006465263

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Quinze causeries en Chine »

LE CLEZIO J.M.G.

(Gallimard)

 

La rencontre de l’Ecrivain presque débutant avec la Chine. Une rencontre suivie de tant d’autres pour ce grand voyageur devant lequel s’émerveille depuis plus d’un demi-siècle le Lecteur. Un Lecteur qui voyage donc par procuration. Et qui surtout découvre, grâce à Le Clézio, une culture qui lui, en très grande partie, inconnue.

Quinze causeries. Prononcées d’août 2011 à octobre 2017. Le plus souvent dans des universités. Face à un public d’intellectuels. Un ensemble cohérent dont le centre de gravité se situe dans l’humanisme qui est une constante et donc une exigence dans l’œuvre de Le Clézio. Un compagnonnage d’un demi-siècle dont le Lecteur ne renie rien.

« Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l’on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l’on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néocolonialisme ou l’impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n’auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais c’est on avisé que tous les peuples du monde, où qu’ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique qui permet d’exprimer le monde – capable de dire la science ou d’inventer les mythes. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais évoquer la langue des Indiens Embera de la forêt du Panama, population qui vit isolée et dans de grandes difficultés économiques, mais qui possède, en plus de la langue du quotidien, une langue littéraire permettant de transmettre les mythes. Pourrait-on dire d’un tel peuple qu’il est primitif ? »