île

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ton cœur a la forme d’une île »

LIMONGI Laure

(Grasset)

 

La Corse. Territoire indéfinissable où le Lecteur naquit une seconde fois il y a bientôt quarante ans. Dans un coin reculé de la Balagne. Au moment où l’Île était en proie à des accès d’une fièvre dont il eut très vite la conviction qu’elle pouvait lui être salutaire. Lui qui avait découvert là-bas la persistance non seulement des formes archaïques du colonialisme franchouillard mais pire encore de leur adaptation aux conditions édictées par un capitalisme à ce point privé d’imagination qu’il n’imposa rien d’autre que l’expansion mortifère de « son » industrie touristique.

Ce que Laure Limongi fait revivre en quelques pages, à savoir les attentats qui constituèrent le mode tonitruant de revendications non seulement liées au désir d’indépendance (ou d’autonomie ?), donc de liberté, mais mieux encore du désir de construire une société qui soit en conformité avec ce qu’est « l’âme » corse, oui, tout cela le Lecteur l’a ressenti au fil de ses séjours, s’en est nourri, et a entretenu en lui l’illusion que les Corses inventeraient un cheminement novateur qui ne soit en rien qu’une pâle copie des modèles d’une modernité qui réduit l’humanité à des fonctions accessoires.

Indéniablement, Laure Limongi a compris cela. Elle est Corse. Mais bien que Corse, elle se sait appartenir à une communauté beaucoup plus vaste, celle d’une Humanité au devenir désormais certain. A travers ses souvenirs, comme dans la tourmente d’un récit fictionnel qui éclaire le passage du militantisme à l’aventurisme, avec ce qu’il faut de rappels historiques, ce livre permet de mieux comprendre ce qu’il advient de l’identité revendiquée, identité multiple que donnent à entendre les quelques interlocuteurs (trices) de l’Auteure.

« Quand on dit qu’on est née en Corse, qu’on y a vécu, bref, qu’on est corse, cela fait toujours rêver les gens. Immédiatement surgissent les images de plage à l’eau transparente, de montagnes majestueuses, de clocher accroché à flanc de colline entouré de maisons en pierre dans lesquelles on s’imagine boire un apéritif forcément local face à un paysage à couper le souffle, sous un ciel exempt de nuages, tout en attaquant distraitement quelques tranches de coppa et de fromage – qui sentent un peu, non ? Le corps se délasse en tranquille expansion, l’air embaume l’immortelle et la nepita, la vie doit passer comme un charme, pense-t-on, en un tel lieu. Vous avez beau poursuivre les présentations – profession, études, passions, éventuelles connaissances communes, que sais-je ? – vous sentez bien que le regard de votre interlocuteur est posé loin derrière vous, dans sa rêverie estivale sur ce coin béni de Méditerranée. Mais l’image d’Epinal jaunit peu à peu sur les bords. Ca, c’est m’envie. Forcément, si vous êtes né là-bas, c’est que votre existence n’est tissée que de moments comme ceux-là. Nulle Parque trimballant sa grisaille, ses hivers rigoureux, ses obligations pénibles, que des Heures douces. Car c’est bien connu, hein, les Corses. »