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20 août 2024

Mécano

« Mécano »

FILICE Mattia

(P.O.L.)

 

Un beau roman. Aux yeux du vieux Lecteur, fils de cheminot. Un cheminot qui, celui-là, n’était pas un « roulant », mais un chargé de l’entretien des locomotives. Les « bêtes humaines » qui avaient survécu à la guerre (la Seconde). Engins monstrueux qui se nourrissaient de lourdes pelletées de charbon, un charbon dont la combustion dans le ventre des machines produisait la vapeur nécessaire à la mise en mouvement d’un appareillage complexe. Toute l’enfance du vieux Lecteur fut nourrie des récits que lui distilla GB, ce père passionné par le métier qui fut le sien jusqu’à ce qu’il fasse valoir, au tout début des années 1960, ses droits à la retraite. Mieux même : initié précocement à la lecture, il devint un familier d’une revue (mensuelle), La Vie du Rail, dans les pages de laquelle GB lui indiquait les articles les mieux à même de répondre à sa curiosité. Une curiosité née des quelques passages qu’il effectua dans l’enceinte de ce qui s’appelait alors le dépôt de Mohon (localité aujourd’hui intégrée à la ville de Charleville-Mézières), avec son pont tournant dont le fonctionnement intriguait beaucoup plus le marmot que celui des monstres d’acier.

Le vieux Lecteur a donc abordé ce roman-ci avec quelque chose provenant du regard de son géniteur. Sans doute GB ne reconnaîtrait-il là-dedans rien de ce que fut « sa » SNCF, lui qui ne connut que la traction vapeur, l’électrification n’intervenant sur la ligne reliant le bassin minier du Nord à la Lorraine qu’en 1954. Lui dont les locomotives étaient pilotées par un tandem : le Mécano (Mécanicien) et le chauffeur, chargé celui-ci de la besogne la plus contraignante (alimenter la chaudière en charbon). Le vieux Lecteur a aisément imaginé ce que serait aujourd’hui la stupéfaction de son géniteur si le hasard d’une improbable survie l’amenait à découvrir les conditions dans lesquelles les Mécanos sont contraints de travailler dans une entreprise convertie à la religion libérale sous la houlette (entre autres) de socialistes empressés d’en finir avec le service public d’antan.

Mattia Filice a commis un superbe roman/poème qui installe celui qui s’y plonge bien au-delà du simple témoignage. Ce sont des vies sublimées qui s’offrent à lui. Dont celle de l’homme qui va bientôt dépasser les vingt années de bons et loyaux services.

« J’écris depuis le début sur ce qui fait ma vie

depuis désormais 18 bonnes années

14 328 trains, 232 254 arrêts à quai, 481 346 kilomètres, 795 282 436 traverses »

Mécano. Un boulot au service de tous. En région parisienne. Des millions de regards croisés le temps d’une halte. Le catéchisme des prêcheurs. Les grèves. La fraternité. Les espoirs partagés. Le roman de Mattia Filice n’est pas une suite à celui d’Emile Zola. Il est une œuvre à la fois originale et forte qui dépeint les conditions qui sont faites à ceux et celles à qui les élites ne demandent plus aux Mécanos d’œuvrer pour le bien commun, mais de se soumettre à des impératifs qui sont la négation de ce bien commun.

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