La-succession

 

 

 

 

 

 

 

 

« La succession »

DUBOIS Jean-Paul

(L’Olivier)

 

« J’allais devoir rentrer en France pour enterrer mon père et m’occuper de ces choses que l’on doit régler quand on est le seul et le dernier à pouvoir les régler. Je pensai qu’après ma mort il n’y aurait plus personne pour s’occuper de ces formalités. Et pourtant tout se réglerait. Comme à chaque fois qu’un type meurt et qu’il faut faire de la place pour les suivants. Les numéros de sécurité sociale s’effacent les uns après les autres, les assurances se lassent de réclamer, les facteurs oublient l’adresse, les banques regardent ailleurs, et toute cette petite comptabilité

s’éteint d’elle-même comme une triste et mauvaise journée d’hiver. »

La mort du père. La succession. Laquelle n’enthousiasme pas Paul Katrakilis installé à Miami où il vit modestement de la pratique de son sport de prédilection, la pelote basque. Bien qu’il soit médecin, tout comme son père, le défunt, et comme Spyridon, son grand-père lequel se vantait d’avoir, en tant que praticien, récupéré un petit morceau du cerveau de Staline lors de l’autopsie du Bon Père des peuples soviétiques.

Paul Katrakilis rentre en France, à Toulouse, où il réintègre la vaste demeure familiale et entreprend de « s’occuper de ces choses que l’on doit régler. » La succession.

Soit donc l’immersion dans le fatras de ce qui constitue le socle des souvenirs familiaux, les authentiques et ceux qui le sont un peu moins. « Notre vie commune se résuma donc à l’acceptation silencieuse de ces artefacts généalogiques, ces ascendances tacitement détourées, ces fantômes qui n’erraient nulle part et ne hantaient personne. » Assumer l’identité. S’enclore dans le cabinet du père et y recevoir une clientèle qui avait vénéré celui qui ne refusait pas d’aider certains de ses patients à franchir l’ultime pallier. Des pratiques hors normes qu’il avait soigneusement consignées dans les deux carnets dont Paul Katrakilis fit la découverte. Une (ré)adaptation plutôt réussie par l’héritier qui reste cependant nostalgique de sa vie américaine, de cet amour qu’il frôla et des mâles amitiés sportives. Mais qui savait ce qu’implique l’héritage et qui, au bout du compte, ne dévia pas du chemin tracé par ses deux ancêtres.

Un roman fascinant. Un roman bouleversant. Les atavismes. Les héritages. Le peu de liberté dont dispose celui (ou celle) qui se retrouve en bout de chaîne pour s’émanciper du poids aberrant des contraintes.