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22 mai 2025

Cézanne

« Cézanne »

LAFON Marie-Hélène

(Poche/37980)

 

Un prodige. Un de ces trop rares bouquins dont le vieux Lecteur s’évertue à faire durer l’immersion qui lui est comme le souffle du renouveau. La certitude d’aborder à une œuvre qui fera date, un œuvre vers laquelle convergeront les appétits littéraires des générations à venir (si tant est que l’humanité puisse s’envisager un avenir, engagée qu’elle est dans la généralisation des phases de son autodestruction, des actions les plus ordinaires jusqu’aux menaces d’un prochain brasier nucléaire).

Le vieux Lecteur avait déjà rencontré Marie-Hélène Lafon. Quelques romans qui dans un premier temps éveillèrent sa curiosité puis, peu à peu, suscitèrent son enthousiasme. Qu’exprimera-t-il ici, quelques heures après avoir refermé ce qui n’est pas une biographie de Cézanne, ce qui est beaucoup mieux qu’une biographie de Cézanne ? Ce qui est assimilable à la forme la plus intense du bonheur ? Peut-être. Même si, en toute circonstance, il est indispensable de savoir raison garder. Marie-Hélène Lafon lui a offert en moins de 150 pages, un texte dont la beauté formelle n’a d’égal que la luminescente narration de ce que furent les créations laissées par Cézanne aux générations qui lui succéderaient (toujours la question de la transmission). Cézanne, qui naquit à Aix-en-Provence. Une mère aimante. Un père qui eut souhaité que son fils emprunte une voie identique à celle qu’il avait initiée, celle de la Banque. Cézanne fut le Peintre qu’il avait voulu être. Contre l’avis de son père, avec le soutien de sa mère.

« On pense, je pense à ce qui advient parfois dans les sous-bois, au plus secret des enfances et des jardins, sous le dais des troncs souples et dansants ou sur les berges de l’Arc qui coule aux portes d’Aix ; je pense à l’apparition des baigneuses, vastes et blanches, à leur avènement, à leur incarnation. Je pense au corps du jardinier Vallier, un corps fait arbre, un corps usé, tissé de vert et de bleu, un corps tige, herbe, plante, feuillage ; un corps de vent et de lumière, humble et glorieux, un corps paysage. Je pense aux mains du jardinier Vallier comme à des fleurs lasses, écloses sur ses cuisses maigres et abandonnées là, rogues et douces. »

Impossible d’en douter : Marie-Hélène Lafon a longuement observé, étudié, scruté les tableaux de Cézanne. Dont ceux que l’Artiste consacra au jardinier qui entretint les alentours de la demeure aixoise. Des toits rouges sur la mer bleue. L’autre environnement familier au Peintre. Le jardin des Lauves. Tout autant que l’est celui de la Sainte-Victoire si souvent représentée. « Il y a aussi et enfin la Sainte-Victoire, sainte et carabinée, en majesté et en puissance. Sa carcasse immémoriale est antédiluvienne, son échine longue est plissée, ses contreforts trapus. Son mufle, sa croupe, ses flancs, ses plis, ses replis et ses fentes, ses blancs et ses gris épuisent l’horizon. Elle est massive, elle est aérienne, elle est impérieuse et tient le pays d’Aix sous sa coupe. Elle hausse lev ton, elle est en colère, elle n’est pas aimable, ni agreste, ni champêtre, ni pittoresque ; elle est comme elle est, sans ambages, sans chichis ni fioritures… »

Marie-Hélène Lafon réussit ce prodige qui consiste à offrir une représentation de l’œuvre et de son modèle, c’est-à-dire l’art du Peintre de donner à comprendre ce monde au sein duquel vivent les humains. Avec ce rapprochement que le vieux Lecteur juge inéluctable, une autre œuvre magistrale elle aussi celle-là, une œuvre littéraire, qui l’a si profondément marqué, tout autant que Marie-Hélène Lafon : Jean Giono.

Marie-Hélène Lafon qui réalise le prodige de rassembler autour de Cézanne, au-delà de l’homme de Manosque, quelques-uns des plus grands écrivains français.

Le Cézanne de Marie-Hélène accompagnera le vieux Lecteur jusqu’à ces instants où sa conscience s’évaporera.

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