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« Anatomie d’un soldat »

PARKER Harry

(Bourgois)

 

Un soldat engagé dans l’une de ces guerres que les armées des puissances occidentales mènent au Moyen Orient. Sans que soient clairement explicitées les finalités de ces guerres. Et comme dans toutes les guerres, le soldat meurt. Lorsqu’il ne meurt pas, il subit de terribles blessures qui feront de lui un assisté permanent, englué dans le souvenir des instants qui faillirent être ceux de son anéantissement.

Harry Parker fut un soldat. Engagé dans l’armée de sa si disgracieuse Majesté britannique. Rendu à la vie civile au terme de campagnes militaires en Irak puis en Afghanistan, il est devenu écrivain. Un écrivain fréquentable qui témoigne sur ce qu’il a vécu. Sur un mode évidemment différent de celui qu’adoptèrent les Ecrivains de l’autrefois qui racontèrent leurs guerres si particulières. En confiant à quarante-cinq objets différents le soin de retracer les instants de cette abomination d’un type nouveau et tout ce qui en résulte pour celui qui survit. Celui qui ne sera pas un héros. Celui qui ne sera plus tout à fait un homme. A peine un morceau d’homme. Que d’autres essaieront d’orienter vers un retour à une vie prétendument normale. Donc des objets qui évoquent tous ces instants-là, qui traduisent des ressentis contradictoires et aident à ressentir l’horreur lorsqu’elle survient.

Donc un roman « intéressant ». Un roman qui toutefois ne s’engage pas, qui ne dénonce pas. Une sorte de roman/constat. Du moins sur le versant occidental des récits. Peu ou pas d’interrogations sur le pourquoi de ces guerres. Mais le spectacle terrifiant d’ordinaire dissimulé au Lecteur. Une sorte de vide de la pensée. Et puis une évidente difficulté pour l’Ecrivain à s’installer dans la peau des gens de l’autre camp, ceux qu’il a combattu, ceux avec lesquels il a parfois tenté de nouer des contacts. D’où les réserves du Lecteur, réserves assorties d’une vague et indéfinissable frustration. Barbusse, Dorgelès, Giono, Remarque montrèrent « leur » abomination en l’assortissant de ce « plus jamais ça » qui nourrit aujourd’hui encore l’engagement du Lecteur. Harry Parker semble en rester au descriptif, fut-il infiniment douloureux. Comme si les temps d’aujourd’hui ne réclamaient rien d’autre que des évocations qui, d’une certaine façon, confèrent à ces guerres inexpliquées leur apparente mais mensongère légitimité.