-ce qu’il vous arrive ? Personne ne dit à cette femme : je voudrais vous comprendre, expliquez-moi votre douleur. Personne ne voit la personne. Chacun voit la caissière et le prix des articles, le temps d’attente. Personne ne donne une minute ou toute sa vie pour enlever la peine d’une inconnue. Personne ne dit à la caissière : je donnerais ma vie pour que tu cesses de souffrir. Personne ne s’arrête… »

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