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« Rapatriés »

PIERRE-DAHOMEY Néhémy

(Seuil)

 

Une belle et attachante révélation haïtienne. Dans la tradition des grands romanciers de cette île déshéritée ? A voir pour confirmation. Mais quoi qu’il en soit, le Lecteur s’est laissé emporter par ce récit rondement mené, peuplé de personnages hauts en couleurs. A commencer par Belliqueuse Louissaint, dite Belli, qui tenta une périlleuse traversée vers la Floride, faillit y laisser la vie et y perdit son enfant. Revenue en Haïti, elle s’installe dans le quartier où s’entassent celles et ceux qui tentèrent puis échouèrent dans leur aventure maritime vers un avenir présumé meilleur.

« Rapatriés » : tel est le nom de ce quartier. Là où elle va rencontrer Néné. Là où elle survivra de petits négoces. Là où elle donnera naissance à ses deux filles, Bélial et Luciole. Deux filles qu’elle confiera à une institution « caritative ». Deux filles qui seront adoptées. Luciole par une famille canadienne. Bélial par une « humanitaire » française ayant longtemps œuvré en Haïti. Pauline. Laquelle Pauline tentera d’aider sa fille adoptive à renouer des liens avec Belliqueuse. Belliqueuse qui, de son côté, atteint au terme de son possible.

Il serait dommage de maintenir dans l’ombre ce beau, ce vibrant roman qui raconte la destinée d’une femme jamais vraiment résignée, endolorie mais debout. Une femme qui rêve d’éviter pour ses deux filles d’avoir à emprunter des chemins analogues à ceux qui lui furent imposés. Dans un pays d’infinie misère et de souffrances abominable. Néhémy Pierre-Dahomey contient sa colère, mais cette colère-là transparaît dans les moments où l’écriture ne se contient pas. Une colère qui n’épargne pas les ONG qui œuvrent sur le terrain. Une colère qui accable les hommes en état de perpétuelle démission devant les injustices et la brutalité exercée par ceux qui sont censés incarner l’Etat protecteur. Donc un vrai roman. Des vies tumultueuses. Souvent abîmées. Mais qui entretiennent, fut-il fragile, le goût du combat.

« Bonhomme voyait en Pauline la conscience terrible de l’aide internationale. Cette dame qui avait participé aux premiers pas de la bienfaisance ayant débouché sur son organisation, assurait qu’au départ ce n’était pas une question d’argent, qu’on partait aider, sac au dos et bénévolement, pour de vrai, avec juste ce qu’il fallait de planification et de prudence. Au fur et à mesure que les bailleurs volontaires augmentaient, les gouvernements de ressortissants demandaient des comptes. Pour compléter le tableau et tout renverser, les bailleurs institutionnels s’en mêlaient, avec des exigences de chiffres, toujours des chiffres. Ils recueillaient de l’argent des Etats, de toutes sortes de contribuables involontaires, et livraient ce gros chiffre d’affaires à l’ONG pour récolter, en contrepartie, des chiffres de rapport. »