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« Les fantômes du vieux pays »

HILL Nathan

(Gallimard)

 

Un possible candidat à l’élection présidentielle américaine. Le gouverneur Parker. Une sorte de Trump. Qui, dans un jardin public, se reçoit une volée de gravillons. L’auteur de « l’attentat » ? Une femme a priori paisible. La machinerie médiatique, au service des Puissants, s’emballe. D’autant que les « fouille-merde » découvrent (ou inventent ?) un passé gauchisant à la probable « terroriste ». Une photo datant de 1968 semble en témoigner.

Impossible de résumer en quelques lignes ce foisonnant et monumental roman d’un peu plus de 700 pages. Un roman qu’il serait pourtant malencontreux d’ignorer tant il éclaire avec pertinence –telle est du moins l’opinion du Lecteur – les cinquante dernières années de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Mieux encore,  ce roman-là se tient à distance de la mythologie, donc de cette sorte de religiosité qui conduit à croire aveuglément au modèle américain. Nathan Hill fait vivre à travers ses personnages ce qui reflète la diversité des réalités, lesquelles mettent en exergue les contradictions d’une société qui se tient si souvent en marge des valeurs qu’elle prétend incarner. Le personnage du vieux juge qui enquête sur les agissements de la prétendue « terroriste » est à lui seul le symbole de l’achèvement du rêve américain. Ancien flic et violeur, il endosse les ambigüités d’une morale publique capable de s’accommoder pour les plus puissants de toutes les turpitudes.

Voilà donc une œuvre en marge du système. Une œuvre d’une force et d’une intensité exceptionnelles, en dépit de quelques longueurs et de brèves périodes d’essoufflement (à moins quez ce ne soit le Lecteur lui-même qui ne se soit personnellement essoufflé en essayant de suivre le rythme que lui imposa l’Ecrivain). Une belle et donc rassurante découverte littéraire qui mérite infiniment plus qu’un succès d’estime.

Un Ecrivain qui n’est point dupe. Ni à l’égard de lui-même. Ni à l’égard de ceux qui prirent le pari de l’éditer. « L’erreur que font les gens qui travaillent dans l’édition, c’est de penser que leur travail consiste à concevoir de bons contenants. Quelqu’un qui dit qu’il travaille dans l’édition, c’est comme un vigneron qui dirait qu’il fabrique des bouteilles. Ce qu’on crée en réalité, c’est de la valeur. Le livre, c’est juste l’une des formes sous lesquelles se présente cette valeur, une échelle, un emprunt. »