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« L’étrangère »

TORANIAN Valérie

(Flammarion)

 

Un récit vaguement (?) romancé. L’histoire d’une famille arménienne décimée lors du génocide perpétré par les turcs à partir d’avril 1915. Une famille dont l’aïeule de l’Auteure survivra et s’installera en France. Le roman raconte la fuite éperdue de quelques femmes parmi les massacreurs et leurs féaux. Cette narration « historique » constitue le socle initial du roman. S’y greffent peu à peu les phases successives de l’intégration au sein de la société française. Intégration difficile dès lors que l’aïeule puis son fils (le père de l’Auteure) entendent préserver tout ou partie des traditions arméniennes.

Le Lecteur n’a évidemment pas résisté aux pages les plus « sensibles », celles qui évoquent les moments les plus douloureux, lorsque s’achève une vie et qu’il devient à la fois possible et nécessaire de mesurer l’immensité du vide. Mais il est longtemps resté sur la réserve. L’habileté dont fait preuve l’Auteure dans l’évocation de l’Histoire du génocide ne parvint pas à le convaincre du bienfondé de son propos. Seuls les moments consacrés à la vie familiale, parce qu’ils se nourrissent de fragments d’authenticité, surent le faire vibrer.

« Un après-midi où je passai la tête dans la cuisine, j’entendis mes tantes parler en turc. J’en fus stupéfaite et choquée. C’était un peu comme si j’avais découvert qu’elles couchaient avec l’ennemi. La mère de mes cousins m’expliqua qu’elle-même ne parlant pas arménien du fait qu’elle était grecque (deuxième motif de stupéfaction), les femmes parlaient turc entre elles, leur langue commune la plus facile. J’eus du mal à digérer ces informations. Parler turc pour ma grand-mère relevait de la haute trahison. »