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« La prime lumière »

TONON Emanuele

(Verdier)

 

Défroqué, rendu à la vie civile, il raconte la mort de sa mère. Sa mère qui l’a recueilli, avec laquelle il a partagé le peu de ce qui concourt à la survie. Une mère qui naquit en Calabre dans une famille évidemment très pauvre. Une mère qui, à peine sortie de l’adolescence, avait migré vers le Nord, emportant avec elle l’enfant à naître et dont elle refusait de se séparer. L’enfant qu’elle éleva, qu’elle porta jusqu’à l’âge d’homme sans qu’il lui ait jamais déclaré son amour. Cet amour qu’il chante, qu’il entremêle des cris de ses souffrances, dans ce récit d’une noirceur impressionnante, dérangeante parfois.

« Tu ne pouvais rien, dans ce village en pente. Sinon attendre que quelqu’un te prenne et te remplisse le ventre de sperme. Il n’y a que ça que tu pouvais et que tu devais faire. Mais toi, tu voulais autre chose, toi fille de journaliers dévastés par des générations de misère, tu voulais être chose. Tu étais l’exception, le chromosome fou, la jeune fille si belle qu’il fallait la traiter à coups de ceinture, de louche, de claques en pleine figure. Tu t’es enfuie… »

L’histoire des « Sans dents », qu’ils fussent d’Italie ou d’ailleurs, atteint dans ce récit-là à une évidence quasiment « palpable ». « Il est bon que les bouches des pauvres soient délabrées, il est bien qu’il y ait ce signe définitif, cette marque apocalyptique pour distinguer les pauvres des riches. J’ai appris, mon amour, durant ces années, et après ta mort, qu’il n’y a pas de moyen terme entre bien et mal, juste et faux, pauvres et riches, que nous autres de ce côté-ci nous n’avons même jamais eu de dents pour manger. »