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« Le garçon »

MALTE Marcus

(Zulma)

 

Du néant au néant. Les cinq étapes majeures de la vie du Garçon. L’autre siècle, celui de la naissance du Lecteur, parcouru jusqu’au prélude de la Seconde Guerre mondiale. L’enfant sauvage, confiné dans l’environnement de sa mère. En un lieu improbable, proche de la mer, de la Méditerranée et de l’étang de Berre. Les derniers souffles d’une vie qui ne fut pas. « Celle qui pèse sur ses reins n’a rien d’un chevalier sinon la triste figure. Une femme. Ce qui reste d’une femme. Les reliques… » La mort de la mère. Le brasier. Avant l’adoption par Joseph, un homme brisé mais debout. Emporté cet homme-là, quelques années plus tard, par le tremblement de terre qui bouleversa la Provence. Donc à nouveau la solitude.

Puis la rencontre avec le saltimbanque. Les errances plus que les voyages. L’apparence, à défaut du bonheur, d’une certaine quiétude. Une vraie affection. Un guide spirituel plus que le père. Mais nul n’est éternel. Et surtout pas ce saltimbanque, ce lutteur indestructible qui finira par trouver plus fort que lui et ne s’en remettra pas.

L’errance encore. L’accident fortuit mais salvateur. L’adoption du Garçon mutique par un riche belgien et sa fille. Emma. Celle-là même qui provoqua l’accident. Le Garçon devient Félix. « Une appellation, une marque de reconnaissance. Au moins sait-il désormais à quel saint se vouer. » L’irruption de l’amour. Emma. Un bel amour. Sauf que la Guerre. La Première. Des Vosges à la Somme, Félix est de tous les combats. Jusqu’à ce qu’il soit grièvement blessé. Soigné. Sauvé. Emma auprès de lui. La rédemption ? Non. La Grande Guerre s’achève, mais la grippe est espagnole. Le virus s’en prend à Emma. Emma résiste. Emma se meurt. Le Garçon est une fois encore rendu à la solitude. Il ne lui reste plus qu’à cheminer jusqu’à son propre néant. A son rythme à lui. En prenant tout son temps.

Roman hugolien ? Pourquoi pas. Mais un roman qui s’inspire également  de Lawrence dans les pages qui relatent les « tumultueuses » étreintes d’Emma et de Félix, la riche héritière et le garçon sans origine. Un roman marqué par les lectures des Ecrivains qui furent des « combattants » et donc des témoins directs de l’immonde carnage. Barbusse, Dorgelès, Remarque, Giono, entre autres. Au cœur des pages que Malte consacre à l’immonde boucherie. Une dénonciation plus qu’une condamnation. Des lambeaux de phrases qui fleurent bon l’anarchisme. Un roman. Sur la crête duquel le Lecteur est en permanence resté en équilibre instable. Dont il est toutefois sorti indemne.