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« Petit pays »

FAYE Gaël

(Grasset)

 

De la rupture familiale à la fracture entre Tutsis et Hutus. Vécues l’une et l’autre au début des années 90 par Gabriel, un gamin plutôt bien installé dans le monde africain. Au Burundi. Un père, français, qui réussit plutôt bien dans les affaires. Une mère, rwandaise, en quête d’émancipation, qui finit par quitter son si protecteur de mari. Gabriel, petit métis, vit sans trop de problèmes la rupture. Une bande copains tous issus d’un quartier où se sont installés des venus d’ailleurs et quelques africains aisés. Et puis la fracture. De l’autre côté de la frontière. Au Rwanda. Où était restée une partie de la famille. Le génocide. Les proches qui ne donnent plus de nouvelles. L’abomination.

Un roman respectable. D’autant plus respectable qu’il retrace des évènements d’une cruauté infinie. Et que tout ce qui survient est observé par un enfant d’une dizaine d’années que rien ne préparait à vivre, ne fut-ce de manière indirecte, l’effroyable tragédie. Des scories ? Des pesanteurs ? Sans aucun doute. Mais un ensemble cohérent, à l’écriture fluide, étranger aux mièvreries ordinaires. Un roman qui raconte la fin de l’innocence, le dépérissement des rêves, l’anéantissement.

« Dorénavant, les journées passaient plus vite, à cause du couvre-feu qui obligeait chacun à être chez soi à dix-huit heures, avant la tombée de la nuit. Le soir, on mangeait notre potage en écoutant la radio et ses nouvelles alarmantes. Je commençais à me questionner sur les silences et les non-dits des uns, les sous-entendus et les prédictions des autres. Ce pays était fait de chuchotements et d’énigmes. Il y avait des fractures invisibles, des soupirs, des regards que je ne comprenais pas. »