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« Leçons pour un jeune fauve »

MURGIA Michela

(Seuil)

 

Une bien belle éducation sentimentale. Dans le contexte sarde. Une éducation conduite par une femme, Eleonora, à l’amorce de sa toute jeune quarantaine. Comédienne à la réputation pourtant bien établie puisque, durant son récit, elle fréquentera des scènes aussi diverses que celles de Stockholm, de Prague ou de Florence. Et Francisco (dit Kirú) un jeune violoniste de dix-huit ans, toujours élève du conservatoire, et peut-être promis à un brillant avenir.

Education sentimentale ? Telle est du moins la traduction qu’opère le Lecteur, donc l’intention qu’il prête à l’Auteure. Laquelle, habilement, entremêle les genres. Une guide dévouée aux intérêts du jeune prodige qu’elle convie à de mondaines réceptions en cette ville de Cagliari où toutes les portes lui sont ouvertes ? Une initiatrice en des jeux que l’adolescent n’a jamais pratiqués (mais qui s’essaie à lui exprimer par des gestes quasiment enfantins la belle réalité de ses désirs) ? Le récit s’accompagne, pour mieux égarer le Lecteur, des souvenirs d’enfance d’Eleonora, de son propre cheminement vers son métier d’actrice.

Education sentimentale ? L’assez longue référence à Mozart et à « Cosi fan tutte » en porte peut-être témoignage.

« Car un baiser n’est qu’un concept tant qu’on ne vous a pas embrassé. Vient un deuxième garçon, qui vous embrassera à son tour, puis un troisième et un quatrième, et à son insu chacun construira avec ses propres lèvres l’idée du baiser qui s’imprimera en vous, jusqu’au jour où celui d’un inconnu vous amènera à penser : voilà, je connais ça. Ce sera peut-être bien, ce sera peut-être chaud et bon, mais la surprise aura pris fin. »