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« La Cheffe, roman d’une cuisinière »

N’ DIYAE Marie

(Gallimard)

 

« Hors de ma cuisine, je n’ai jamais pu être heureuse bien longtemps, me disait la Cheffe… » La Cheffe. Une cuisinière qui s’est faite toute seule et qui frôla les sommets de la gloire. La Cheffe, racontée par un Narrateur qui débuta auprès d’elle, qui apprit le métier auprès d’elle, qui fut amoureux d’elle bien qu’elle ait eu une vingtaine d’années de plus que lui. Née dans une famille très pauvre, mais qui savait se tenir. Embauchée comme bonne par des bourgeois de Montauban, des gourmets et des gourmands, lesquels lui osèrent bien vite lui donner sa chance, lui confiant le temps d’un été, alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente, la responsabilité non seulement de mitonner les petits plats dont ils se régalaient mais aussi celle de rechercher les produits destinés à leur élaboration, viandes, poissons et légumes.

Le Narrateur tente et réussit à faire partager sa passion pour le génie de cette Cheffe, tout en se racontant lui-même, mais en restant dans l’ombre de celle à laquelle il voue une grande et fervente admiration. « J’avance cahin-caha, je ne suis certain de rien, je veux que la Cheffe soit connue comme une femme admirable. »

Cuisinière d’instinct, la Cheffe s’imposa à Bordeaux, sans disposer d’aucune référence. « Par qui ? Oh par soi-même, il n’est pas question de diplôme ni d’adoubement par un maître, non, on doit sentir si le souffle de la cuisine a pénétré ensoi. » Seule. Adossée à une petite équipe de commis. Elevant par intermittence cette fille, sa fille, qui la conduira à sa ruine. Refusant de se renier, de se trahir. Jusqu’au-boutiste, peut-être. N’acceptant ni les compromis ni la servitude.

Marie N’Diaye continue à surprendre son fidèle et admiratif Lecteur. Cette Cheffe est sans nul doute l’un des plus beaux personnages féminins auxquels il se soit confronté. Tout plein d’humanité donc de dignité. Vibrant d’une révolte contenue. Fort probablement en symbiose avec l’Auteure. A un point tel que le Lecteur imagina découvrir dans ce roman quelques pans d’un récit autobiographique. L’Ecrivain n’est-il en effet pas quelqu’un qui mitonne les mots, les assemble et leur confère ce goût particulier qui permet de différencier le besogneux de l’authentique et talentueuse romancière ?