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« Vie prolongée d’Arthur Rimbaud »

BEINSTINGEL Thierry

(Fayard)

 

Arthur ne serait pas à mort à Marseille. Isabelle Rimbaud aurait fait inhumer à Charleville le cadavre d’un autre, un anonyme. A son insu. On mourait en si grand nombre dans les hôpitaux phocéens à la fin du 19° siècle. Donc Arthur survit et s’en revient, après avoir appris dans la presse sa propre mort. Au terme d’un long périple, il s’installe dans ses Ardennes natales. Sous une identité d’emprunt (Nicolas). Les Ardennes (belges) où il recommence une nouvelle vie. Gérant d’une carrière de marbre, mais aussi forestier, industriel. Les affaires lui réussissent plutôt bien. Il se marie, a deux enfants. Lorsque survient la Guerre dite Grande. Les Ardennes occupées (elles le seront durant les quatre années de cette Guerre). L’écroulement. L’anéantissement, ou du moins ce que lui ressemble. Arthur redevient un vagabond. Un vagabond unijambiste. L’hospice. Des retours à l’écriture. Camouflés. Anéantis eux aussi. Puis la fuite, le voyage vers l’Afrique, Aden, Harar, « son effacement progressif » puis les deux béquilles qu’un berger retrouvera.

Pari hasardeux que celui pris par Thierry Beinstingel ? A vrai dire, le Lecteur s’en fout. Il ne lui déplaît en effet pas que l’Ecrivain ait voulu prolonger la vie d’Arthur. Ne serait-ce qu’en raison que ce que lui, le Lecteur, doit à la fréquentation d’Arthur. Depuis ces temps si lointains, lorsque, élève de seconde, il eut le privilège d‘effleurer, de humer les manuscrits qui n’intéressaient alors que de rares exégètes habitués d’un Musée qui n’en était pas vraiment un. Entraîné là par un professeur de lettres, André Jolly, personnage hors normes dont il garde un souvenir ébloui. Donc Arthur a survécu. Il reprend langue avec Isabelle, sa sœur cadette. Dans le plus grand secret. Les Rimbaud étaient du genre taiseux.

En dépit de son handicap, Arthur/Nicolas arpente les chemins forestiers, orchestre les activités de ses subordonnés, négocie avec les Puissants. Des sentiers qui furent familiers au jeune Lecteur. Sous ce ciel qui lui fut familier, les longs hivers et les étés si courts. Arthur/Nicolas continue à vivre. Et c’est aux yeux du Lecteur comme un rêve qui ne meurt pas.

« Seize ans qu’il est ressuscité, dans une deuxième vie plus riche que la précédente, plus longue aussi que la vie de marchand africain. Il n’a pas ménagé sa peine durant toutes ces années. Il est respecté, infirme et veuf, un patron. La carrière est à l’apogée de sa production. Son marbre, d’une qualité supérieure, est demandé partout, les bois qui lui appartiennent aux alentours continuent à fournir des grumes, des traverses de chemin de fer. Il a perfectionné son exploitation, la machine à fil hélicoïdal a été remplacée par d’autres engins de coupe plus perfectionnés encore. Il a été un des premiers industriels du coin à utiliser l’électricité. Il a acheté d’autres ateliers, il a embauché des ingénieurs, des ouvriers formés aux technologies les plus modernes. »