9782743641214

 

 

 

 

 

 

 

 

« Paris-Austerlitz »

CHIRBES Rafael

(Rivages)

 

Douloureux roman sur la mort. Une mort que préparent et accompagnent des errances nocturnes qui rapprochent et éloignent tout à la fois, au cours des années quatre-vingt-dix, les deux amants. Donc l’amour comme instrument de la mort, le SIDA puisqu’il faut bien nommer le mal par sa dénomination officielle. Deux hommes. Un ouvrier d’âge mûr, vivant modestement, dans une quasi solitude que ne rompt que d’épisodiques rencontres. Un jeune artiste, issu d’une famille de la bourgeoisie madrilène et qui s’en est venu découvrir une autre vie à Paris. Leur improbable rencontre. Les moments si particuliers de leur si court temps de vie commune. L’évidence de ce qui les sépare en raison de leurs origines sociales respectives, en dépit d’un réel attachement. La fuite du plus jeune, le Narrateur, au plutôt un rapide retour au bercail pour une première affaire de deuil. Puis des retrouvailles, le Narrateur se tenant désormais à distance de l’ouvrier. Et enfin, l’irruption de la maladie, la lente et si douloureuse agonie, les mots qui s’échangent, les mots qui trahissent un infini désespoir, qui s’amalgament, avant même que ne survienne la mort, dans ce qui ressemble à une messe de Requiem.

Le Lecteur n’avait à ce jour abordé qu’à un seul des romans de Rafael Chirbes traduits et publiés en France. Ce récit autobiographique vient en partie éclairer une découverte qui remonte à deux ou trois ans. Tout en se suffisant à lui-même. D’une beauté poignante. Sans esthétisme superflu. Un très grand texte sur les thèmes de l’amour et de la mort, Eros et Thanatos revisités par un très grand écrivain.

« La jalousie et l’alcool l’avaient déséquilibré. Plus que de son père, et de ce que sa mère pensait de lui, j’eus l’impression que Michel me parlait de lui-même. L’alcool et la jalousie. Ce jour-là, nous avions eu une scène. En sortant de mon travail, je le surpris qui rôdait, ivre, avenue Montaigne, où se trouvait mon bureau. Il me surveillait. Ca faisait à peine un mois que nous avions décidé de nous séparer, et je crois qu’il aurait aimé découvrir que je le quittais parce que j’avais un autre amant, me reprocher, comme il le fit si souvent pendant cette période, de me débarrasser de luin puisque je n’avais plus besoin de lui vu que j’avais de l’argent et du boulot : le jeune clochard rejoint les hautes sphères qu’il a quittées pour ses vacances… »