9782714470768

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Treize façons de voir »
McCANN Colum

(Belfond)

 

Un ancien magistrat. Retraité. Un vieil homme à bout de souffle, le corps usé, qui l’indispose. Les reflets de lui-même qu’il fuit. Replié dans son appartement, à New-York. Sous la garde vigilante d’une duègne d’origine portoricaine, Sally. Loin de ses enfants. Veuf, mais entretenant en permanence le souvenir d’Eileen qui fut donc son épouse. Peter Mendelssohn qui attend, qui observe l’irruption de la mort. Peter Mendelssohn qui ne sort de son antre que pour se rendre au restaurant dont il rapportera quelques reliefs de son déjeuner destinés à sa duègne.

Il neige sur New-York le jour où, pour la dernière fois, il se rend dans l’établissement où il a ses habitudes. A petits pas comptés. S’interrogeant sur ce qu’il adviendra du rendez-vous avec Elliot, son fils, établi dans un univers si différent de celui qui fut le sien, celui du juriste honnête et consciencieux. Il neige sur New-York. Une vie atteint à son terme. La mort surviendra dans des circonstances quasiment ordinaires, dans cette ville où la violence est un phénomène lui-même ordinaire.

La vieillesse et le délabrement physique qui l’accompagne. La violence, composante nécessaire de la vie de la société que décrit McCann. Les deux composantes s’entremêlent et confèrent au roman une vibration que l’Ecrivain a poursuivi dans les quatre courtes nouvelles qui n’en constituent pas une conclusion mais un prolongement.

« Et pourquoi les personnages foisonnent-ils dans le passé lointain, alors que le présent est si plat, si soumis ? Faulkner ne disait-il pas que le passé ne meurt jamais, n’est même jamais passé ? Drôle de chose que le présent de l’indicatif. N’existe pas à proprement parler. A peine en sommes-nous conscients qu’il s’absente, disparaît. Alors nous résidons continuellement dans le passé, quand bien même nous rêvons l’avenir. Ca devait être le thème d’un sonnet de Shakespeare – je les ai presque tous oubliés – les vagues se jettent sur les galets de la plage, nos minutes se précipitent vers leur fin, notre labeur secret. »