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« Tumulte »

ENZENSBERGER Hans Magnus

(Gallimard)

 

De l’Union Soviétique à Cuba, avec la République fédérale allemande en toile de fond. Le parcours d’un homme engagé. Côté gauche et libertaire. Un parcours revisité. La mémoire qui reconstruit ce qui fut : les voyages, les invitations, les rencontres. Khrouchtchev. Castro. Entre autres. Soixante ou cinquante ans plus tard, se donner le beau rôle, s’innocenter peut-être. Non seulement d’une relative compromission avec les Puissances « révolutionnaires » d’alors, mais aussi d’un certain aveuglement à l’égard des actions des mouvements anarchistes allemands et de leurs errances. Puisqu’il s’agit d’un bouquin qui se lit aussi entre les lignes. Tout au moins pour celles et ceux qui traversèrent ces années-là.

Le piège de l’auto-absolution ne s’est toutefois pas refermé sur Enzensberger. L’Ecrivain se livre, dans la seconde partie de l’ouvrage, à un passionnant exercice d’équilibrisme via le dialogue qui s’instaure entre celui qui fut et celui qui solde ses comptes.  Un dialogue au cours duquel chacun campe sur ses positions.

« Je ne suis pas ton petit. J’avais trente-huit ans quand tout cela a commencé, j’étais beaucoup trop vieux pour ce qui s’est appelé le mouvement étudiant, l’opposition extra-parlementaire et tout ça. L’université n’a jamais été mon terrain. Je n’avais rien à y faire. Je trouvais que les professeurs, et leurs élèves eux-mêmes, n’avaient pas à se dépatouiller avec leurs querelles de carrière, leurs instances tripartites et leurs contrôles continus.

Mais ce qui me plaisait, c’était l’ébranlement de l’ordre allemand. C’était à la fois urgent et irrépressible. Pour moi, c’était la principale attraction. Antiautoritaire – tel était le slogan. Cela ne me gênait pas de risquer moi-même de devenir une espèce d’autorité, encore que contre ma volonté et en miniature… »

Les contradictions sont bien souvent difficiles à « dépasser ».