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« Jérôme »

MARTINET Jean-Pierre

(Finitude)

 

Roman de la finitude.  Une (re)lecture programmée. Des souvenirs vieux de près de quarante ans. Donc flous, imprécis, au-delà de ce qui fut sans aucun doute de la jubilation durant les instants si particuliers au cours desquels le Lecteur d’alors s’était persuadé qu’il abordait au génie littéraire. Qu’en reste-t-il quarante ans plus tard ? Un peu moins de certitude(s) et, peut-être, un vague désenchantement. Un choc (littéraire), là encore) amorti. Et un émerveillement constant dans l’approche d’une écriture d’exception. Des réticences, sans aucun doute. Face à un nihilisme qui imprègne la totalité du roman, qui en devient sa substance. Une noirceur, une désespérance de tous les instants. Des tonalités qui vont du noir le plus intense jusqu’au gris le plus sombre. Un roman catafalque. Des interrogations qui restent sans réponse et qui exigeraient donc une troisième rencontre, ce qui est au-dessus des forces du Lecteur. Sur des thèmes imposés dans le courant des années 70 de l’autre siècle. Dont celui de la pédophilie. Quelques phases (phrases) éruptives qui semblent transférer vers l’un ou l’autre des personnages quelques miasmes de l’antisémitisme franchouillard. Sans que cela soit avéré, du moins dans l’esprit du Lecteur.

Mais un texte d’une beauté formelle incomparable. Un texte peuplé de personnages comme il en existe peu dans la littérature française. Dont Jérôme autour duquel gravitent tous les autres. Sa mère en premier lieu. Une lente et inexorable descente aux enfers. Celle de Jérôme comme celle de ceux dont il s’est délivré avec le fallacieux prétexte de se désentraver des contraintes sociales. Donc un élan libertaire. Qui ne débouche sur rien. Ni à Paris où Réside Jérôme, ni même à Saint-Pétersbourg où est censée vivre l’à peine adolescente dont il est épris. Lui, le quasi monstre.

Quoiqu’il en soit, « Jérôme » est une œuvre magistrale révélatrice de l’exceptionnel talent d’un Ecrivain hors normes. Un Ecrivain à la vie si brève

« Plusieurs vies ne me suffiraient pas pour me venger du manque d’amour de mamame, de sa répugnance à mon égard, de sa fourberie, des pièges qu’elle me tendait sans arrêt et que je déjouais immanquablement…. »

Et puis, lors de sa rencontre avec Bérénice ( !), cet étrange et savoureux télescopage avec Aragon, lorsque la vieille prostituée lui suggère la découverte d’un roman : « Bon sang, voilà que je vais me mettre à pleurer, moi, maintenant. Aragon il s’appelle l’auteur. Louis Aragon. Paraît qu’il est coco. Un membre du Parti Communiste français, merde c’est pas rien. Important, on dit. Certains le disent ordure, mais moi je crois pas, on peut pas écrire ça si on l’est. Alors moi je m’incline, pauvre fille, et je dis merci, que ça me fait pleurer ce qu’il écrit pour moi, rien que pour moi, je fais des dévotions pour ce monsieur et je dis pour lui plusieurs vies pour lui. Je vais te dire Jérôme : j’aime bien les communistes. C’est des gens un peu mieux, un peu plus propres que nous, enfin c’est que je crois, moi… »