Chair-HD

 

 

 

 

 

 

 

 

« La chair »

MONTERO Rosa

(Métailié)

 

« Car ce corps mutant qui tout à coup se plissait, se ramollissait, se crevassait, s’affaissait et se déformait, ce corps perfide, enfin, ne se contentait pas de vous humilier : il commettait de surcroît la grossièreté suprême de vous tuer. Et donc, quand vous arriviez à cet âge, l’âge des chiens, les possibilités malignes de la chair se multipliaient. Et vous vous découvriez un jour une plaie dans la bouche, une boule dans le cou, un sourcil plus bas que l’autre, un hématome de rien du tout sur une jambe, et vous ne vous rendiez pas compte que ces broutilles étaient la carte de visite de l’assassin, du criminel silencieux qui allait vous exécuter. »

Ce corps mutant est celui de Soledad. Une femme qui atteint à la soixantaine. Une femme que vient d’abandonner son jeune amant sous le prétexte qu’il est grand temps pour lui de faire un enfant à son épouse. Une femme active qui ne se résigne pas. Une femme qui, sur un coup de tête, embauche un gigolo découvert dans les pages d’un catalogue. Afin qu’il l’accompagne à l’opéra de Madrid où elle avait réservé une place pour celui qui fut son amant pour assister à une représentation de « Tristan et Iseult ». La rencontre avec Adam, le gigolo, sort très vite des obligations contractuelles et perturbe l’existence de Soledad. Dont, et en tout premier lieu, ses activités professionnelles en un moment crucial pour elle : elle est chargée de mettre en place, à la Bibliothèque Nationale, une exposition sur les écrivains maudits.

Ce beau roman traite avec humour de la question du vieillissement. Du vieillissement d’une femme qui se prémunit comme elle le peut contre la pensée de la mort qu’illustrent les mille et un tracas liés à ce processus. Rien de larmoyant. Bien au contraire, une farouche envie de résister, de poursuivre le mouvement de la vie sans trop se préoccuper des apparences. Dans la proximité d’Adam, gigolo miroir qui la protège contre le désespoir. Et avec une certaine Rosa Montero, romancière et journaliste, qui s’introduit dans son existence. « Soledad ne la connaissait pas personnellement, mais Montero ne lui avait jamais beaucoup plu. » Un clin d’œil subliminal ?