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« Les rêveuses »

VERGER Frédéric

(Gallimard)

 

Le Lecteur reste sur une impression semblable à celle qui fut sienne  au terme de sa rencontre avec « Arden », le tout premier roman de Frédéric Verger. Une vraie écriture. Un vrai sens du récit. Une œuvre dont il est légitime de penser qu’elle se construit. De belles pages qui lui firent penser à Dhôtel, celles que le jeune Ecrivain consacre à la description du pays dans lequel vont évoluer ses personnages. Un pays imaginaire (le pays de Bray), mais si ressemblant à ceux de l’Argonne ou du val de Moselle. Dans un contexte quasiment similaire à celui de « Arden » : l’écroulement de la France en 1940, l’Occupation par les armées allemandes, la survie.

(« Entre les troncs Peter voyait parfois des lambeaux du ciel. A chaque nouvelle trouée, il devenait plus lumineux et tout à coup il aperçut au loin l’horizon baigné d’une lueur écarlate qui semblait monter d’un immense incendie paisible. Là-bas, les troncs, les branches étaient liserés de carmin d’une façon si délicate qu’elle en devenait déchirante. Ces arbres lointains paraissaient plus proches que les grandes ombres noires dont les rameaux frôlaient leurs uniformes. »)

Donc Peter, jeune allemand engagé dans les troupes françaises et qui, avant d’être fait prisonnier, prend l’identité d’un soldat mort. Une usurpation dont les conséquences vont s’avérer pleines d’incertitudes. Les vainqueurs le libèrent et le renvoient dans « sa » famille. Une famille qu’il ne connait évidemment pas, une famille qui ne le reconnaîtra pas. Dans un pays qui lui est étranger. Mais dans un contexte où il est nécessaire de tout tenter pour assurer cette survie. Soit donc une dramaturgie qui confère au roman une puissance rare dans les « belles » lettres franchouillardes. En dépit des rares réticences du Lecteur.