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6 mars 2026

Objets perdus

« Objets perdus »

SUAREZ Karla

(Métailié)

 

Un « beau » roman. D’une Romancière cubaine que le vieux Lecteur rencontre pour la première fois. L’histoire d’une femme, Giselle. Une femme que l’on découvre à Barcelone, au moment où lui est dérobé le sac qui contient le peu de ce qui lui est nécessaire : quelques euros, son passeport, son téléphone. Seule, puisqu’elle a fuit l’homme qui était son compagnon. Le récit de ce qui pourrait n’être qu’une mésaventure. Mais que Giselle entremêle avec ce que fut sa vie d’avant l’exil. Une enfance dans une bourgade cubaine. Le désir, la pressante envie de devenir danseuse. Une grossesse non désirée qui ira à son terme. La naissance de Clarita qui devient la fille de son aïeule à la suite de l’accord passé entre Giselle et sa mère. Toujours la même obstination. La Havane, puis l’exil, Marseille dans un premier temps, puis Madrid. Une carrière qui ne parvient pas à prendre son élan. Juste de quoi assurer la survie.

Un magnifique portrait de femme qu’a réalisé Karla Suarez. Une femme qui parle vrai, dont chacun des frémissements est perceptible. Pas de grandes thèses féministes, mais un féminisme de tous les instants, celui qui revendique une véritable émancipation au sein d’une société capitaliste, celle où Giselle a échoué par hasard.

« Ce que j’ai senti, c’est que tout mon corps rejetait ce qu’il contenait, que plus mon ventre grossissait et mes seins se remplissaient de lait, moins je voulais être moi-même. Je ne voulais pas me toucher, ni me regarder dans le miroir. C’était comme si mon corps ne faisait plus partie de moi, comme si ma tête s’était échappée définitivement pour partir ailleurs, mais j’avais besoin de mon corps, je voulais le récupérer, qu’il soit de nouveau à moi. Et je comptais chacun des jours qui restaient avant que mon ventre ne se vide, pour être à nouveau celle que j’étais. Et quand enfin Clarita est sortie de mon intérieur, il y a eu alors ses cris et sa bouche qui me tétait, et j’ai continué à me sentir mal. »

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