corse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Une famille corse

1200 ans de solitude »

COLONNA D’ISTRIA Robert

(Plon/Terre Humaine)

 

Voilà une bonne quarantaine d’années que le Lecteur n’avait pas remis le nez dans un ouvrage publié dans la collection « Terre Humaine ». (Il s’était peut-être convaincu qu’elle avait disparu… ?).

Fi des interrogations lorsqu’il découvrit dans l’un ou l’autre des quotidiens (qu’il ne parcourt plus que les jours où ces objets mollassons parfaitement intégrés à l’idéologie dominante publient quelques pages consacrées, entre autres, à la présentation et à la critique des nouveautés littéraires) le titre d’un ouvrage dont il ne pourrait durablement ignorer l’existence. Tant il est attaché à la Corse dont depuis plus de trente ans il s’essaie à décrypter quelques-uns des mystères. Tant il prend plaisir à s’immerger quelques semaines chaque année parmi des gens, des hommes et des femmes de Balagne, qui constituent l’embryon d’un peuple. Un peuple qui s’essaie à survivre en tant que tel, à prolonger l’écriture d’une histoire que le colonisateur avait prétendu intégrer à celle de la France au lendemain de la conquête voilà deux cent cinquante ans.

Le Lecteur s’est plu à parcourir cet ouvrage. Lequel ouvrage n’écrit pas l’histoire de l’Île, mais s’empare de quelques moments de cette histoire pour raconter la naissance puis l’émergence d’une famille, celle des Colonna d’Istria. Douze siècles. Douze cent ans de solitude (un clin d’œil amusé à Garcia Marquez). Tumultueuse, cette histoire-là. Marginalement sanguinaire. Marquée par les éparpillements vers tous les continents (y compris jusqu’à la terre natale du Lecteur ! - une terre, elle, qui n’est pas un continent, mais qui présente ici ou là de stupéfiantes ressemblances avec la Corse, tant dans les paysages forestiers que dans le caractère des humains qui habitent l’un et l’autre des deux territoires -.)

Un livre utile. Pour qui ressent l’envie (la nécessité ?) d’aller toujours un peu plus loin dans la connaissance de la Corse. Un livre dont le contenu peut parfois surprendre, voire même choquer. Un livre qui, parfois, a dérangé le Lecteur. Mais un livre qui lui est cher puisqu’il fait vibrer l’âme de peuple dont bon nombre de celles et ceux qui le constituent en ignorent la beauté et la grandeur.

« Immense, offert aux éléments, vide, le pays exerce facilement son magnétisme sur ceux qui le visitent. Sur les montagnes battues par les vents, glacées l’hiver ou brûlées de soleil l’été, où nos ancêtres avaient accroché fortins et forteresses, on a parfois l’impression d’un royaume de nulle part. Désert. Inhabitable – mais les esprits ne sont pas loin. Aride. Fascinant et austère. Familier, toujours étrange. Comme si les terres où se situe notre histoire étaient en permanence pleines des âmes – vivantes – des ancêtres morts, et de tous ceux qui y ont vécu, peiné, sué. Ou des âmes de tous ceux qui ne sont pas nés, auraient pu naître. Pays des âmes mortes. Vertige. »