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« Indocile »

BICHET Yves

(Mercure de France)

 

1961. Les derniers soubresauts de la Guerre d’Algérie. Une guerre à laquelle Théo ne veut pas prendre part. Lui qui assiste son ami Antoine, enclos dans un coma dans un hôpital militaire. Antoine auquel le lie une longue amitié, Antoine victime de cette guerre dans des circonstances non élucidées. Théo, fils d’un ouvrier du livre, donc d’un syndicaliste. Théo qui rêve de devenir professeur d’éducation physique. Théo qui va vivre un flamboyant amour avec une jeune fille entraperçue, la première fois, depuis la fenêtre de la chambre d’Antoine, à l’hôpital militaire. Théo qui n’est pas réformé. Théo qui fuit, déserteur, insoumis, vers la Suisse. Théo qui hésite, qui s’en revient, puis vit une fulgurante aventure avec la mère d’Antoine, veuve d’un ancien officier de l’armée française. Et Théo encore qui n’a de cesse de retrouver Mila, la jeune fille entraperçue depuis la chambre de l’hôpital. Mais la guerre le poursuit. Fuir une fois encore, avec ce que cela implique. Avant l’emprisonnement, la solitude. Non sans avoir découvert au préalable qu’il existait les territoires secrets de la solidarité. Le douloureux passage à l’âge d’homme.

« Il n’a pas l’âme d’un chasseur, voudrait seulement comprendre les événements auxquels il est mêlé, qui s’accélèrent et dont il ignore tout. Il en a assez de cette traque. Allez, écartez-vous. Je vous vois à peine. Vous ressemblez à des nuages. Soldats ou résistants, vous errez tous comme des fantômes dans ce monde bizarre, vous m’enveloppez de brume. La brume pique les yeux. Vous êtes comme des enfants qui claquent des dents et qui attendent de se mettre en marche. L’ordre de partir ne vient pas. La brume nous enveloppe tous. Bougez, bougez ! Ne me regardez pas comme ça… »

1961. Théo avait alors l’âge qui était aussi celui du Lecteur. Au-delà des indéniables qualités littéraires de ce roman-ci, c’est donc tout un long moment de sa jeunesse que ce Lecteur a de nouveau parcouru. Avec toutes les souffrances afférentes, et tout ce qui resurgit de la mémoire. Cris de rage, cris de colère, non contenus, tant il est vrai que tout au long de son existence de Lecteur, les guerres ont succédé aux guerres.