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« Le dernier voyage de Soutine »

DUTLI Ralph

(Le Bruit du Temps)

 

Un choc. La rencontre avec ce roman dont l’Auteur était jusqu’alors inconnu du Lecteur. Une bien belle rencontre. Pleinement littéraire. Les derniers jours de la vie de Soutine, « exilé » au mitan de la guerre (la Seconde) dans le Val de Loire. A bout de souffle. Rongé par un ulcère. Le médecin de Chinon qui l’a ausculté préconise une intervention chirurgicale immédiate. Sa compagne préfère le confier aux bons soins de praticiens parisiens. Donc un transfert. Dans les conditions de ces temps de guerre. Pas d’ambulance. Le recours à un corbillard. Un voyage au long cours afin d’éviter, autant que faire se peut, les contrôles opérés aussi bien par les soldats nazis que par leurs « collaborateurs » français. Une longue, une épuisante odyssée dont Soutine n’entrevoit rien. Bourré de morphine, il revit des lambeaux de son existence.  De son enfance balte, de son enfance juive et des premiers pogroms jusqu’à ce voyage insensé. Avec la misère en toile de fond. Avec la farouche volonté de créer, mais aussi de ne laisser de lui que les œuvres qu’il a choisies. Le refus de s’immiscer dans le système, en dépit de la notoriété qui survient. Et puis donc cette guerre. L’irruption en France des hordes nazies. La chasse aux juifs.

Ce roman ne prend jamais les apparences d’une biographie du peintre. Des lambeaux d’une vie, l’Auteur extrait les éléments qui lui permettent d’accomplir son dessein : traiter de la création dans ses phases où la souffrance se conjugue à une certaine forme d’exaltation, montrer l’ambigüité des rapports entre l’Artiste en son œuvre. « Il devait punir la toile pour les rêves non désirés. C’est sa peau qu’il arrachait, griffait, malmenait. Rêche et crevassée. Il dormait mal, se tournait et se retournait dans son lit comme un ours, des nuits durant, sombrait parfois dans un sommeil fruste dont il semblait ne plus jamais devoir émerger. »

L’insupportable, l’indomptable souffrance. Le mal qui ronge Soutine. Qui le ronge d’autant plus que dès mai 1940, les « pourchasseurs » de juifs sont entrés dans Paris. Qu’il ne lui reste alors plus d’autre recours que de tenter de se dissimuler tout en essayant de donner quelques prolongements à son œuvre.

Le Lecteur insiste : ce roman ne peut s’aborder comme on le ferait avec une biographie. C’est une œuvre originale, singulière, puissante dont Soutine est le héros. Un héros qui survit dans l’affirmation de son œuvre, au plus profond du magma où se délite l’humanité. Un héros qui a rencontré, qui s’est rapproché des grands courants intellectuels de l’avant guerre. Celui des « Surréels » entre autres, puisque c’est de ce nom que Dutli affuble les Surréalistes. Celui du bon docteur Destouches, l’immonde Céline, l’écrivain adulé qui anticipera l’irruption des nazis sur le sol français puis qui fuira son pays dans les fourgons de ceux qui avaient été les envahisseurs.

« Le dernier voyage de Soutine » est un roman d’importance. Dans la vision que ce fait du roman le Lecteur.

« Le peintre entend distinctement le docteur Bardamu courir après le corbillard noir, il halète, il court aussi vite que possible derrière le fourgon mortuaire qui n’avance que lentement. Il l’a presque rattrapé déjà, tambourine du poing sur la lunette arrière, presse son visage contre la vitre, et le peintre dans un frisson le reconnaît.

Vermine ! crie le docteur Bardamu. Rebut de l’humanité ! Rat !... »