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« Post-scriptum »

SULZER Alain Claude

(Jacqueline Chambon)

 

Lionel Kupfer est une vedette du cinéma allemand du début des années trente, un cinéma lui aussi en transition entre le muet et le parlant. L’arrivée d’Hitler au pouvoir bouleverse son existence. Parce qu’il est d’origine juive. Parce qu’il est homosexuel. Sa renommée ne lui suffira pas. Lors d’un séjour dans un palace situé dans les Alpes suisses, il apprend que le rôle sur lequel il travaillait lui est refusé. Dès lors, il choisit l’exil aux Etats-Unis où il est alors cantonné dans des engagements de second ordre, au théâtre comme au cinéma. Mais New-York lui offre une vie apaisée, loin du tapage qui prévaut dans le monde du spectacle. Loin de son ancien amant qui, du côté de Berlin, se livre pour le compte des nazis au trafic des œuvres d’art « récupérées » chez des familles juives fortunées.

L’Europe se rappelle à lui dans les années de l’après guerre. Visconti le sollicite pour un petit rôle dans « Bellissima ». Lionel Kupfer hésite puis finit par répondre favorablement aux sollicitations du cinéaste italien. Leur brève collaboration ne donnera rien. Son voyage en avion lui offre toutefois l’opportunité de croiser l’homme qui, dans la station suisse, avait été durant quelques jours son amant de substitution.

Ce roman tout en finesse a fasciné le Lecteur. Sulzer traite d’un temps de l’histoire qu’il ne galvaude pas, qu’il n’opacifie pas par des considérations morales. Sulzer fait évoluer des personnages qui bien qu’évoluant à la marge de la société d’alors, confèrent au drame leur véritable dimension humaine. Un beau roman édité par une vraie découvreuse de talents, Jacqueiine Chambon, aujourd’hui « second rôle » chez Actes Sud.

« Le journaliste ne lui demanda pas son âge. Il ne lui demanda pas comment il s’était senti au cours des années d’exil, sans doute par discrétion. Il ne demanda pas ce que signifiait l’Allemagne pour lui et pourquoi il ne se rendait pas à Berlin ou Munich et s’il évitait l’Allemagne à dessein. Il ne lui demanda rien sur ses parents et ses amis qui n’avaient pas réussi à fuir. Rien au sujet de sa carrière. De son désarroi lorsqu’il s’était retrouvé, d’un seul coup, en 1933, devant le néant, lorsqu’on avait décidé de l’ignorer complètement du jour au lendemain… »