terminus-berlin

 

 

 

 

 

 

 

 

« Terminus Berlin »

HILSENRATH Edgar

(Le Tripode)

 

Hilsenrath ? Un écrivain allemand peu connu de ce côté-ci du Rhin. Une œuvre dérangeante. Une œuvre irrespectueuse à l’égard des dogmes. Dont ce « Terminus Berlin » constitue l’ultime reflet. L’histoire, résumée à grands traits, de Joseph Leschinsky, dit Lesche. Allemand et juif. Un survivant de l’Holocauste qui, au lendemain de la guerre, s’installa brièvement à Lyon avant de gagner les Etats-Unis. Ecrivain, par vocation. Mais qui, de l’autre côté de l’Atlantique, ne s’est jamais défait de sa langue maternelle, l’allemande. Au point d’écrire toute son œuvre dans cette langue-là, y compris les premiers de ses romains publiés aux USA. Qui entend ne rien perdre de cette langue maternelle et qui donc  s’en revient jusqu’au vieux continent. Installation à Berlin où il part à la quête d’un éditeur. Conditions de vie précaires. Berlin où il noue quelques relations, affectives, sexuelles et culturelles. Le Berlin d‘avant la chute du Mur. La reconnaissance littéraire qui survient mais qui se heurte à de triviales réalités : la haine que lui vouent les néonazis. Pis qu’un rappel des si sombres années de son adolescence.

Un roman d’un genre particulier. Ironique. Drôle. Incisif. Un roman qui s’empare de l’holocauste sans aucun respect pour les convenances. Un rire grinçant. De multiples artifices qui dissimulent les douleurs. Et un regard acerbe sur l’Allemagne des années du retour de son auteur à Berlin.

«  - Moi, je lutte en permanence contre les souvenirs de l’holocauste, mais ils reviennent sans cesse. Singer m’avait dit en guise d’adieu : « Pourquoi les Allemands ont-ils besoin d’un mémorial ? Le pays tout entier est un monument à l’holocauste.

-      C’est ce que vous ressentez aussi ?

- C’est seulement en Allemagne que j’ai vraiment pris conscience que j’étais juif. Je crois que dans aucun autre pays au monde on ne vous le fait aussi nettement sentir.

- Et vous voulez quand même rester en Allemagne ?

- Tout le monde me pose la question. Et ma réponse est toujours la même. Je suis un écrivain allemand et j’ai besoin de la langue allemande. Je ne suis pas revenu pour retrouver les Allemands, mais ma patrie linguistique. »