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« Hôtel du Brésil »

BERGOUNIOUX Pierre

(Gallimard)

 

Bien que publié dans la collection « Connaissance de l’inconscient », ce texte de Pierre Bergougnioux ne traite pas de l’inconscient. Tel est du moins le ressenti du Lecteur. Qui a pris plaisir, bien que ce fût loin d’être une nouveauté pour lui, de s’immerger au cœur des pages où l’Ecrivain évoque quelques souvenirs de son enfance et de son adolescence. Une atmosphère d’ennui et de morosité. L’entrée dans le monde du savoir et la fréquentation des livres. Ce temps si lointain, quand Pierre Bergougnioux ignorait Freud. Ce temps donc où il ne s’interrogeait pas sur son inconscient. Ce temps d’une vie en construction.

« Etrangement, les livres ont échappé à la suspicion que tout le reste m’inspirait. Qu’ils n’aient jamais porté sur le monde que j’habitais, la vie qu’on avait, qu’un doute ait enveloppé la validité de ce qu’ils racontaient, de leur côté, n’enlevait rien à leur principe même. Ils conféraient à ce qu’ils évoquaient une netteté de contour, une consistance, une réalité, si l’on veut, qui n’était que d’eux, même lorsque rien ne prouvait qu’ils se référaient à quelque chose qui existait hors d’eux, même lorsqu’ils se donnaient pour des ouvrages d’imagination. »

Le Lecteur se retrouve dans ces propos-là. Au temps de ses humanités. Dans une ville de province grise et froide. La bibliothèque municipale. Les livres installés sur la table. Les voyages dans des réels si peu ressemblants à celui de son quotidien. Et Freud ? Le Lecteur ne le rencontra pas à Paris, via la plaque de marbre apposée sur la façade de l’Hôtel du Brésil, là où « l’inventeur » de la psychanalyse s’arrêta lors de ses séjours parisiens. Il lui fut imposé par ses Maîtres, via de doctes ouvrages vers lesquels, ses humanités achevées, il ne revint jamais. Avec, au bout du compte, un parcours sinueux qui le conduit aujourd’hui à se sentir, là encore, très proche des réticences que formule Pierre Bergounioux.

« J’ai douté d’y voir clair dans ce qui nous était arrivé d’emblée. J’en doute toujours. Des mondes à peu près fermés les uns aux autres sont brusquement entrés en contact. Le nôtre aurait pu l’emporter, donner le ton, nos usages et nos vues, notre langage s’imposer à l’extérieur. Nous aurions grandi, vécu en paix. Mais ce fut l’inverse. De là un trouble profond auquel les remèdes, qui pouvaient nous parvenir du dehors, eux aussi, étaient impropres à remédier parce que indissociables de leur cadre matériel (à peine), cendreux, marmoréen, symbolique. C’est pourquoi je n’ai jamais poussé la porte d’un psychanalyste. »