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12 novembre 2024

Manhattan Project

« Manhattan Project »

MASSINI Stefano

(Globe)

 

Une remarque préalable. Le vieux Lecteur s’est procuré cet ouvrage auprès de la médiathèque qu’il fréquente régulièrement. Il pensait le trouver dans le rayon littérature, puisque le peu qu’il savait de Stefano Massini lui avait laissé à penser qu’un dramaturge avait conçu une œuvre ayant quelque chose à voir avec le théâtre. Eh bien, non ! Les ploutocrates montpelliérains, ceux qui gèrent le rangement des bouquins de la médiathèque Emile Zola, en ont décidé autrement. Manhattan Project a été installé dans la section Documents. Une décision dont le vieux Lecteur ne parvient pas à comprendre les motivations. Manhattan Project est en effet une œuvre littéraire. Certes, elle fait usage d’un matériau historique. Mais elle est écrite en vers, des vers d’une liberté sidérante qui, en aucun cas, ne relèvent du banal (ou commun) document.

Oui, il s’agit bel et bien d’une œuvre littéraire. D’une œuvre exceptionnelle, tant par la qualité de l’écriture que par le sujet traité par le dramaturge italien. De quoi s’agit-il ? De l’histoire de la mise au point de l’arme nucléaire, cette arme de destruction absolue, imaginée, testée puis utilisée par la seule nation qui se soit jusqu’à ce jour autorisée à en faire usage, en août 1945, au Japon, les Etats-Unis d’Amérique. Un personnage central, celui dont un film récent (que le vieux Lecteur qui fut autrefois un cinéphile assidu n’a pas vu) a brossé le portrait, Robert Oppenheimer. Un savant qui n’est pas un solitaire. En 1938, une équipe de jeunes physiciens hongrois – tous d’origine juive - fuit une Europe sur laquelle l’Allemagne nazie se prépare à instaurer sa domination. Direction les Etats-Unis d’Amérique. Où ils vont collaborer aux recherches engagées par Oppenheimer pour mettre au point l’arme de destruction massive. Celle que l’Etat Américain a été convaincu de financer. Dans une course de vitesse avec l’Allemagne nazie. Mais les consciences des jeunes savants venus de la vieille Europe restent en éveil. Ils savent ce que seront les conséquences de l’usage de l’arme nucléaire. Ils ne sont pas prêts à se résoudre à concéder l’usage de leur savoir aux Politiques. Et Oppenheimer ? L’histoire semble avoir répondu à sa place.

« Mais dès qu’elle éclatera, et elle éclatera,

les hommes qui sont derrière le barbouilleur (Hitler)

feront tout sauter avec une nouvelle arme

si vous ne les arrêter pas,

tout, c’est bien clair ?

Tout »

Le texte si puissant, si coloré, si drôle parfois (ah ! les références à l’humour juif !), que Stefano Massini fait vivre à ses Lecteurs dit les interrogations, les doutes, les angoisses du petit groupe de savants qui, autour d’Oppenheimer, va concevoir la bombe, la bombe qui anéantira Hiroshima puis Nagasaki, la bombe qui deviendra très vite, durant les années de l’après-guerre, le sujet central des angoisses des jeunes générations d’alors.

Manhattan Project est un des textes les plus originaux, les plus puissants que le vieux Lecteur ait découvert au cours de ces dernières années. Il est curieux de savoir si des troupes théâtrales s’en sont emparé, ce qu’elles en ont tiré, quelle âme ont-elles donné aux différents personnages conviés par Stefano Massini à traiter de la question majeure qui ressurgit depuis l’invasion de l’est de l’Ukraine par la Russie. Mais, quoi qu’il en soit, il ne peut que recommander la lecture de ce texte « sidérant ».

« Ça suffit, simplement : il en est ainsi

Nous travaillons à un instrument de mort,

s’il fonctionne il tuera énormément de gens

plus il fonctionnera, plus il détruira

plus nous serons habiles, plus ce sera une catastrophe

Zag mir di simplast veg :

le gouvernement nous le demande

tout comme les financiers de monsieur Sachs

vous aussi, monsieur Bush, vous nous demandez

rien moins que ceci :

NOUS CREONS LA MORT. »

 

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