Apeirogon
« Apeirogon »
McCANN Colum
(Belfond)
« Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. » (Chapitre 181, page 100).
Voilà pour l’éclaircissement, l’explication que recherchait le Lecteur. Une définition qui le laisse perplexe mais qui n’a pas influencé sa lente et patiente découverte de ce livre d’un Ecrivain qu’il a plusieurs fois fréquenté dans le passé. Un livre dont le sujet central appartient aux questions qui nourrissent ses réflexions personnelles depuis qu’il a atteint à l’âge d’homme : celles du devenir de la Palestine. Un livre si dense, si riche qu’il ne résume pas. Un livre dont le Lecteur n’évoquera que ce qui en constitue le socle (la transmutation du réel en fiction) : l’improbable rencontre entre deux hommes qu’a priori tout oppose. Le juif et le palestinien. Rami Elhanan, le juif, graphiste de renom, confortablement installé au sein de la société israélienne. Bassam Aramin, le palestinien, qui à peine sorti de l’adolescence, connut, parce qu’il s’était engagé du côté des siens, les geôles israéliennes (et tout ce qui va avec, violences et humiliations entre autres). Ce qui va rapprocher ces deux hommes, c’est qu’à dix ans de distance, ils furent confrontés à des drames analogues : la mort d’un enfant. Celle de Smadar, la fille de Rami, victime d’un attentat palestinien en 1997. Celle d’Abir, la fille de Bassam, tuée par une balle en caoutchouc israélienne lors des émeutes palestiniennes de 2007. Le juif et le palestinien vont non seulement se rencontrer, mais aussi engager un dialogue constructif, militer côte-à-côte pour la cause de la paix et témoigner ensemble hors des frontières d’Israël sur leur commun combat.
Le roman de l’impossible rêve. Celui qui ne se réalisera pas. La paix, le dialogue, la réconciliation ? McCann semble parfois tenté de calquer ce que fut la résolution du problème irlandais sur celle qui concerne les relations Israël/Palestine. Tant il est vrai que la recherche d’une solution conforme aux intérêts des deux peuples préoccupe celles et ceux que l’on appelait autrefois les « gens de progrès », catégorie dans laquelle se range McCann. Alors même qu’un seuil a été franchi à l’instigation du gouvernement israélien : celui au-delà duquel il n’est pas de réconciliation envisageable dans le court et moyen terme. Tant pis pour les rêveurs tant pis pour l’utopie. Comme à rebours du vers d’Aragon (« La nuit de Moscou » in « Le roman inachevé »). Pour chaleureux qu’il soit, ce roman-ci, qui vibre d’un bel humanisme, s’il fit renaître un fragile espoir chez le Lecteur, n’éclaire en rien, même à travers l’amitié des deux protagonistes issus de chacun des ceux camps, les perspectives d’un avenir commun. A noter également (et à saluer) une construction littéraire originale : le recours à de très courts chapitres numérotés avec, lorsque l’on atteint la phase ultime de l’ouvrage, un décompte à rebours qui semble suggérer le peu de crédit que l’Auteur lui-même porte à son propos.
