9782081376335

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Amère libération »

PATRIARCA Eliane

(Arthaud)

 

Le vieux Lecteur avait lu voilà fort longtemps le roman de Moravia « La Ciociara ». Il avait même vu le film de De Sica, film adapté de ce roman, mais beaucoup moins explicite que lui, plus conforme, plus consensuel. L’histoire non seulement des combats autour de Monte Cassino, combats dont les acteurs déterminants furent des goumiers marocains, mais aussi des exactions et surtout des crimes commis par ces derniers à l’encontre des populations civiles. Dont de très nombreux viols perpétrés  sur des femmes de tout âge, mais aussi sur des enfants et des hommes. Crimes absouts par les autorités françaises et, en tout premier lieu, par le général Juin qui commandait alors le corps d’armée, participant aux côtés des américains et des britanniques, à la reconquête de l’Italie (et à l’anéantissement du fascisme).

C’est en 2015 qu’Eliane Patriarca est partie enquêter en Cioceria sur les survivantes (et les survivants) de ces crimes dont les auteurs, bien que marocains d’origine, appartenaient à des troupes censées libérer l’Italie et agissant sous l’autorité d’officiers français. Alors que les victimes ont atteint ou dépassé le cap des 80 ans (si elles ont eu la chance d’éviter les multiples pièges tendus par la camarde). Alors que les mémoires ont enfoui les atroces souvenirs dans les recoins les plus obscurs. Et que l’Histoire s’écrit de telle manière qu’il semble malséant de porter ombrage à la gloire des libérateurs (qui furent donc les vainqueurs). Eliane Patriarca dont les racines familiales plongent dans les terres déshéritées qui furent le théâtre de ce drame a rencontré quelques-uns de ceux qui refusent que celui-ci soit définitivement plongé dans l’oubli. Son livre, en France, pour nécessaire qu’il soit, est-il en mesure de réveiller les consciences ? Le Lecteur en doute. L’ancienne journaliste de Libération s’appesantit sur les auteurs des crimes. Le vieux Lecteur, lui, fut quelque peu surpris par ce qu’il estime s’apparenter à une tentative de dédouanement des responsabilités du général Juin et de ses officiers. Comme si les plus « nobles » des militaires français disposaient du droit post-mortem d’échapper au jugement de l’Histoire.