G00025

 

 

 

 

 

 

 

 

« Dans une coque de noix »

McEWAN Ian

(Gallimard)

 

Un véritable régal ! Une drôlerie de tous les instants. Sans doute – du moins le Lecteur ose-t-il formuler l’hypothèse – le meilleur de l’humour britannique. Une histoire « abracadabradantesque » narrée par le fœtus arrivé, de peu s’en faut, au terme de sa vie utérine. Un fœtus qui va « subir » la rupture entre ses père et mère. Une rupture concoctée par la bientôt maman, avec la complicité du frère de son bientôt ex-mari (et qui n’est autre que son amant). L’art de se débarrasser du cocu si gênant. Une mise en scène convenue mais qui dérape. Le tout offrant un tableau désopilant de la société anglaise contemporaine. Un roman tout en finesse, en subtilité(s).

« … Emmenez-moi avec vous, lâchez du lest. Donnez-moi ma chance, ma vie d’après, le paradis sur terre, et même un enfer, un treizième étage. Je suis de taille. Je crois en la vie après la naissance, même si je sais qu’il est difficile de séparer les espoirs des faits . Je me contenterai d’un peu moins que l’éternité. Soixante-dix ans ? Emballé, c’est pesé. Je suis preneur. Quant à l’espoir ; j’ai entendu beaucoup de choses sur les récents massacres au nom d’une vie rêvée dans l’au-delà. Chaos dans ce monde, béatitude dans le suivant. Des jeunes gens avec une barbe toute neuve, une peau magnifique et des armes de guerre sur le boulevard Voltaire, qui regardaient droit dans les yeux magnifiques, incrédules, d’autres jeunes de la même génération. Ce n’est pas la haine qui a tué les innocents, mais la foi, ce fantôme insatiable encore vénéré, même dans les quartiers les plus paisibles. Il y a longtemps, quelqu’un a présenté une certitude sans fondement comme une vertu. Aujourd’hui, les gens les plus civilisés se reconnaissent en elle. J’ai entendu à la radio leurs messes du dimanche retransmises depuis l’enceinte d’une cathédrale. Ensemble, les spectres les plus vertueux de l’Europe – les religions et, quand elles faiblissent, les utopies athées, eu nom du progrès scientifique – ont mis la terre à feu et à sang du X) au XX° siècle. Ils sont de retour, ressuscités en Orient, menant leur quête millénariste, apprenant aux petits enfants à trancher la gorge des ours en peluche. Et maintenant me voici, avec ma foi, faite maison, en une vie après la naissance. Elle est plus qu’une émission de radio, je le sais. Les voix que j’entends ne sont pas, ou du moins pas seulement, dans ma tête. Je pense que mon heure viendra. Moi aussi, je suis vertueux. »