Abel
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« Abel »
BARICCO Alessandro
(Gallimard)
Un western spaghetti ? Sur un mode romancé ? Comme un rêve, de ceux qui autrefois peuplaient les nuits du jeune Lecteur. Lequel, devenu vieux, ne renie rien de ses très lointaines passions. Parmi lesquelles, les westerns, auxquels il s’initia en fréquentant assidument le ciné-club que faisait vivre, chaque dimanche après-midi, un hussard noir passionné de cinéma.
L’exercice auquel s’est livré Alessandro Baricco est une réussite. Le rêve a repris souffle. Le vieux Lecteur s’est laissé emporter par un récit tout plein de tumultes. Mais pas seulement. Puisqu’il s’imprègne de poésie, à laquelle se greffe une quête aristotélicienne, peut-être incongrue, mais qui parvient à lui conférer une tonalité « humaniste » l’immunisant contre les facilités qui dénaturèrent nombre des westerns spaghettis d’hier.
Un récit qui s’entremêle aussi à des débats actuels, ceux qui traitent de la santé mentale. Lorsque Abel Crow, pistolero et shérif, reçoit les confidences du docteur Wood, celles qu’il relate dans ce court paragraphe. « Puis il expliqua que sa passion pour les maladies mentales était née là, de l’observation quotidienne et répétitive des anomalies comportementales des soldats, en particulier chez les officiers, et avec une netteté foudroyante chez les plus hauts gradés : il ne jugea pas nécessaire de préciser l’évidence de la chose. A l’université, je n’en avais presque pas entendu parler, dit-il, on ne soignait pas la folie. On découpait les corps pour aller sous la peau regarder l’invisible. Mais ce qui est vraiment invisible – je l’ai découvert après – ne se trouvait pas là. » Quelques phrases qui prennent une résonance singulière en ces temps où la soldatesque israélienne se singularise par son effarante cruauté.