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« Après le silence »

CASTANO Didier

(Liana Levi)

 

La classe ouvrière. L’ouvrier. Une usine particulière : une fonderie. Installée au bout du monde, à Port Saint Louis du Rhône. L’usine dans laquelle Louis Catella entra à l’âge d’adolescence, où il apprit le rude métier, où il devint mouleur (celui qui confectionne les moules dans lesquels est injectée la fonte en fusion). L’usine dans laquelle il devint syndicaliste, à la CGT, où il s’engagea, bien que catholique, au sein du PCF. Les années cinquante. Au début des Trente Glorieuses. L’amorce peut-être pas d’une ascension sociale mais tout de même d’un mieux vivre. Le mariage. Trois enfants, trois garçons, et Rose, leur mère, bouleversant personnage féminin. Les premières vacances. La première automobile, une 2CV. Puis la seconde automobile, une Ami8. Amitiés. Fraternité. Générosité. Partage.

La lutte des classes. Le patron qui n’est pas un chef d’entreprise mais bel et bien un patron. Face à lui, les ouvriers. Qui revendiquent. Qui font grève. Mais qui surtout attendent, espèrent, luttent pour que survienne le Grand Soir. Le Grand Soir électoral. Tant de fois reporté. Qui ne surviendra qu’au printemps 1981. Et que donc Louis Catella ne connaîtra pas puisqu’un énorme moule l’écrasa le 16 juillet 1974. La mort. Une veuve et trois orphelins. Un jugement de longues années plus tard. Un patron condamné. La mort rôdait un peu partout, dans les usines, dans les ateliers.

Voilà un roman pas vraiment autobiographique qui parle donc sans détour des ouvriers. Tant il est vrai que c’est l’ouvrier lui-même qui raconte sa vie, la vie de Louis Catella, les conditions de travail, les échappées à travers la vie familiale, les amis, les camarades. Un homme rude et bon. Qui buvait un coup de temps à autre. Qui pouvait avoir la main leste. Qui rêvait d’un bel avenir pour ses trois garçons. Jusqu’à l’instant de la mort. Brutale. Peu à peu, le fils cadet prend alors la relève du père dans la narration (dont le temps fort, aux yeux du Lecteur, va du moment de « l’accident » à celui des obsèques de Louis Catella et de l’un de ses collègues). Le fils cadet qui dénoue peu à peu les liens et commence une existence « d’affranchi », hors du monde ouvrier.

Les thèmes abordés par l’Ecrivain ne pouvaient que concerner le Lecteur. D’autant qu’il est lui-même natif d’un pays, le pays d’Ardenne, où la fonderie occupait une place centrale. Il se souvient de cette visite durant laquelle son père l’accompagna, à laquelle il le contraignit, sous le prétexte de résultats scolaires quelque peu déclinants. « Voilà où finissent les mauvais élèves » lui asséna le père. Au cœur de l’enfer. L’insupportable chaleur. Le métal en fusion. La poussière. Des hommes torse nu, ruisselant de sueur. Un monde aujourd’hui forclos ? Très probablement. Les ilotes du début du 21° siècle meurent à petit feu, dans l’indifférence générale, et sous le regard déshumanisé des nouveaux patrons.