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« Cartel »

WINSLOW Don

(Seuil)

 

Monumental roman à la tournure journalistique. Comme si pour convaincre le Lecteur, Don Winslow avait opté pour le dépouillement afin de conférer à ses personnages tout autant qu’à son récit une authenticité qui ne puisse se contester. Le récit d’une guerre. Celle que se mènent, au Mexique, les cartels de la drogue. Soutenus, infiltrés plus que combattus par les flics et la soldatesque mexicaine. Soutenus, infiltrés par les services secrets américains censés mener une lutte sans merci contre ceux qui sont les pourvoyeurs de ces drogues qui exercent tant de ravages en leur propre pays.

Donc un monumental roman. Doté, en dépit du dépouillement formel, d’un véritable souffle épique. Avec des personnages à l’américaine. Dont Art Keller, sorte d’électron libre qui ne s’est pas totalement délivré de tout sens moral. Avec quelques femmes de haute tenue, qu’elles appartiennent au camp des gentils ou à celui des méchants. Un roman touffu. Un roman cinématographique. Un produit certes terriblement américain mais tout de même plus que respectable, qui s’accompagne d’un plaidoyer sans concession non seulement contre les maîtres des cartels mais également contre tous les corrompus qu’un suffrage aux apparences universelles a conduit à exercer le pouvoir.

« Le Mexique, patrie des pyramides et des palais, des déserts et des jungles, des montagnes et des plages, des marchés et des jardins, des boulevards et des rues pavées, des immenses esplanades et des cours cachées, est devenu un gigantesque abattoir.

Et tout ça pour quoi ?
Pour que les Nord-Américains puissent se défoncer.

De l’autre côté du pont se trouve le marché gigantesque, l’insatiable machine à consommer qui fait naître la violence ici. Les Américains fument de l’herbe, sniffent de la coke, s’injectent de l’héroïne, s’enfilent de la meth, et ensuite ils ont le culot de pointer le doigt vers le sud, avec mépris, en parlant du « problème de la drogue et de la corruption au Mexique. »

Mais la drogue n’est plus le problème du Mexique … c’est devenu le problème de l’Amérique du Nord.

Quant à la corruption, qui est le plus corrompu ? Le vendeur ou l’acheteur ? Et quel degré de corruption doit atteindre une société pour que sa population éprouve le besoin de se défoncer afin d’échapper à la réalité, au sang versé et aux souffrances endurées par ses voisins ?

Corrompue jusqu’à l’âme.

Voilà le grand sujet… »