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« Obock »

SALGON Jean-Jacques

(Verdier)

 

Arthur, le carolopolitain et Paul, le nîmois. Rimbaud et Soleillet, leur possible ou peut-être improbable rencontre à Obock, un port situé au débouché de la Mer Rouge, dans le Golfe d’Aden (encore qu’Arthur ait fait mention de Paul dans l’une des brèves missives qu’il adressa depuis Aden à sa famille) . Un morceau de l’histoire du colonialisme franchouillard, là où l’ardennais et le gardois pataugeaient, chacun de son côté, dans de peu ragoutantes affaires de ventes d’armes (depuis lors un certain breton prétendument socialiste a fait beaucoup mieux !). A l’aube de ce 20° siècle qui collectionna un nombre incalculable de guerres, qui empila des montagnes de cadavres. Jean-Jacques Salgon se lança à son tour, à l’aube du 21° siècle sur la trace des deux trafiquants dont un cliché récemment retrouvé semblerait attester de la réalité de leur rencontre.

Le Lecteur fut irrité. Terriblement irrité. Non par la narration de cette quête ni par le récit du voyage de l’Auteur sur ces terres où la présence française résulte, aujourd’hui encore, du désir d’entretenir l’archaïque tradition colonialiste. Son irritation provient de la brève évocation que fit, à trente ans de distance, Jean-Jacques Salgon de ses deux courts séjours  à Charleville qui est la ville natale d’Arthur Rimbaud (mais qui est aussi celle de l’enfance et de l’adolescence du Lecteur). Lequel Jean-Jacques Salgon se contente de reproduire benoîtement les clichés qu’un languedocien transporte dans sa musette dès lors qu’il s’agit de moquer la cité  qu’avait fit ériger, au début du 17° siècle, un certain Charles de Gonzague.

«  (Arthur) m’attendait ici, comme il avait attendu avant moi Breton, Ginsberg, Alain Borer, Patti Smith et tant d’autres, mais pour moi, plutôt qu’un pèlerinage, il s’agissait de retrouvailles puisque j’étais déjà venu à l’automne de 1971, et c’était, aujourd’hui comme jadis, un dimanche froid et humide, noyé dans la grisaille et l’ennui dominical… »

Je doute qu’Arthur ait attendu Jean-Jacques Salgon. Même si Jean-Jacques Salgon a scribouillé deux ou trois phrases censées évoquer ce square de la gare, autrefois « place taillée en mesquines pelouses/Square où tout est correct, les arbres et les fleurs/Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs/Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses ? »

Jean-Jacques Salgon n’a-t-il donc pas observé le ciel d’Ardenne, n’en a-t-il pas perçu les nuances, celles de l’automne en 1971 qu’exaltaient très probablement  les flamboiements des lambeaux des forêts si proches de la ville qu’ils semblaient faire corps avec elle ? Celles de l’hiver de son dernier et si bref séjour, sans aucun doute froides et humides, mais qui autorisent de tranquilles errances de la place Ducale jusqu’au Mont Olympe en passant par le Vieux Moulin (là où le Lecteur fut autrefois initié au solfège) ?

A la décharge de Jean-Jacques Salgon, ce même Lecteur lui concède, à cet inconséquent gardois, qu’il ne lui est évidemment point de fantôme dont la rencontre en cette étrange cité fut en mesure de le réintroduire dans l’univers d’une jeunesse allée. Ni celui de l’Arthur qui voilà soixante ans se lisait encore dans le texte dès lors que l’on bénéficiait des soutiens nécessaires à l’introduction dans le temple. Ni celui d’une lumineuse adolescente dont les parents tenaient librairie et papeterie à deux pas de la place Ducale, une boutique que le jeune Lecteur fréquenta plus qu’il n’était justifié en ces années de ses humanités.  Le vieux Lecteur est désormais ce voyageur immobile qui remercie toutefois Jean-Jacques Salgon pour l’escapade à laquelle il le convia en République de Djibouti.