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« La lumière parfaite »

FOIS Marcello

(Seuil)

 

« Franchir la mer n’avait pas sauvé Gavino. Son frère Luigi Ippolito, en revanche, s’était sauvé en se portant volontaire pour la guerre. Pour lui, la littérature valait plus que la vie. Il était de ceux qui pensent qu’il suffit de raconter les choses pour qu’elles deviennent vraies. Il croyait au souffle biblique qui rend charnelles les paroles. Aussi s’était-il engagé à écrire une histoire pleine de fantaisie racontant les origines de la lignée des Chironi, qui n’avait pas d’origines… »

Marcello Fois. La Sardaigne. Marcello Fois qui très certainement pense qu’il suffit de raconter les choses pour qu’elles deviennent vraies. Deux amis, deux presque frères. Au début des années 80. En ces temps particulièrement violents de l’histoire de l’Italie. Cristian et Domenico qui, de l’enfance à l’âge d’homme, toujours ont tout partagé. Cristian Chironi et Domenico Guiso. Deux familles associées au cours des bouleversements qui marquent l’entrée de la Sardaigne dans une apparente modernité. Les grands projets immobiliers. La spéculation. Les scandales financiers.

Cristian et Domenico. Tous deux épris de Maddalena. Protégés l’un et l’autre par Marianna, l’aïeule. L’imbroglio. Les possibles trahisons. Dans ce contexte si particulier. Une tragédie qui s’arrime à Shakespeare et à son « Henri IV », la pièce qu’étudièrent et que jouèrent les deux garçons lorsqu’ils étaient lycéens. De qui est l’enfant que porte Maddalena ? Qui épousera-t-elle ?

Le Lecteur n’éprouva cette fois aucune réticence. Peut-être même s’enthousiasma-t-il lorsqu’il se laissa porter par quelques-uns des rebondissements d’une histoire riche de nuances et épuré de tout manichéisme ? Il précise cela en raison des réticences qui furent siennes lorsqu’il découvrit « La lignée du forgeron », voilà cinq ou six ans.

« La cuisine avait été vidée, la cheminée nettoyée. Restaient encore sur les murs les traces des meubles et des placards, comme des empreintes vides de corps autrefois vivants. Plus loin, après le couloir, restaient les chambres à coucher fermées, jusqu’à l’escalier qui conduisait aux chambres d’en haut. Le modeste sommet de la première rampe était un palier de un mètre cinquante sur un mètre cinquante. Là, dans un coin, avait été abandonné un marteau de forgeron, avec son manche en bois tellement sec qu’il ressemblait à un cordage ou à un gros boyau desséché. Et sur ce manche apprivoisé par l’étreinte d’une main solide et tendre se reflétait une écume de lumière venant du couloir supérieur, peut-être le volet d’une fenêtre qui avait été laissé ouvert. Il suffit de cette présence lumineuse qui, de fait, était une absence, pour le retenir d’entreprendre la montée. Parce que des millénaires plus tôt, dans l’inconsistance très dense de l’enfance, derrière le coude étroit, Cristian se tenait coi pour surprendre Domenico au moment où il tournait suer le palier pour passer de de la première à la seconde rampe. »