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« Tunnel »

YEHOSHUA Avraham B.

(Grasset)

 

Un diagnostic qui s’en vient bouleverser la vie paisible d’un retraité, Zvi Louria : la démence. Quelques trous de mémoire. La rencontre avec un neurologue. Des conseils censés aider le patient à contenir l’évolution de la maladie. Dont la nécessité de demeurer actif. Une nouvelle vie, une vie de mouvement vers laquelle le pousse Dina, son épouse (et médecin pédiatre). C’est elle qui, entre autres, le pousse à reprendre à titre bénévole son travail d’ingénieur spécialisé dans la construction d’infrastructures routières. Ce qui à quoi il consent en dépit de ses réticences initiales. Il va donc accompagner  et conseiller celui qui lui succéda et qui n’est autre que le fils d’un de ses anciens subordonnés.

Ce roman israélien juxtapose deux récits : celui qui évoque le combat contre la maladie et celui qui narre le retour au monde du travail dans un pays obnubilé par la question palestinienne. Avec, en toile de fond, le portrait de la société israélienne. Un roman qui se corse lorsque Zvi et son jeune mentor se lancent dans l’élaboration d’un nouveau projet, une route « secrète » destinée aux militaires, route qui traversera le désert du Néguev. Or, une famille palestinienne, qui ne se réclame d’aucune identité, a trouvé refuge sur une des collines concernée par le projet. Zvi émet alors l’idée, afin de ne point importuner ces réfugiés d’un genre très particulier, de creuser un tunnel. Le type même d’ouvrage d’art dont il s’était fait une spécialité.

Roman fable, roman utopiste qui traite de la réconciliation, du vivre ensemble, donc à contre-courant de l’idéologie dominante et des pratiques politiques bellicistes qui marquent le long règne de Netanyahou. Un livre sur le refus de la résignation, qui parvient de belle manière à mettre l’’accent sur les perversions d’un pouvoir corrompu et sur les effarantes pratiques mises en œuvre par ceux qui lui sont inféodés.

« Des officiers supérieurs, retraités à un âge relativement jeune, ne se contentent pas des pensions confortables que l’appareil militaire leur verse, mais ils sont saisis par la fièvre de gagner, et le plus rapidement possible, un véritable pactole. Ils profitent du savoir-faire accumulé pendant leurs années de service militaire, pas forcément sous le feu du champ de bataille, mais, le plus souvent, en manipulant confortablement des ordinateurs et des systèmes électroniques secrets dans des bunkers protégés . Et pour quelle mission ? S’aboucher avec des marchands douteux, des trafiquants d’armes internationaux qui proposent à des dirigeants tyranniques et corrompus d’accroître leur emprise sur leurs peuples et de réprimer d’une main de far leurs opposants, grâce au savoir-faire et l’expérience militaires israéliens. »