Biotope
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« Biotope »
CASTEL-BLOOM Orly
(Actes Sud)
« Je suis le fruit d’évènements très significatifs dans l’histoire du monde libre en général, et l’histoire de l’Etat d’Israël, en particulier : ma mère, Monique, naquit en 1945 en Normandie, fruit des amours d’une nuit de ma grand-mère, Blanche, avec un soldat canadien. C’est le même soldat qui lui donna pour la première fois de sa vie un chewing-gum qu’elle avala, car elle ignorait qu’il fallait le cracher une fois qu’il n’avait plus de goût. Ma mère, Monique, arriva au kibboutz Ghinossar après la guerre des Six jours, à l’époque de l’afflux des jeunes du monde entier. Un an après son arrivée, elle me conçut avec un membre du kibboutz, Jonathan Shimel, qui n’était même pas son amoureux. Celui qui l’était s’appelait Dodik. Disons que la pomme n’était pas tombée loin de l’arbre et qu’à mon tour je devais être le fruit des amours d’une nuit. Mais ma mère, Monique, quitta son amoureux et préféra épouser Johnny Shimel, car elle ne voulait pas élever un enfant sans père, comme elle-même l’avait été. Sauf qu’elle n‘imagina pas qu’elle épousait un golem : en fait elle traita d’imbécile jusqu’au jour où je lui appris que le mot golem, qui signifie bien imbécile, mais sans l’aspect mystique. »
Une bien longue citation. Un paragraphe extrait du roman d’Orly Castel-Bloom, Biotope. Un roman édité en Israël en 2022. Un paragraphe dont le vieux Lecteur eût aimé qu’il fut représentatif de l’ensemble de l’œuvre. Humour, drôlerie, légèreté. Alors que le roman s’enlise dans une sorte de torpeur, passées les cinquante premières pages. Même s’il brosse un portrait peu reluisant de Tel-Aviv. Si peu reluisant que le vieux Lecteur en a déduit que ce portrait-là anticipait sur l’inertie du peuple israélien aujourd’hui complice, dans sa grande majorité, d’un des plus effroyables génocides, celui perpétré par les dirigeants de leur Etat qui se construisit, pour l’essentiel, avec des survivants d’un autre génocide.