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« Retourner dans l’obscure vallée »

GAMBOA Santiago

(Métailié)

 

« Si l’Europe était K-O, l’Afrique se consumait dans la crise humanitaire et la pauvreté, le Moyen-Orient flambait dans les guerres islamiques, le Caucase et l’Ukraine continuaient d’affronter la Russie néotsariste de Poutine, et des pays latino-américains comme le Venezuela, le Mexique ou l’Argentine avaient de graves problèmes, la Colombie, en revanche, était la lumière au bout du tunnel. Avec la conclusion du processus de paix, c’était une des rares zones du monde dotée d’un projet qui, peu à peu, devait se réaliser. »

Voilà pour le contexte. Celui dans lequel survivent quelques exilés colombiens installés en cette vieille Europe chancelante, des exilés qui n’en ont pas tout-à-fait fini avec la guerre qui embrasa leur pays, dont ils furent des victimes ou des acteurs. Donc solder, si possible, des comptes. Entre paramilitaires, guérilleros et trafiquants de drogues. A la marge du processus de paix qui est bien loin de déboucher sur le renouvellement politique promis au peuple colombien. Avec, et pour compagnon d’infortune, Arthur Rimbaud.

(Voilà qu’Arthur croise une fois encore la route littéraire qu’emprunte depuis tant (trop ?) d’années le Lecteur. Une biographie qu’écrit le Consul. Une biographie qui n’omet pas le père d’Arthur. Donc une nouvelle rencontre, avec un autre regard, celui de l’Exilé, le Consul, homme apparemment raisonnable, fin lettré. De rapides détours par Charleville. Une boucle qui se referme ?)

Oui, le Consul, que rien ne prédisposait a priori à l’accomplissement d’un sordide et sanglant règlement de compte. Mais aussi Juana, la femme « engagée » qu’il avait rencontrée en d’autres circonstances et qui le prie instamment de le rejoindre à Madrid (alors qu’il séjourne à Rome). Et puis Manuela, la jeune femme, poète en son pays mais spoliée par celle qui fut son amie/amante, Manuela qui en Colombie avait vécu l’abomination.

Et les hommes ? Peu ragoûtants. En particulier Palacios, l’ancien paramilitaire, en quête d’une rédemption. Et Tertuliano, le fils de Bergoglio, populiste notoire ; (Eh oui ! Bergoglio, le jésuite d’origine italienne, évêque argentin, mêlé à d’étranges négociations avec des révolutionnaires (les Montoneros), qui succomba au pêché de chair bien avant d’atteindre à certaines fonctions qui l’installèrent de longues années plus tard à Rome).

 Un roman foisonnant. Un roman passionnant. Un roman « dérangeant ». Un grand souffle venu de Colombie et qui rend ses lettres de noblesse à la Littérature. Celui qui accorde un sursis au vieux Lecteur.