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« Maintenant »

Comité Invisible

(La Fabrique)

 

Le (vieux) Lecteur n’est pas à la recherche de l’Evangile qui lui indiquerait les nouvelles voies possibles de la révolution. Nul besoin pour lui de disposer de l’antépénultième vérité susceptible de conférer de rutilantes couleurs au temps somme toute mesuré qu’il lui reste à vivre. Il a donc plutôt bien apprécié la profession de foi formulée par le Comité Invisible. « Dans ce qui suit, nous ne prétendons ben aucun cas dire « la vérité », mais la perception que nous avons du monde, ce à quoi nous tenons, ce qui nous tient debout et vivants. Il faut tordre le cou au sens commun : les vérités sont multiples, mais le mensonge est un, car il est universellement ligué contre la moindre petite vérité qui fait surface. »

Donc point de vérité(s). Une analyse plutôt pertinente de la crise gravissime qui affecte l’ensemble des sociétés. Le dépérissement des vieux états/nations. « Plus ce monde prétend à l’unification, plus il se fragmente. » Ce que le (vieux) Lecteur ne conteste pas. Pas plus qu’il ne conteste les analyses sur la lente et irrémédiable agonie du « politique », sur l’achèvement de le démocratie représentative. « La politique rend vide et avide. » Certes. Mais encore ? « Il n’y a de véritablement politique que ce qui surgit de la vie et fait d’elle une réalité déterminée, orientée. Et cela naît du proche et non de la projection vers le lointain. »

C’est peut-être sur ce goût immodéré de la formule que le Lecteur a achoppé. C’est peut-être à travers les incertaines certitudes qu’ont émergé ses réticences ou, à tout le moins, son incrédulité. Formé à la vieille école du marxisme, il peine aujourd’hui à croire que du passé il serait urgent de faire table rase. Tant il lui paraît évident (encore a-t-il appris à se méfier des évidences) que le monde dans lequel il survit est le théâtre du triomphe des Dominants sur les Dominés, et que les damnés de la terre ne disposent plus des armes collectives susceptibles de les aider à inverser le rapport des forces. Suffirait-il de décréter la « destitution du monde » pour qu’émerge enfin, sous des formes éparses, un communisme au visage humain qui soit en mesure d’offrir les alternatives multiples à l’unification mise en œuvre par les Dominants ?

Ce « Maintenant » est à lire. Parce qu’il contraint à la réflexion. Parce qu’il aide à se délivrer de schémas très probablement archaïques. Mais il lui manque, telle est du moins l’opinion du (vieux) Lecteur, une approche de l’état réel des conséquences de la violente guerre idéologique conduite depuis plus de trente ans par ceux que l’on appelle les néolibéraux. Oui, « la question du communisme reste le cœur de l’époque. ». Mais il est trop facile, trop évident d’affirmer : Il n’y a plus nulle part de place pour l’innocence en ce monde. Nous n’avons que le choix entre deux crimes : celui d’y participer et celui de le déserter afin de l’abattre. » C’est en effet oublier un peu trop vite la multitude des chaînes imposées aux damnés de la terre par ces néolibéraux, chaînes qui leur interdisent le mouvement, donc la reconnaissance de leur état.