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« L’obscure clarté de l’air »

VANN David

(Gallmeister)

 

David Vann s’en vient aborder aux rivages méditerranéens, a priori si éloignés de ceux de l’Alaska qui lui sont familiers et qui lui servirent de cadre pour ses premiers romans. Une rupture ou un ancrage à des thématiques qui parcourent l’œuvre de cet écrivain américain ?  Le Lecteur penche pour la seconde hypothèse. Avec prudence. Puisqu’il lui semble qu’en revisitant le mythe de Médée, David Vann, avec cet si singulier qui est sien de traiter de la violence, tente de décrypter les crises que traversent les sociétés occidentales (et en tout premier lieu la société américaine).

Donc Médée. Comme un concentré de tout ce que mettent en exergue ces crises. « Massacrer son frère, détruire son père. Ce sont les actes d’un dieu, des actes qui inspirent la peur et qui forgent le mythe. Les dieux accomplissent ce qui ne peut être accompli. Et une femme peut aisément devenir un dieu puisqu’elle n’a le droit de rien faire. » Ses combats dans un monde d’une infinie cruauté. Jusqu’à la phase ultime, conforme au récit mythologique. « Médée ferme les yeux, garde les lèvres sur sa peau et tombe plus près, plus près encore, sa jambe sur son cadet, tous les trois seuls au milieu du néant. On ne les lui arrachera pas, la chair de sa chair, le seul royaume qu’elle possède. Elle les mènera à travers la nature sauvage, elle traversera ce désert jusqu’à ce qu’ils trouvent un endroit où commencer une nouvelle vie. Jason y sera-t-il, elle l’ignore. Malhonnête, traître, ni père ni époux. »

Jason n’y sera pas. Le roman se clôt sur la tragédie. David Vann, lui non plus, ne concède aucune rémission à Médée.