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« Tropique de la violence »

APPANAH Nathacha

(Gallimard)

 

« Gaza c’est un no man’s land violent où les bandes de gamins shootés au chimique font la loi. Gaza c’est Cape Town, c’est Calcutta, c’est Rio. Gaza c’est Mayotte, Gaza c’est La France. » Oui, Mayotte, c’est la France. Mais si loin, très loin, là-bas, une île dans l’Océan Indien. Un morceau de France dont le gouvernement de la France s’indiffère pour peu qu’y règne l’ordre, fusse-t-il l’ordre imposé par des bandes de gosses qui survivent dans d’effroyables conditions. La négation de la République. Ce que découvre Stéphane, un « humanitaire » expédié à Mayotte pour faire ce qui ressemble à de la figuration. « J’ai alors dit la chose la plus stupide de ma vie Mais c’est la France quand même ! et Chebani a tellement ri qu’il en a eu les larmes aux yeux. »

Mayotte. Racontée par quelques personnages. Moïse et Marie, sa mère adoptive, dont le décès brutal va pousser l’adolescent à se greffer à la bande que dirige Bruce. Mayotte, île perdue dans l’océan et vers laquelle déferlent tant de celles et ceux qui tentent d’échapper à la misère. Celles et ceux qui espèrent que la France leur concédera le droit de vivre. Cette île que découvre Stéphane, « l’humanitaire ». Les quelques protagonistes se racontent. Sans fioriture. Sans aucun pathos. Ce qui confère au roman un caractère « social », caractère plutôt rare dans le monde des belles lettres franchouillardes.

« On te chuchote que la moitié des habitants de Mayotte est constituée de clandestins, que tous les équipements de l’île ont été conçus pour deux cent mille habitants mais qu’officieusement il y aurait presque quatre cent mille personnes sur l’île et tu dis Mais ce n’est pas possible, ça va exploser, et cette phrase que tu prononces a été prononcée des milliers de fois avant toi. On te dit Regarde lui c’est un Mahorais, lui c’est un Grand Comorien, lui c’est un Anjouanais, lui c’est un Malgache mais pour toi, en réalité, ils se ressemblent tous… »