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« Nos années rouges »

STEFANINI Anne-Sophie

(Gallimard)

 

Illustration de la difficulté d’utiliser à des fins littéraires un moment de l’Histoire. En l’occurrence, la période qui suivit la fin de la Guerre d’Algérie, celle qui vivaient des françaises et des français qui avaient milité contre cette guerre : tenter l’aventure d’œuvrer au service de la jeune nation algérienne. Alors que l’Etat algérien, lui, se construisait dans les conditions particulières d’une période où les enjeux internationaux déterminaient les comportements de ceux que la Révolution avait conduit à l’exercice du pouvoir.

Catherine est communiste, mais aussi fille d’un militant communiste. En septembre 1962, elle s’installe à Alger et se voit chargée d’enseigner la littérature française dans un lycée de jeunes filles. Idéalisme. Naïveté. Son parcours est semé d’embûches, même si son père l’a mise en relation avec un de ses vieux camarades algériens. L’enfermement dans une communauté d’expatriés. Le désir de reproduire à l’identique ce que furent les vieux mythes révolutionnaires. Et puis l’éviction de Ben Bella, la prise du pouvoir par Boumediene.

Et c’est là qu’aux yeux du Lecteur le roman dérape. En dépit de la mise en garde que semble s’adresser l’Auteure. « Est-ce que j’étais aveugle ? Est-ce que je mentais ? Etions-nous si heureux ? Pourtant je n’invente pas… Une guerre s’achevait, il y avait encore des morts. Les journaux évoquaient des clans, des règlements de comptes. Mais ce n’était pas suffisant pour que je sente le danger… » Or, un demi-siècle plus tard, il y a grand danger de ne voir dans la prise du pouvoir par un jeune colonel issu de l’ALN qu’une banale affaire de lutte de clans et de règlements de compte dont de gentils « coopérants » auraient à faire les frais (Catherine, la narratrice, fut embastillée et « interrogée » par les gens du « clan » Boumediene).  Une vision déformée, qui ignore les contradictions fondamentales et qui accorde le beau rôle à celles et ceux qui, venus de l’extérieur, portaient en eux l’illusion d’être les seuls vrais porteurs de l’authenticité révolutionnaire.